Au début
de l'été 1997, le journal Le Monde s'interroge
sur l'origine de la gauche et ouvre ses colonnes au professeur
Le Roy Ladurie, aujourd'hui chroniqueur au Figaro Littéraire.
Pour cet académicien des sciences morales et politiques,
l'inventeur de la gauche, c'est Calvin. "Le coup de génie
de Calvin, écrit-il, c'est qu'il a inventé la
gauche et le monde moderne (...). Au niveau français,
il n'y a une droite et une gauche que depuis Calvin..."
Il analyse "le coup de génie" : le catholicisme,
comme le communisme, écrit?il, est un système
monarchique et centralisé... Calvin, selon l'auteur,
a inventé la décentralisation, et, en outre,
a radicalisé la doctrine qui opère, en Europe,
une critique rigoureuse de l'institution romaine et de l'institution
monarchique de droit divin. Sous?entendu : la gauche, ce n'est
pas le communisme, c'est la liberté, la décentralisation,
la laïcité, bref rien que du bien...
Pour Le Roy Ladurie, cette tradition radicale
de la pensée française, née avec Calvin,
va ensuite se développer avec la philosophie antichrétienne
du XVIIIe siècle, puis, évidemment, avec la
Révolution.
Ainsi serait née la tradition de gauche,
elle viendrait du protestantisme et se serait perpétuée
dans l'histoire politique, rubrique idées généreuses...
Aujourd'hui, après Michel Rocard, Lionel Jospin en
serait l'héritier, héritier, selon le même
journal, d'une montée du protestantisme de gauche modéré,
tolérant, avec des figures comme celle de Catherine
Trautmann.
J'avoue que présenter Catherine Trautmann
comme la figure emblématique de la modération
et de la tolérance, quand on se souvient avec quelle
modération et avec quel esprit de tolérance
elle a ameuté toute l'Europe du gauchisme et du cosmopolitisme
contre les Français participants au congrès
du Front national à Strasbourg, en avril 1997, m'a
fait rire. Mais enfin, on ne plaisante pas avec l'esprit bien
connu d'objectivité du "Monde" et encore
moins avec un académicien des sciences morales et politiques...
Une fois encore, nous assistons à la déformation
du réel, appliquée avec tant de bonheur par
les relais médiatiques de la gauche.
Cette fois, c'est à l'euphémisation
de ce qu'est véritablement le courant politique que
l'on appelle, faute de mieux, la gauche, que l'on assiste.
Il s'agit de le rendre encore plus honorable en le référant
à une religion honorable, encore plus acceptable -
en le parant des vertus de la modération et de la générosité.
La gauche... ce terme si abstrait ou si réducteur
qu'aujourd'hui nombreux sont ceux qui ne savent pas exactement
quelle réalité il recouvre : le dictionnaire
Hachette de la langue française, édition 1980,
donne de "la gauche" la définition suivante
: "Les députés et sénateurs qui,
traditionnellement, siègent à gauche du président
de l'Assemblée et qui représentent les partis
désireux de changements politiques et sociaux en
faveur des classes sociales les plus modestes ; l'ensemble
des partis et des citoyens qui veulent ces changements."
Si l'on se réfère à cette
définition, qui, aujourd'hui, n'est pas de gauche
? Tout le monde désire des changements en faveur
des classes sociales les plus modestes, M. Séguin
autant que M. Jospin - ou que d'autres ténors politiques.
De fait, il est clair que les préoccupations
sociales - au sens du développement exponentiel de
l'assistanat de l'État - depuis les politiques de
la ville jusqu'à l'assistance aux immigrés
les plus démunis pour les insérer dans la
société française - ont été,
sont et seront sans doute l'alpha et l'oméga de la
pensée politique pour de nombreuses années
encore : les récentes déclarations de M. de
Charette ou de M. Mazeaud, à propos du projet de
loi socialiste sur l'emploi des jeunes, malgré son
caractère évidemment démagogique et
nuisible à long terme sur le plan économique,
en sont encore un témoignage.
Il est vrai aussi, et cela a été
déjà abordé par d'autres intervenants,
que, pour beaucoup, en France comme dans le reste du monde,
le clivage gauche-droite paraît relever des vieilles
lunes idéologiques et qu'il serait temps de le dépasser
: ne dit-on pas de M. Clinton qu'il a pris aux républicains
de "droite" des idées qu'il applique sans
remords ? Les Français, tout au moins certains d'entre
eux cette année, ne croient?ils pas avoir fait preuve
du plus grand esprit de finesse politique en imposant une
cohabitation conçue pour être de longue durée,
entre ce que l'on appelle la "droite" du pouvoir
présidentiel et la gauche de la représentation
nationale, parce qu'ils sont, pour beaucoup d'entre eux,
persuadés qu'il n'y a entre les deux tendances que
des nuances et qu'elles doivent être dépassées
par la dialectique ?
Il est clair que l'ex-majorité a puisé
son inspiration dans les besaces idéologiques de
la gauche : Christian Bonnet, l'ancien ministre, s'en émouvait
justement lorsqu'il écrivait, dans Le Figaro du 8
septembre 1997 : "La raison profonde de l'avalanche
qui a emporté tant des élus (de l'ex-majorité)
ne serait-elle pas dans l'attitude de ses dirigeants, avant
tout soucieux de se situer dans le sens du vent du "politiquement
correct" ?... Oublieux du postulat posé par
Georges Pompidou : "Faites la politique des vôtres...
ne faites pas celle des autres..."
Je ne crois évidemment pas que le clivage
gauche-droite soit dépassé, je crois qu'il
y a entre la gauche et la droite, s'agissant de l'idéologie,
un fossé infranchissable.
Je vais essayer de vous faire partager ma conviction.
Pour ce faire, j'articulerai mon propos en trois propositions
:
I - La gauche est une forme d'hérésie
de la religion chrétienne, qu'elle a parasitée.
II - Elle repose sur le mythe absurde de l'égalitarisme,
dont elle se nourrit.
III - C'est une utopie dévastatrice
pour les sociétés et pour les peuples.
I - LA GAUCHE EST UNE FORME D'HERESIE
DE LA RELIGION CHRETIENNE
Comme le démontrait Jacques du Perron,
dans un ouvrage dont M. Philippe Mortimer rendait compte
dans la revue "Identité", la gauche, la
pensée de gauche, va bien au-delà de la vision
calviniste de la religion et du centralisme dont parle le
journal Le Monde.
Elle se situe finalement sur la ligne de partage
radicale entre la conscience religieuse, qui est essentiellement
acceptation, et la conscience révolutionnaire, qui
refuse de reconnaître l'ordre divin de l'univers,
le sens religieux de la vie...
Elle y parvient par un cheminement tortueux
qui prend ses racines dans la religion chrétienne,
qu'elle parasite, pour aboutir à créer une
sorte de religion de l'Homme révolté contre
Dieu.
A) - C'est donc, d'abord, une religion de contrefaçon
Henry de Lesquen remarquait, dans une étude
récente sur la relation entre le christianisme et
le socialisme, que pour bien comprendre la nature du socialisme,
cette religion séculière, il fallait le replacer
dans la longue série des hérésies chrétiennes,
dans cette agitation sectaire et fanatique que l'Europe
a connu depuis le XIe siècle jusqu'à l'orée
des temps modernes, avec ces mouvements révolutionnaires
d'inspiration religieuse que les historiens qualifient d'un
terme emprunté à la théologie : le
millénarisme.
Les historiens et les ethnologues parlent de
millénarisme pour qualifier de très nombreux
mouvements, à la fois politiques et religieux, qui
veulent réaliser le royaume de Dieu ici-bas.
L'historien anglais Normal Cohn explique que
le millénarisme est une religion de salut, mais d'un
salut bien particulier, qui est tout à la fois collectif,
terrestre, imminent, total et miraculeux.
Pour eux :
1. Le salut n'est pas individuel, mais collectif ;
2. Il est terrestre, car il sera réalisé dans
ce monde ;
3. Il est imminent et non pas lointain ;
4. Il est total, car le nouveau régime sera une société
parfaite ;
5. Enfin, il est miraculeux, car il sera accompli par des
forces que la volonté humaine ne peut infléchir.
Les millénaristes croient que le royaume
de Dieu sera réalisé sur terre et, dans cette
attente ardente, sont prêts à tout bouleverser
pour en hâter l'avènement.
Au-delà de l'Eglise, les millénaristes
mettent en accusation tout l'ordre social, comme intrinsèquement
inique. Ils entendent faire table rase des institutions
pour établir le nouveau règne. Alors, tous
les biens seront en commun : suppression de la propriété.
Les femmes également seront en commun : suppression
de la famille. Les hommes seront tous égaux dans
leurs rapports avec Dieu et il n'y aura plus de prêtres
ni de sacrements : suppression de la religion organisée
dans un culte.
Les millénaristes se réclament
de l'Eglise primitive et du mode de vie apostolique, tels
que les décrivent les Actes des apôtres, et
ils s'opposent à l'Eglise catholique, qu'ils accusent
d'infidélité au christianisme authentique.
Ce trait les rapproche, jusqu'à un certain point,
des divers mouvements de réforme qui, à l'intérieur
de l'Eglise ou en dehors d'elle, ont plaidé pour
un retour aux sources de la vie chrétienne. Mais
que l'on ne s'y trompe pas ; les mouvements millénaristes
sont révolutionnaires.
Une telle transformation ne peut avoir lieu
sans violence. Celle-ci ne leur fait pas peur, eux qui rêvent
au contraire de régénérer l'humanité
dans un bain de sang. Th. Müntzer, un des plus féroces,
insiste sur ce point : "Ne laissez point vivre les
méchants. Il faut utiliser l'épée pour
les exterminer".
Comme le millénarisme dont il s'inspire,
le socialisme ne peut pas être compris en dehors de
ses rapports avec le christianisme. Selon l'expression d'un
sociologue allemand, Spranger, reprise par Jules Monnerot
et Raymond Aron, le socialisme est une "religion séculière".
Il ouvre des perspectives purement immanentes et terrestres,
alors qu'une religion digne de ce nom aspire à la
transcendance de l'au-delà.
Comme le millénarisme dont il est directement
inspiré, le socialisme prétend apporter une
satisfaction uniquement matérielle à des aspirations
anciennes de l'humanité qui s'exprimaient dans le
mythe de l'âge d'or.
Henry de Lesquen a démontré que
la conception que les socialistes ont de l'histoire repose
sur un schéma ternaire de l'âge d'or, de la
"chute" et de la "rédemption",
que l'on doit rapprocher de la vision chrétienne
authentique, pour en faire ressortir les différences
radicales tout en en comprenant les ressemblances extérieures.
L'âge d'or est un mythe universel, que
l'on a trouvé pratiquement dans toutes les sociétés.
L'homme était alors parfaitement heureux, parce que
tous ses besoins étaient satisfaits. Les penseurs
socialistes, comme Rousseau avant eux, en restent à
ce point de vue matérialiste. Mais, pour un chrétien,
le paradis terrestre est avant tout une réalité
spirituelle : l'homme y vivait librement en harmonie avec
la justice divine.
Même différence dans l'interprétation
de la chute, qui nous a conduits dans une monde de souffrance.
Pour les socialistes, l'homme subit cette catastrophe sans
en être vraiment responsable, même si, de quelque
manière, ce sont ses actes qui, involontairement,
l'ont provoquée. Ce serait, en effet, l'invention
très humaine de la propriété privée
qui serait la cause première de la "déshumanisation
de l'homme", de son aliénation dans une société
contraire à sa vraie nature.
Au contraire, pour un chrétien, la chute est la conséquence
d'un acte libre et volontaire, celui du premier homme, qui
a consommé la rupture de cette harmonie parfaite
que Dieu avait établie entre lui et son Créateur.
De plus, et c'est là le point essentiel, le péché
originel n'est pas seulement celui d'Adam, tous les hommes
y ont mystérieusement pris leur part.
Les socialistes, comme les chrétiens,
attendent d'être délivrés du mal. Mais
les socialistes, à la différence des chrétiens,
se font une conception étroitement matérialiste
de la rédemption. Pour eux, le salut n'est pas une
aventure personnelle et spirituelle qui se conclut dans
un au-delà du monde, à laquelle chacun est
mystérieusement appelé par la grâce.
C'est un événement matériel et collectif.
La Révolution ou, dans une version adoucie, le Progrès,
donneront naissance à un monde radieux où
l'homme vivra dans l'abondance, débarrassé
de tout souci matériel. Ce sera la fin de l'histoire,
ramenée à ses origines.
Cette analyse du schéma ternaire de l'utopie
égalitaire des socialistes montre que leur conception
de l'homme et de la société est antagoniste
de celle du christianisme authentique.
Pour la gauche, le paradis est sur la Terre.
L'âge d'or, le Paradis, est au bout du progrès
linéaire de l'Humanité, à condition
que cette dernière soit en constant progrès.
C'est là que commencent les difficultés...
car, pour atteindre le but ultime, il convient de procéder
selon un plan rationnel préétabli, et d'imposer
un schéma simplificateur à la complexité
du réel.
En exonérant l'homme de toute culpabilité,
les socialistes lui retirent du même coup toute responsabilité,
soit pour le bien, soit pour le mal, donc lui dénient
sa liberté, qui fait pourtant à nos yeux toute
sa dignité.
L'utopie socialiste apparaît donc bien
comme un substitut de la religion. Dans un monde où
la régression des valeurs a accompagné la
fuite des dieux, l'effondrement des repères moraux
a suivi l'éclatement des structures civiques : pour
les hommes sans Dieu ou oublieux du divin, le sacré
a été transféré du plan divin
au plan humain.
La logique de cette demande passe par une sorte
de religion matérialiste de l'homme, révolté
contre Dieu.
B) - Une religion matérialiste de l'homme, révolté
contre Dieu
L'on perçoit mieux, dès lors,
qu'une des premières manifestations de l'esprit de
gauche, c'est de revendiquer, pour l'homme, l'égalité
avec la divinité. C'est le mythe, par exemple, de
Prométhée, qui commet le mal sciemment en
se révoltant contre les dieux.
Se révolter contre les dieux, c'est déjà
une façon de se rendre égal à eux.
C'est rompre avec un ordre, créer la discontinuité.
En ce sens, la notion de rupture est, pour la gauche, consubstantielle
à sa revendication égalitariste.
L'idéologie socialiste, avant de devenir
le "cri de révolte des masses", a été
le discours de haine des élites, des élites
dévoyées qui rejetaient en bloc la société
constituée et, au-delà de cette société,
le monde lui-même et Celui qui l'a fait : Dieu, le
Créateur. C'est ce que révèlent les
études de M. Michel Leroy et de M. Fernand Lafargue
publiées dans l'ouvrage du Club de l'Horloge, "Socialisme
et religion".
Des citations blasphématoires des "grands
auteurs" du socialisme (Proudhon, Marx, Blanqui...),
il apparaît que pour eux, l'homme est une victime
innocente d'un Dieu mauvais : notons d'ailleurs que, si
Dieu est l'auteur du monde , il est aussi celui de la morale,
et il est tentant de rejeter, avec le mal, la morale, qui
vient du même auteur. Ce nihilisme pervers aboutit
à une véritable inversion des valeurs. Les
hommes "affranchis" prétendent se situer
"par delà le bien et le mal". Certains
ne se contentent pas de dire qu'il est indifférent
de faire le bien et le mal, mais estiment qu'il est nécessaire,
pour affirmer sa liberté, de pratiquer ce que la
morale réprouve : qu'il est bien de faire le mal.
Et l'on comprend mieux, quand on pense à cette source
où le socialisme s'abreuve, que les "intellectuels
de gauche" aient si souvent pris le parti de criminels
endurcis, présentés comme des héros
qui défiaient une société inique :
Goldmann, Mesrine, Knobelspiess, pour ne citer que ceux-là.
Cependant, on peut dire que le socialisme est
matérialiste et athée : il n'imagine rien
au delà du monde et la révolte contre Dieu
a tôt mené à la "mort de Dieu".
Après avoir réduit l'être à la
matière (première réduction), l'idéologie
socialiste prête à l'Humanité, considérée
comme un être collectif, un pouvoir illimité
sur la nature, soit pour le bien, soit pour le mal. Ainsi,
le problème métaphysique du mal se réduit
à un problème sociologique : le monde, en
tant que catégorie englobante extérieure à
l'individu, fait place à la société
et la philosophie devient praxis : l'action politique qu'inspire
une vision du "sens de l'histoire" (c'est la seconde
réduction).
La "projection" de l'humain sur le
social lève toute contrainte : tout devient soudain
possible. Les fausses motivations et la fausse conscience
qui guident les actions des hommes d'hier et d'aujourd'hui
ne sont somme toute que des conditionnements sociaux, que
d'autres conditionnements sociaux sauront bien effacer :
c'est le principe de base de la pensée égalitaire.
Le problème - et l'histoire ne cesse
de le démontrer - c'est que le monde ou la nature
humaine s'opposent nécessairement aux plans de la
gauche, puisque celle-ci se fonde justement sur le refus
du monde tel qu'il est au nom de ce qui, selon elle, devrait
être. Comme l'homme de gauche se résigne mal
au réel, il finit par user de violence pour forcer
la nature des choses...
Nous sommes loin, déjà, bien loin
de Calvin et des protestants : nous sommes devant une déviation,
un pervertissement intellectuel fondé sur le désir
de nivellement forcé. Il part du fond de l'Histoire
et trace son chemin de sang au cur de l'humanité.
II - LE CREDO DE LA RELIGION SOCIALISTE
: L'UTOPIE EGALITAIRE
A) - Le corpus doctrinal de l'utopie égalitaire
La gauche nie, au fond, qu'il puisse exister
une nature humaine différenciée selon les
individus, au même titre qu'elle refuse le monde tel
qu'il est.
De sa vision de l'homme, entendu comme produit
de la société, découlent de multiples
implications. D'abord l'homme apparaît comme irresponsable,
en particulier lorsqu'il fait le Mal : c'est son milieu,
son éducation, qu'il faut d'abord incriminer. Ensuite,
l'homme est perçu comme dépourvu d'une véritable
identité.
La notion qu'il puisse exister une nature humaine
différenciée selon les individus a toujours
paru suspecte à la pensée égalitaire.
Celle-ci a au contraire cherché à définir
l'homme par référence à une humanité
qui se définit par son caractère indifférencié,
c'est-à-dire par le plus petit commun dénominateur
entre tous les hommes.
L'égalitarisme postule ainsi une égalité
des hommes par nature, dont la manifestation serait masquée
par la société (en particulier par des institutions
comme la propriété privée, le mode
d'organisation de l'économie, les classes sociales,
etc.).
L'égalitarisme politique se fixe justement
comme objectif de retrouver cette "nature minimum"
masquée. Au XVIIIe siècle, il situait l'âge
d'or dans le passé et se proposait de retrouver le
"bon sauvage" d'avant la propriété.
On songe à la fameuse formule de Rousseau selon qui
l'homme serait bon par nature et corrompu par la société.
Au XIXe siècle, il a situé l'âge d'or
dans l'avenir, lorsque le socialisme aurait réalisé
la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme. Aujourd'hui,
il situe cet avenir lors de l'avènement de la société
multiculturelle mondiale.
Nous sommes donc en pleine utopie, c'est-à-dire
dans un système ou projet irréalisable, dans
la conception imaginaire d'une société idéale
où les rapports humains sont réglés
mécaniquement ou harmonieusement. (Ceux qui ont imaginé
des utopies sont nombreux ; parmi eux, Platon, Thomas More,
Saint?Simon, Fourier ; Ernst Bloch en a fait la théorie.)
Et puisque nous en sommes aux définitions,
je constate que nous parlons de l'égalitarisme sans
l'avoir défini. Le dictionnaire - celui que j'ai
cité tout à l'heure - donne de l'égalité
et de l'égalitarisme les définitions suivantes
:
Egalité : principe selon lequel tous les hommes,
possédant une égale dignité, doivent
être traités de manière égale.
Egalitarisme : doctrine prônant l'égalité
absolue de tous les hommes sur tous les aspects civil, politique,
économique.
Vous avez déjà saisi la nuance,
l'hérésie que représente la notion
d'égalitarisme par rapport à celle d'égalité.
Dès lors que l'utopie, d'un mot grec
signifiant "non-lieu" désigne un lieu imaginaire,
elle apparaît comme une solution imaginaire aux difficultés
du monde réel, comme je l'ai dit tout à l'heure.
Ainsi, l'utopie égalitaire, c'est le refus d'accepter
et d'admettre que le monde est, par essence, tissé
de hiérarchies, d'inégalités et constitue
un ordre, au sens le plus noble du terme.
Une fois posé un tel diagnostic, l'ordonnance
est facile à établir : pour les pseudo-humains
que nous sommes, égarés quelque part dans
le temps entre l'homme originel et l'homme ultime, il ne
saurait être d'autre remède que le déconditionnement
et la rééducation. Telles ont précisément
été les vertus thérapeutiques supposées
des goulags russes, chinois ou cambodgiens - la mitrailleuse
étant réservée aux cas désespérés.
Quelle que soit sa formulation, l'esprit égalitaire
est négateur par essence : il traduit le refus d'accepter
l'homme et le monde tels qu'ils sont. Il repose au demeurant
sur une contradiction intrinsèque : au nom de sa
quête de l'humanité en soi, il dénie
tout caractère naturel aux différences biologiques,
ethniques ou culturelles qui constituent pourtant la trame
de l'identité et de l'histoire humaines. Il lutte
en outre concrètement contre toutes les institutions
qui procurent à l'homme existence et dimension (comme
la famille, la propriété ou la nation). Ce
faisant, il refuse de reconnaître que l'humanité
n'existe qu'incarnée, et poursuit un objectif inaccessible
: "l'homme nouveau" est en effet toujours hors
d'atteinte, quelle que soit la dose de violence et de contrainte
dont on use pour forcer la nature humaine.
C'est dire que la pensée et la politique égalitaires
ne sont fortes que pour détruire un ordre existant,
mais bien moins capables de réaliser leurs promesses.
Le caractère asocial de l'esprit égalitaire
tient au fait qu'il ne s'est pas contenté d'affirmer
que les différences n'étaient ni naturelles
ni signifiantes, mais qu'elles étaient au surplus
injustes ou résultant de causes injustes. Nous sommes
saturés d'affirmations selon lesquelles les différences
sont des inégalités injustifiables et qu'une
situation différente est nécessairement une
situation injuste. La revendication égalitaire a
ainsi introduit la logique dissolvante du ressentiment dans
les rapports sociaux, en particulier la dialectique victime-coupable
(celle-ci est par exemple très perceptible dans le
concept d'exclusion : l'exclu renvoie à ceux qui
l'ont exclu. Voyez à ce propos notre livre Le Refus
de l'exclusion, nouvelle expression de l'utopie égalitaire),
en postulant que tous les phénomènes sociaux
expriment une volonté humaine consciente.
"On forcera l'homme à être
libre", prédisait Rousseau. L'égalitarisme
est potentiellement et pratiquement liberticide et totalitaire.
Pour l'esprit égalitaire, en effet, la liberté
est toujours suspecte, car elle conduit les individus à
des comportements, et donc des résultats, imprévisibles
et différents. La différence l'est aussi,
car elle contredit le projet égalitaire qui prétend
justement fonder une société où tout
le monde s'aimerait naturellement, également et indistinctement.
C'est pourquoi dans la fable d'Orwell 1984 l'amour entre
deux êtres qui se sont choisis est un délit.
L'analyse de l'idéologie égalitaire
en fait ressortir les principaux éléments
constitutifs : l'esprit d'utopie, la revendication égalitaire
et la théorie du milieu tout-puissant. Ces éléments
forment ce qu'on pourrait appeler le "triangle de fer"
: chacun de ses sommets a donné, dans l'histoire,
son impulsion et sa justification aux appétits les
plus féroces.
L'esprit d'utopie engage à aller vite
en écrasant au passage tous les obstacles, c'est-à-dire
les opposants. En nourrissant le ressentiment, la revendication
égalitaire prépare les vengeances impitoyables
du Grand Soir. Quant à la théorie du milieu
tout-puissant, elle donne à la tyrannie totalitaire
le plus pur des prétextes en lui assignant de forger
l'homme nouveau.
Chacune de ces trois affirmations constitue
une condamnation des institutions en vigueur, quelles qu'elles
soient : parce qu'elles ne ressemblent pas à l'utopie,
qu'elles tolèrent des inégalités et
qu'elles sont coupables de les avoir fabriquées.
Il s'agit donc de construire, de planifier,
un monde nouveau où tous seraient absolument égaux.
Mais comme cet avènement est impossible, parce que
contraire à l'ordre naturel du monde, il dérape
inévitablement vers la tyrannie.
La pensée égalitaire conduit ainsi
à une pratique égalitaire, que l'on peut résumer
comme suit :
- l'homme étant réputé produit de son
environnement social, pour lutter contre les maux sociaux
il faut agir à la fois sur l'homme et sur la société.
La pratique égalitaire implique ainsi une éthique
et une rhétorique de la compassion qui désigne
ceux qui vivent une situation défavorable comme les
victimes de la société, titulaires d'une créance
sur leurs concitoyens ;
- la rhétorique de la compassion justifie l'interventionnisme
de la puissance publique, réputée capable
de corriger les défauts de l'organisation sociale
et de promouvoir la justice sociale, entendue comme la répartition
la plus égale possible des propriétés
;
- l'interventionnisme de l'État, devenu providence
de la société (donc omniscient et omnipotent),
implique de recourir, d'une façon ou d'une autre,
à la redistribution forcée des propriétés
et de réduire les possibilités de choix des
individus, c'est-à-dire nécessairement, de
limiter la liberté.
Nous venons de réciter, par ces trois
affirmations, le credo socialiste, celui auquel ils ne renonceront
jamais : l'utopie égalitaire est bien au cur
du socialisme, elle est son mythe fondateur et structurant.
B) - La calcification du mythe à travers l'histoire
Si l'origine du mythe remonte très loin
dans l'histoire, son application politique est en revanche
plus récente.
Certes, les thèses égalitaires
ne datent pas d'hier. De Platon à Rousseau, en passant
par Thomas More et par Campanella, l'histoire de la pensée
économique et politique est jalonnée de théories
prônant l'égalité, parfois de manière
radicale : ainsi Platon étendit-il jusqu'au partage
des femmes le principe de la communauté des biens.
Mais, loin de constituer la règle, ces théories
restaient constamment minoritaires et largement contestées.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles encore, l'inégalité
reste pour la plupart des auteurs un fondement de l'ordre
naturel. "Il est faux que l'égalité soit
une loi de la nature, estime Vauvenargues. La nature n'a
rien fait d'égal. Sa loi fondamentale est la subordination
et la dépendance." A la frugalité égalitaire
prônée par Rousseau, Voltaire oppose un vibrant
éloge du luxe. Et le Montesquieu de L'Esprit des
lois est dans le droit fil de la pensée d'Aristote
lorsqu'il affirme : "L'esprit d'égalité
extrême (...) conduit au despotisme d'un seul."
Jusqu'au XVIIIe siècle, les théories
égalitaires se situaient dans un contexte essentiellement
moral et religieux. N'est-ce pas d'ailleurs dans les règles
de certains ordres monastiques qu'on en trouvait alors la
plus rigoureuse application ?
Mais, précisément, la vie monastique
avait pour but d'établir une coupure avec le reste
du monde. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle,
avec la naissance de la pensée économique,
que l'égalitarisme va s'étendre à la
société tout entière.
Philippe Baccou a démontré, dans
Le grand Tabou, que le développement économique
et commercial, avec l'essor de la première révolution
industrielle, conduit les sociétés occidentales
à privilégier de plus en plus les valeurs
commerciales et marchandes au détriment des idéaux
traditionnels. Dans la hiérarchie des valeurs sociales,
l'argent est pour ainsi dire réévalué.
Avec le développement de l'esprit bourgeois
se développe et croît le ressentiment contre
les valeurs aristocratiques.
On s'étonne parfois que les penseurs
égalitaristes soient généralement des
bourgeois, les uns modestes comme Babeuf, d'autres très
riches comme Engels. Mais il n'y a là rien de surprenant
: c'est bien au sein de la bourgeoisie de cette époque
que l'égalitarisme a pris son essor ; il s'agissait
alors pour elle, essentiellement, de s'opposer aux aristocrates
: "Ce furent des hommes d'extraction bourgeoise (...)
qui, jaloux des seigneurs et de leur manière de vivre,
aimant au fond la vie seigneuriale, mais s'en trouvant exclus
pour des raisons d'ordre intérieur ou extérieur,
s'en allèrent partout déclarant qu'il n'y
avait rien de plus vicieux que ce genre de vie et prêchant
une véritable croisade contre lui."
On comprend mieux, de la sorte, pourquoi l'irruption
de l'utopie égalitaire dans la pensée économique
et sociale coïncide avec la montée en flèche
des valeurs économiques dans l'échelle des
valeurs et avec l'installation de la bourgeoisie aux leviers
de commande de la société.
Ainsi, contrairement à une opinion fort
répandue, l'idée d'égalitarisme n'est
pas véritablement un produit de la Révolution
française, même si elle l'a largement inspirée.
Elle n'en reste pas moins, certes, l'une des
idées fondamentales du XVIIIe siècle finissant
? mais dans diverses acceptions qui ne se recoupent pas.
Pour certains, disciples en cela de Rousseau, l'égalité
fait partie de l'état de nature, l'inégalité
n'apparaissant qu'avec l'organisation sociale et notamment
la propriété ; cette thèse inspirera,
entre autres, les Egaux de Gracchus Babeuf, et plus tard
les marxistes.
Mais lorsque Rousseau pose l'égalité
intrinsèque entre les hommes, il ne fait pas lui?même
uvre originale : il reprend simplement à son
compte une idée largement répandue dans les
pays anglo?saxons au XVIIIe siècle, et dont l'exemple
le plus frappant est l'empirisme de Locke.
Pour John Locke, qui ignore toute forme d'hérédité
psychologique, l'esprit est une table rase, une feuille
de papier blanc (sheet of white paper). Dès lors,
tous les hommes sont également aptes à devenir
également intelligents ? la différence d'instruction
faisant seule la différence des esprits.
Helvétius ira jusqu'à dire que
"du plus petit pâtre des Alpes, on peut tirer
à volonté un Newton ou un Lycurgue".
Certains milieux intellectuels du XVIIIe siècle,
croyant que l'éducation fait tout l'homme, donnent
donc une base anthropologique à l'égalitarisme.
Pour d'autres cependant, l'égalité résulte
simplement du fait que la raison, selon l'expression de
Descartes, est "la chose du monde la mieux partagée".
D'autres enfin, qui ne croient pas à la possibilité
d'inscrire l'égalité dans les faits, veulent
seulement instituer des règles sociales qui soient
les mêmes pour tous. C'est plutôt à cette
dernière conception que se rattachent les révolutionnaires
français.
La notion révolutionnaire de l'égalité
juridique renvoie à la revendication d'abolition
des privilèges, dont le but est, selon la Déclaration
des Droits de l'homme et du citoyen, que les distinctions
sociales ne soient fondées que sur l'utilité
commune. La place de chacun dans la hiérarchie sociale
ne sera plus fonction de son appartenance à un groupe
ou à un ordre, mais seulement de son talent et de
son mérite individuels.
Bien que les interprétations soient
multiples, l'on peut avancer que, globalement, l'égalité,
au sens de la Révolution française, est une
affirmation de la valeur de l'individu. Comme l'explique
le sociologue Daniel Bell, "l'individu (dans cette
conception) est l'unité de base de la société.
La société est faite pour donner à
l'individu la liberté de satisfaire ses propres aspirations,
à savoir acquérir du bien grâce à
son travail, de satisfaire ses désirs grâce
à l'échange, d'obtenir une place correspondant
à ses talents grâce à la mobilité
vers le haut."
Les institutions de la société
devaient, par conséquent, établir les procédures
régularisant la concurrence et les échanges
nécessaires pour satisfaire les différents
désirs et compétences. Le principe de l'égalité,
en ce sens, niait la préséance de la naissance,
du népotisme, de la clientèle ou de quelque
autre critère de ce genre, mais non pas la juste
concurrence également ouverte aux talents et aux
ambitions.
Une telle conception, qui fonde aujourd'hui
encore la tradition de l'égalité républicaine,
n'a que peu de choses à voir avec la doctrine de
l'égalité niveleuse même s'il y a entre
elles une relation linéaire, comme le montre l'article
"Egalité naturelle" de l'Encyclopédie.
L'auteur de l'article, le chevalier de Jaucourt, affirme
que "l'égalité naturelle est celle qui
est entre tous les hommes par la constitution de leur nature
seulement. Cette égalité est le principe et
le fondement de la liberté". Et d'ajouter :
"Cependant, qu'on ne me fasse pas le tort de supposer
que, par un esprit de fanatisme, j'approuvasse dans un Etat
cette chimère de l'égalité absolue...
Je ne parle ici que de l'égalité
naturelle des homme ; je connais trop la nécessité
des conditions différentes, des grades, des honneurs,
des distinctions, des prérogatives, des subordinations
qui doivent régner dans tous les gouvernements ;
et j'ajoute même que l'égalité naturelle
ou morale n'y est point opposée."
L'égalitarisme contemporain est donc
le rejeton abâtardi de la Révolution, fruit
des passions petites-bourgeoises qui n'ont pas manqué
de fleurir au cours de cette période troublée.
Ainsi les théories de Gracchus Babeuf,
qui dénonce l'égalité formelle comme
une "belle et stérile fiction de la loi"
et réclame pour sa part "l'égalité
réelle ou la mort" : c'est d'ailleurs la seconde
qu'il aura finalement.
Pour les "Egaux", l'inégalité
est une sorte de mal absolu. Buonarroti écrit : "De
l'inégale répartition des biens et du pouvoir
naissent tous les désordres dont se plaignent avec
raison les neuf dixièmes des habitants des pays civilisés.
De là viennent pour eux les privations, les souffrances,
les humiliations et l'esclavage."
Le programme de Babeuf, dès lors, est
clair : établir l'égalité par une organisation
communiste fondée sur la suppression de la propriété
privée et la mise en commun de tous les biens. "Il
faut, affirme Babeuf, que les institutions sociales changent
à ce point qu'elles ôtent à tout individu
l'espoir de devenir jamais ni plus riche, ni plus puissant,
ni plus distingué par ses lumières qu'aucun
de ses égaux" : on croirait lire la définition
socialiste de l'impôt progressif sur le revenu !
Babeuf, comme les communistes, espère
transformer l'homme grâce à l'application rigoureuse
de l'égalitarisme : "Ce Gouvernement fera disparaître
les bornes, les haies, les murs, les serrures aux portes,
les disputes, les procès, les vols, les assassinats,
tous les crimes, les tribunaux, les prisons, les gibets,
les peines, le désespoir que causent ces calamités,
l'envie, la jalousie, l'insatiabilité, l'orgueil,
la tromperie, la duplicité, enfin tous les vices."
Corollaire de la Révolution française,
le mouvement égalitariste appliqué au champ
économique et social uvrera sans cesse à
ruiner les meilleurs acquis de celle-ci. La liberté
de l'individu, la sanction du mérite et du talent,
le dévouement prioritaire à la patrie, sont
autant d'obstacles au nivellement. Et pendant tout le XIXe
siècle, le mouvement égalitariste, dont l'avant-garde
sera largement ouverte aux idées marxistes, va se
développer.
III - UNE UTOPIE DEVASTATRICE POUR
LES SOCIETES ET POUR LES PEUPLES
A) - Pour les peuples
Au début du XXe siècle, aura
lieu une nouvelle avancée des idées égalitaristes.
Le marxisme y jouera un rôle décisif.
Quel est le véritable discours de Marx
sur l'égalité ?
La critique de Marx porte sur ce qu'il appelle
la conception bourgeoise de l'égalité, qu'il
qualifie d'hypocrite et de limitée, et sur les illusions
que nourrissent certains sur la possibilité de réaliser
l'égalité dans un contexte bourgeois. Position
fort bien résumée par Engels au début
de son ouvrage Socialisme utopique et Socialisme scientifique,
où il juge en ces termes la portée de l'idéologie
des Lumières : "Nous savons aujourd'hui que
ce règne de la raison n'était rien d'autre
que le règne idéalisé de la bourgeoisie
(...) ; que l'égalité aboutit à l'égalité
bourgeoise devant la loi." Or, simultanément,
poursuit Engels, "existait l'opposition universelle
entre exploiteurs et exploités, riches oisifs et
pauvres laborieux" ; dès lors, de nouvelles
idées plus radicales ne pouvaient manquer d'apparaître
: "La revendication de l'égalité ne se
limitait plus aux droits politiques, elle devait s'étendre
aussi à la situation sociale des individus."
Si donc l'égalité bourgeoise est critiquable,
ce n'est pas en tant que telle, mais parce qu'elle est formelle
et non réelle.
Dans l'analyse marxiste, l'accès au paradis
socialiste est en deux étapes : dans la première,
subsiste la notion d'inégalité, dans la mesure
où, si le producteur individuel reçoit exactement
la contrepartie de son quantum individuel de travail, l'inégalité
des différents modes de travail, voire des travailleurs
eux-mêmes, demeure postulée.
Mais, dans la seconde étape - celle que,
bien entendu, aucun Etat qui se réclame du marxisme
n'a atteint -, c'est véritablement le Paradis sur
terre, comme en rêvaient les millénaristes
les plus délirants du moyen âge.
Certes, cette phase supérieure de la
société communiste n'est décrite par
Marx que de manière très allusive, et nous
apparaît à vrai dire plutôt "en
creux" -par rapport aux phases précédentes.
Mais il est indiscutable qu'elle se caractérise par
un degré d'égalité extrêmement
poussé - une égalité que Lénine,
retrouvant les mots de Babeuf, qualifie dans L'Etat et la
Révolution de "réelle", pour bien
la distinguer de l'égalité formelle prévalant
auparavant.
Le "droit bourgeois", qui rendait
encore possible l'existence de rétributions inégales,
même après la suppression de la propriété
privée des moyens de production, y a disparu. De
même doivent disparaître "la division du
travail et, avec elle, l'antagonisme entre le travail intellectuel
et le travail manuel" - thème déjà
évoqué en ces termes par Marx et Engels dans
L'Idéologie allemande :
"Chacun (aura) la possibilité de
faire aujourd'hui telle chose, demain, telle autre chose,
de chasser le matin, de pêcher l'après-midi,
de pratiquer l'élevage le soir, de faire de la critique
après le repas, selon son bon plaisir, sans jamais
devenir chasseur, pêcheur ou critique." Malgré
ses prétentions scientifiques, le marxisme reste
ici étrangement proche du lyrisme des "socialistes
utopiques".
Et de même que Babeuf envisageait la Révolution
comme devant abolir tous les vices, Trotsky imagine qu'avec
le communisme un homme nouveau apparaîtra : "L'homme
sera beaucoup plus fort, beaucoup plus perspicace, beaucoup
plus fin. Son corps sera plus harmonieux, ses mouvements
plus rythmiques, sa voix plus musicale. La moyenne humaine
s'élèvera au niveau d'Aristote, de Gthe,
de Marx !"
Il est clair que l'inégalité persistante
dans la première phase du communisme est bien plus
un "défaut provisoire" (d'ailleurs de peu
d'ampleur), lié au fait que subsistent encore les
restes du droit bourgeois. Le projet de Marx se situe clairement
dans la ligne de l'égalitarisme le plus radical.
Ainsi, Marx donne un élan nouveau à
l'idée égalitaire : en révélant
les voies d'accès à la cité communiste
idéale, il transforme ce qui n'était auparavant
qu'idéal utopique en possibilité - apparemment
- réalisable. Et il est indéniable que la
création d'un, puis de plusieurs Etats se réclamant
du communisme, proclamant hautement leur fidélité
aux idéaux de Marx, et prétendant mettre en
pratique l'idée égalitaire, a puissamment
contribué, en raison de l'effet de séduction
exercé, et de l'ignorance dans laquelle se trouvaient
les Occidentaux sur la réalité du système,
à mettre l'égalité des revenus au premier
plan des revendications. Dès lors que le paradis
paraissait possible sur terre, comment pourrait-il être
réservé à une petite poignée
d'élus ?
Le coup d'envoi est ainsi donné. Au XXe
siècle, l'idée égalitaire progresse
et s'étend peu à peu à tous les secteurs,
tout en débordant largement le marxisme orthodoxe.
Parallèlement, elle évolue dans le sens d'un
approfondissement et d'une radicalisation toujours plus
grands.
On en voit aujourd'hui les effets sur les peuples
victimes, les Russes, les Polonais, les Roumains, les Allemands
de l'Est, les Coréens du Nord, les Cambodgiens, les
Vietnamiens qui comptent leurs morts par millions et dont
les souffrances infinies hurleront la peur et le dégoût
à nos oreilles pendant tout le prochain millénaire
! A quand la contrition des évêques ? A quand
le repentir des policiers pour ces crimes contre l'Humanité
?
On en voit aussi les effets dévastateurs
sur les populations nanties de l'Occident.
Tel est, par exemple, le sens profond des débats
théoriques sur l'égalité aux États-Unis
au cours des années récentes, marqués
par le glissement progressif de la notion d'égalité
des chances à celle d'égalité des résultats.
C'est toute la mécanique intellectuelle
de l'"affirmative action".
Qu'est-ce donc que l'affirmative action, au
nom de laquelle les universités américaines
se voient imposer des critères raciaux d'admission,
au nom de laquelle, au mépris de la concurrence des
compétences, les résultats, les emplois, les
débouchés ne dépendent pas du savoir-faire,
mais bel et bien de l'appartenance à une ethnie ?
Elle n'est rien d'autre que la forme contemporaine, repeinte
Outre-Atlantique, de l'égalitarisme délirant
des niveleurs d'antan. Les théories américaines
à l'origine de cette politique ? comme celle de Christopher
Jencks ? reposent sur un postulat égalitariste :
pour Jencks, nous vivons dans une société
compétitive. De cette compétition résulte
un certain degré d'inégalité. Dès
lors, dans l'hypothèse où l'on souhaite réduire
cette inégalité, deux options sont possibles
: on peut essayer de placer tous les individus sur la même
ligne de départ, en espérant qu'ils seront
par là même plus groupés à l'arrivée
: le livre tout entier montre l'inefficacité de cette
politique. Ou bien, on peut changer les règles d'attribution
des récompenses en décrétant que, quel
que soit l'ordre d'arrivée, les concurrents recevront
des prix sensiblement égaux : c'est cette solution
qui a la faveur de Jencks, et qu'il appelle "égalité
des résultats".
Dans la même logique : égaliser
les salaires ou les revenus au lieu de donner à tout
le monde les moyens de poursuivre des études ; ou
encore, briser les hiérarchies sociales et professionnelles
plutôt que d'égaliser les conditions d'accès
aux dites hiérarchies.
Le débat américain reste certainement
révélateur d'une évolution de l'idée
égalitaire et de ses implications les plus radicales
et les plus contestables, au nom de l'"égalité
réelle", qu'il s'agisse du nivellement des conditions
du développement individuel ou du nivellement des
situations sociales. Implications au nombre desquelles il
faut évidemment compter la politique du "busing"
(transport obligatoire des élèves, afin d'homogénéiser
la composition des classes) et l'introduction dans la politique
de l'emploi et de l'éducation du principe de représentation
(attribution des places au prorata de la proportion de chaque
groupe social, ethnique, etc., dans la population), ainsi
défini par Daniel Bell : "On demande maintenant
qu'un individu donné reçoive tel ou tel poste
parce qu'il possède les attributs de tel ou tel groupe.
Sa personne elle-même disparaît. Seuls demeurent
les attributs du groupe."
A la limite, pour les plus "avancés"
des égalitaristes américains, le simple fait
que les règles de fonctionnement de la société
puissent, comme certains l'ont souligné, conduire
à favoriser les bénéficiaires d'une
loterie génétique arbitraire suffit à
disqualifier une telle société.
Pour rester encore deux minutes Outre-Atlantique
- qui préfigure ce qui va survenir peut-être
en Europe, donc en France -, sachez que, là-bas,
l'évolution du concept égalitariste a suscité
une véritable guerre des sexes.
Ainsi, dans les universités américaines,
des organisations considérables, comme celles du
Hard Feminism, ont imposé des relations entre sexes
fondées sur la suspicion. Une police du sexe, tatillonne
et impitoyable, recueillant et suscitant les dénonciations,
fait condamner et bannir pour viol les étudiants
qui ont fait l'amour sans exiger de leur partenaire un consentement
explicite formulé pour chaque attouchement, pour
chaque caresse. Comme dirait Georges Brassens, avant de
partir en bacchanale, il faut présenter un devis...
La conscience du ridicule n'arrête pas
les universitaires qui organisent cette réglementation.
Cette police fait enlever des murs les nus académiques
et censure les cours de toute allusion, même anodine,
à ce qui peut passer pour une gauloiserie. Le motif
invoqué pour mettre en marche cette machine répressive
n'est pas la pureté de l'âme, mais l'égalité
des sexes, menacée par le sexisme des mâles.
Les enseignants vivent dans la terreur d'être montrés
du doigt pour n'avoir pas manifesté la soumission
nécessaire aux doctrines de la prétendue libération
féminine.
Revenons en Europe, dans ce qui fut notre douce
France.
B) - Pour les sociétés
L'évolution des partis de gauche et
des syndicats "révolutionnaires", en France,
est révélatrice de la logique interne de l'idée
égalitaire. Le thème de la lutte contre les
inégalités a envahi tous les aspects de la
vie sociale. Dans cette nouvelle conjuration des Egaux,
la lutte d'influence entre les tenants de l'utopie égalitaire,
loin de refréner les ardeurs des uns et des autres,
a débouché au contraire sur la généralisation
des thèses les plus radicales, qui s'épanouissent
naturellement avec le discours des professionnels de l'antiracisme.
Il est vrai qu'il se manifeste avec plus de
force dans les domaines dits "sociaux"(le cosmopolitisme,
l'antiracisme ; le nivellement par la fiscalité,
l'assistanat, le nivellement scolaire et culturel, etc.)
que dans le domaine économique, abandonné,
par la gauche, en France, dès 1982, après
une série d'échecs cuisants : tout récemment,
M. Jospin ne vient-il pas, malgré l'opposition des
communistes, de poursuivre les privatisations envisagées
depuis M. Balladur ?
Il est vrai aussi qu'il se manifeste différemment
selon les pays concernés : il est clair, à
cet égard, que le gouvernement travailliste de Grande-Bretagne
n'est pas égalitariste dans sa conception de la société
: "L'Etat providence, a déclaré M. Tony
Blair, dans son discours devant le congrès du Parti
travailliste, doit encourager le travail et non l'assistanat..."
Le gouvernement français demeure cependant,
aujourd'hui, dans tous les autres domaines de la politique,
la lanterne deux fois rouge (la première fois, parce
que nous sommes devant une politique "rouge",
et la seconde, parce que nous sommes les derniers à
évoluer) de l'Europe.
Il est navrant de constater que l'égalitarisme
est devenu l'idéologie des pouvoirs institués,
quelle que soit, hélas, l'appartenance partisane
dont ils se réclament. Peut-être réside-t-elle
là, la véritable confusion qui s'est établie
dans les murs politiques et qui montre qu'il n'y a
aujourd'hui, dans la pratique, plus de grandes différences
entre les politiques de ce que l'on appelle la droite et
celles de la gauche : l'égalitarisme est devenu la
philosophie du pouvoir.
L'égalitarisme est la pensée unique
de l'establishment, parce que les partisans de l'égalitarisme
ont opéré depuis les années soixante
la conquête du pouvoir culturel, en particulier en
investissant l'Université, l'enseignement, les media,
les associations et les "autorités morales".
Les analyses et les solutions égalitaires
se sont d'autant plus imposées qu'elles émanaient
d'institutions prestigieuses et que la pensée contraire
était progressivement marginalisée (que l'on
pense, par exemple, à l'impact des "sciences
de l'éducation" dans le développement
de l'égalitarisme).
Et puis, le pouvoir médiatique s'est
érigé en gardien des dogmes égalitaires,
véhiculés par les intellectuels médiatisés
et par les autorités morales. Disposant du pouvoir
de faire les réputations et de taire les opinions,
il s'est imposé comme le véritable censeur
et donc le véritable tuteur de la classe politique.
(M. Chevènement, qui a contre lui le lobby de l'immigration,
en a fait l'expérience.) Et, à bien des égards,
il exerce plus d'influence que l'électeur sur le
personnel politique.
Enfin, l'égalitarisme est devenu l'idéologie
officielle des principaux appareils et administrations publics
ou reconnus par la puissance publique, qu'il s'agisse des
centrales syndicales, ou d'administrations comme l'Education
nationale, la Sécurité sociale ou la Justice.
(Le ministre Allègre va en faire bientôt l'expérience,
s'il continue...) En d'autres termes, il dispose d'un poids
et d'une force de manuvre ou d'inertie considérable
dans la société. En effet, affronter l'égalitarisme
revient à affronter ces institutions et ces appareils.
Les politiques d'inspiration égalitaire
reposent toujours sur les mêmes mécanismes
: les prélèvements et la redistribution d'une
part, la réduction de l'espace de liberté
des personnes d'autre part (des prélèvements
sur la richesse réduisent d'ailleurs en eux-mêmes
la liberté selon l'adage : "L'argent est de
la liberté frappée"), en particulier
en les empêchant d'exercer leurs préférences.
En d'autres termes, l'idéologie égalitaire
sert de justification à l'appétit de pouvoir.
Comme les politiques égalitaires échouent
toujours, en outre, l'exercice de la contrainte se trouve
sans cesse justifié : on n'en fera jamais assez pour
prétendre assurer l'égalité des conditions
d'existence.
Ainsi, par exemple, au nom de l'antiracisme,
on s'efforce de mettre en tutelle non seulement la liberté
de préférer, mais aussi d'exprimer sa pensée,
voire de conceptualiser, c'est?à?dire de désigner
les choses par leur nom. Nous avons largement débattu,
dans d'autres lieux, de l'effet pervers du montage égalitariste
de l'antiracisme.
L'égalitarisme, jusqu'au tournant du
siècle, visait avant tout l'égalisation des
conditions d'existence, entendue comme préalable
à l'instauration de la justice.
L'utopie égalitaire, de nos jours, met plus l'accent,
désormais, sur le cosmopolitisme que sur la solidarité
entre les peuples ; elle préconise moins de changer
l'ordre social que d'intégrer l'ordre économique
mondial. Elle invoque moins les droits des peuples que le
sort des migrants. Elle ne pose plus la question politique
qu'en termes d'ingénierie sociale (la "lutte
contre l'exclusion").
Le discours et la pratique égalitaires
actuels se veulent plus "différentialistes",
si l'on peut dire : à l'opposé des socialistes
des origines, les égalitaristes contemporains considèrent
que des hommes qui ont des conditions de vie différentes
doivent jouir des mêmes droits, même s'ils ne
sont pas soumis aux mêmes obligations, cela au nom
du "droit à la différence" justement.
C'est en vertu de cela que les égalitaristes abandonnent
le concept d'assimilation pour lui préférer
celui d'intégration, par exemple. En d'autres termes,
la pensée égalitaire revisitée tend
à faire l'impasse sur l'idée d'une société
homogène au profit du dogme de l'égalité
des droits : c'est ce que l'on appelle, en français,
la discrimination positive.
Que l'égalitarisme tente de se reformuler ne le rend
pas cependant moins utopique.
Ainsi, il n'est pas une manifestation de la crise de la
société française que l'on ne puisse
rattacher aux conséquences de la mise en application
de la pensée égalitaire de la gauche, la gauche
des urnes ou celle des esprits.
Les institutions aujourd'hui en crise sont justement
imprégnées des dogmes égalitaires.
Ce n'est pas une coïncidence, mais l'un découle
fatalement de l'autre.
L'école est aujourd'hui en crise, parce qu'elle poursuit,
conformément aux présupposés égalitaires
du plan Langevin-Wallon, le mythe de l'école unique
et que l'on se refuse à traiter différemment
des enfants différents.
L'institution judiciaire est en crise, parce
que son inspiration est celle de la défense sociale
nouvelle, qui considère que le délinquant
est avant tout une victime qu'il faut réinsérer
dans la société, plutôt qu'un être
responsable qu'il faut empêcher de nuire.
L'ordre public est en crise, parce que ceux qui sont en
charge des institutions croient qu'il suffit de repeindre
les cages d'escaliers dans les immeubles ou de distraire
les désuvrés sans les éduquer
pour faire disparaître les causes de violence sociale.
Les systèmes de protection sociale sont
en crise, parce qu'ils reposent sur l'idée qu'il
faut redistribuer les richesses et transférer à
l'Etat-providence le souci de soi et des autres.
Les prélèvements publics sont
en crise, car ils poursuivent un objectif de redistribution
à vocation égalitaire, plutôt que de
juste contribution aux charges et dépenses communes.
La famille est en crise, parce que l'Etat-providence
lui a retiré l'essentiel de ses fonctions traditionnelles.
L'éducation et la morale publique sont
en crise, parce que l'idéologie laxiste de la non-directivité
a privé la jeunesse du soutien de véritables
maîtres et de vraies disciplines.
La culture est en crise, parce qu'au nom du
dogme de la table rase on a mis en suspicion la transmission
des valeurs et des traditions communes.
L'emploi est malade de l'égalitarisme
: malade du poids du salaire minimum et des prélèvements
fiscaux et sociaux qui rigidifient le marché du travail,
malade de la logique d'ingénierie sociale qui veut
que l'on partage le travail et subventionne l'inactivité,
plutôt que la recherche effective d'un emploi ou l'acquisition
d'une formation.
Notre pays est incapable de lutter contre l'immigration
illégale et de répondre aux défis de
l'immigration, parce qu'au nom de l'idéologie des
droits de l'homme on continue de considérer que "les
étrangers sont chez nous chez eux" comme déclarait
François Mitterrand, et que l'on postule que les
différences ethniques sont susceptibles d'être
surmontées au moyen d'un traitement social adéquat.
Le rapport Weil, qui constitue la référence
doctrinale de la loi Chevènement sur l'immigration,
accentue encore cette tendance.
CONCLUSION
On pourrait poursuivre cette énumération
longtemps.
Tout n'est certes pas réductible à
la pensée égalitaire. Mais celle-ci occupe
une place centrale dans la crise de la société
française, d'abord parce qu'elle est devenue le conformisme
des dirigeants : en d'autres termes, elle les isole confortablement
des exigences du moment.
Mais il n'en demeure pas moins que la menace
que fait peser l'utopie égalitaire sur l'homme libre
demeure plus actuelle que jamais. Loin de la prétendue
"mort des idéologies", l'utopie égalitaire
de la gauche poursuit, sous d'autres formulations, son uvre
de destruction. La machine à tuer l'âme des
peuples fonctionne à plein régime. Elle est
la négation du sacré et de l'identité
: la preuve est bien que l'on est passé, presque
sans s'en rendre compte, de l'utopie de la société
sans classes à celle d'un monde sans différences.
Alexandre Soljénitsyne, dans Des Voix
sous les décombres, publié en 1974, nous le
disait déjà : "L'époque de crise
dans laquelle nous vivons souligne encore la profondeur
et la complexité des problèmes auxquels se
heurte l'humanité : une force puissante s'oppose
à elle, qui menace son existence et paralyse en même
temps son arme la plus sûre, la raison".
Mais nous avons un devoir d'espérance.
Pour moi, ce devoir d'espérance s'appuie sur les
faits : j'ai nommé l'effondrement du communisme,
j'ai nommé le réveil des aspirations identitaires
et nationales, j'ai nommé l'immense soif de liberté
que n'étanchent pas les discours usés du socialisme
égalitaire. Un cycle historique s'achève,
malgré les apparences. Espérons que l'ère
nouvelle, celle de la liberté et de la responsabilité
des individus, gage de la force des peuples, puisse s'épanouir.
Alors, ce ne sera plus l'utopie égalitaire triomphante
que nous aurons à analyser, mais le cadavre de la
gauche qu'il restera à disséquer.
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