|
Paris, le 5 janvier 2007
Communiqué de presse
L'Europe a-t-elle supprimé le monopole de la Sécurité sociale ?
Le Club de l'Horloge a publié, en 1989, Privatiser la Sécurité sociale,
ouvrage dont le titre est explicite, et dans lequel il
préconisait la mise en concurrence des caisses. Il y
écrivait, en particulier :
"Les institutions de Sécurité sociale
créées à la Libération sont un
héritage des conceptions étatistes qui se sont
épanouies dans les années trente. Elles forment, pour
ainsi dire, un bloc de système soviétique immergé
dans une société libérale. Elles illustrent deux
grands principes typiquement socialistes : la vision “constructiviste”
de la société, d’une part ; la socialisation de la
morale, d’autre part."
Le Club de l'Horloge n'est donc pas suspect de vouloir défendre
le monopole de la Sécurité sociale. Tout au contraire :
en vertu des principes libéraux auxquels il est attaché,
il milite pour l'abolition de ce monopole inique et inefficace.
Mais ce n'est pas parce que c'est souhaitable que c'est déjà réalisé !
Un personnage tout à fait charlatanesque se répand dans
les milieux de droite, depuis des années, en affirmant que la
législation européenne aurait mis fin au monopole en
question. Ses allégations sont, malheureusement, ineptes sur le
plan du droit, domaine dans lequel il est, à l'évidence,
parfaitement incompétent (à moins qu'il ne mente comme un
arracheur de dents).
Il persiste à invoquer (depuis 1992 !) la directive CEE 92/49 du
18 juin 1992, qui mettait en place un marché commun des
assurances complémentaires, alors qu'un examen
élémentaire de ce texte démontre à toute
personne qui n'est pas totalement ignorante en matière juridique
qu'il ne concerne pas les régimes obligatoires de
Sécurité sociale, lesquels sont mis expressément
en dehors de son champ d'application. On peut y lire, en effet :
« Article 2.2 :
« La présente directive ne s'applique ni aux assurances et
opérations ni aux entreprises et institutions auxquelles la
directive 73/239/CEE ne s'applique pas, ni aux organismes cités
à l'article 4 de celle-ci. »
Et quand on a le bon goût de se reporter à la directive 72/239/CEE du 24 juillet 1973, on découvre ceci :
« Article 2.1.d) :
« La présente directive ne concerne pas : (...) les
assurances comprises dans un régime légal de
sécurité sociale (...). »
Peut-on excuser cette désinformation, sous prétexte qu'elle servirait un objectif louable ?
Non, pour deux raisons : c'est dangereux, et c'est inefficace.
Primo, cette désinformation est dangereuse, car elle fait
des victimes innocentes. Bien des gens, trop crédules, qui se
sont laissés abuser, ont cru, de bonne foi, qu'ils pouvaient
"quitter la sécurité sociale" de leur propre chef, pour
aller s'assurer ailleurs. Ils ont été condamnés
à payer de lourdes pénalités à l'URSSAF.
Secundo, cette désinformation est inefficace. En fait,
elle favorise le statu quo, puisqu'elle engage les "abolitionnistes"
sur une fausse piste. Beaucoup d'énergie est
dépensée en vain, dans des actions chimériques,
par des gens sincères, qui sont régulièrement
déboutés par les tribunaux.
Le ministère des affaires sociales a fini par réagir pour
rappeler l'état du droit. Il défend, évidemment,
son fonds de commerce. Mais cela n'ôte rien à la
solidité de ses arguments, que l'on peut consulter à
l'adresse suivante :
http://www.securite-sociale.fr/comprendre/europe/monopolesecu/monopole.htm
Voici quelques extraits de ce dossier, dans lequel on trouve les
références nécessaires pour
approfondir le sujet :
« "La Direction de la Sécurité sociale tient
à rappeler l’obligation de cotiser à la
sécurité sociale suite aux nombreux articles parus dans
la presse, annonçant à tort la fin du monopole.
« Depuis un certain temps, des voix s’élèvent
pour soutenir que des textes européens "imposeraient la fin du
monopole français de la sécurité sociale".
« Sur la base d’arguments fallacieux, ces mouvements incitent les
assurés sociaux à quitter la sécurité
sociale et souscrire des assurances privées, auprès
d’organismes assureurs établis dans d’autres Etats de l’Union
européenne.
« Ces fausses informations conduisent des personnes de bonne foi,
peu au fait du droit européen, à cesser de cotiser
à la sécurité sociale, les exposant ainsi à
des sanctions financières et à des poursuites
pénales.
« (...)
« L'obligation de cotisation en France à la
sécurité sociale est compatible avec les règles
européennes de la concurrence, car celles-ci ne lui sont pas
applicables. Rappelons que les arrêts Poucet et Pistre ont
précisément rejeté en 1993 et 2005 le recours de
deux travailleurs indépendants français qui avaient
cessé de cotiser à la sécurité sociale pour
souscrire uniquement une assurance privée. »
[Note du CDH : la DSS se réfère ici à l’arrêt Christian Poucet
de la Cour de Justice des Communautés européennes du 17
février 1993, rendu contre le président de la CDCA-E (Confédération de défense des commerçants
et des artisans européens, scission de la CDCA,
Confédération de défense des commerçants et
artisans, agriculteurs et professions libérales), où il
est affirmé : "(...) il convient de rappeler que (...) le
droit communautaire ne porte pas atteinte à la compétence
des États membres pour aménager leurs systèmes de
sécurité sociale."]
« (...)
« Le code de la sécurité sociale instaure des
sanctions lourdes (article L. 652-7 du code de la
sécurité sociale : peines d'emprisonnement et amendes
pouvant aller jusqu'à 30.000 euros) contre toute personne qui
incite les assurés sociaux à ne pas payer leurs
cotisations de sécurité sociale.
« (...)
« Il semblerait que certains mouvements entretiennent
délibérément la confusion en faisant l’amalgame
entre les organismes assureurs soumis aux règles
européennes de l’assurance et de la concurrence et les
organismes de sécurité sociale qui n’en relèvent
pas.
« Avec cette entreprise de désinformation, ces
mouvements cherchent à favoriser le remplacement d’un
système solidaire de sécurité sociale par la mise
en place d’un système de libre choix d’assurance privée,
avec tarification individualisée. »
Le Club de l'Horloge partage les intentions que le ministère prête à "ces mouvements" qu'il accuse de pratiquer la désinformation, car il souhaite ardemment, lui aussi, "la mise en place d'un système de libre choix d'assurance privée",
mais il n'a jamais laissé accroire, pour sa part, que le monopole de la
Sécurité sociale avait été aboli. Il
est persuadé que le combat pour la liberté doit
être fondé sur des
arguments sérieux.
Retour à l'accueil /
Retour au sommaire des communiqués
|