1. Le révélateur
Sokal
Le livre d'Alan Sokal et Jean Bricmont, Les
Impostures intellectuelles (Odile Jacob, septembre 1997),
qui fait suite au fameux canular de Sokal , a dévoilé
la charlatanerie des auteurs du courant "postmoderne"
(Derrida, Lacan, Deleuze et Guattari, etc.), en montrant
qu'ils font un usage aberrant des théories scientifiques.
Le courant postmoderne se caractérise par un relativisme
généralisé, dont la formule principale
est que "tout énoncé est relatif au groupe
social dont il émane", ce qui veut dire qu'il
n'y a pas de vérité objective. Tout discours
d'apparence scientifique doit être compris en fonction
de la sociologie du groupe auquel appartient l'individu
qui l'énonce. Par conséquent, rien n'est absolument
vrai, rien n'est absolument faux, et la science se dissout
dans la littérature. Cette thèse est fausse,
bien sûr, comme le montrent très bien Sokal
et Bricmont, parce qu'elle consiste à soutenir que
la nature n'a pas de réalité objective en
dehors des individus qui sont en relation avec elle et qu'elle
oblitère le critère de la science, qui est
la possibilité de faire des prévisions vérifiables.
Sokal et Bricmont, qui sont des hommes de gauche,
en concluent qu'il faut revenir à ce qu'ils appellent
abusivement l'"épistémologie des Lumières".
Or, il ne s'agit pas seulement d'épistémologie.
Il s'agit aussi de politique et d'idéologie. Ils
n'ont pas compris que le développement du courant
postmoderne, après la crise de 1968, témoignait
de l'impasse où la gauche était engagée
et qu'il était une tentative désespérée
pour sauver les idées égalitaires, après
la faillite du marxisme et des philosophies historicistes.
Le courant post-moderne a cru sortir des contradictions
qui sont apparues entre la gauche et la science par une
plongée dans l'obscurantisme : en décrétant
que la science n'est qu'un discours parmi d'autres, relatif
au groupe social dont il émane, on immunise le discours
idéologique à son égard. On renverse
le rapport établi entre la connaissance objective
et les jugements de valeur qui s'appuient sur celle-ci.
La situation a bien changé depuis le
XVIIIe siècle ! On croyait alors que la mécanique
newtonienne était le modèle de tous les savoirs
et qu'il y avait une "physique sociale" dont un
"despote éclairé" pouvait se servir
pour gouverner selon la raison. L'affaire Sokal révèle
que la gauche n'a plus d'issue intellectuelle, ni dans la
science, ni en dehors d'elle.
Pour l'instant, je n'ai fait qu'affirmer ce
que je vais essayer maintenant d'établir, en survolant
de nombreuses disciplines.
2. La science contre la gauche
La gauche est l'expression politique et idéologique
de l'utopie égalitaire et elle se définit
par une certaine vision de l'homme, de la société
et du monde, fondée, en particulier, sur l'idée
de l'égalité de nature entre les hommes et
sur celle de la bonté naturelle de l'homme. Je voudrais
montrer, en distinguant de manière un peu trop méthodologique
la conception de l'homme, puis la conception de la société,
enfin la conception du monde, que dans ces trois domaines
un certain nombre de disciplines scientifiques apportent
des connaissances qui réfutent les positions de la
gauche.
a) En ce qui concerne la conception
de l'homme, les développements des sciences de la
vie sont en contradiction avec l'égalitarisme de
la gauche. L'anthropologie moderne s'éloigne toujours
davantage des préjugés égalitaires,
à mesure qu'elle assimile la théorie de l'évolution,
les données de la génétique, les découvertes
de l'éthologie, la biologie du comportement, et de
la sociobiologie, l'étude biologique des sociétés
animales et humaines. Nous avons consacré un livre
à la question, La Politique du vivant . Je voudrais
en rappeler ici les principales lignes de force.
Le postmodernisme est un produit de mai 1968.
Il est issu d'une réaction, à l'égard
de l'orthodoxie communiste, d'intellectuels gauchistes très
sensibles aux modes du temps et aux débats qui agitaient
l'opinion cultivée. En 1969, Jacques Monod, prix
Nobel de médecine, le grand savant qui a découvert
le code génétique, publie Le Hasard et la
nécessité, où il explique que la biologie
est contraire au marxisme, et spécialement à
son noyau philosophique, le matérialisme dialectique,
qui a l'ambition d'expliquer l'univers. C'est ce qu'a révélé
l'affaire Lyssenko. Lyssenko était un agronome soviétique
qui, dans les années 1930, déclarait que la
génétique était incompatible avec les
principes du marxisme et sa prétention de créer
l'homme nouveau. Dans l'utopie égalitaire, il y a
nécessairement un certain environnementalisme, c'est-à-dire
que l'on suppose que l'homme est malléable. Il est
une table rase sur laquelle la société, à
condition d'être bien dirigée, peut inscrire
ce qu'elle veut. C'est ce que résume la fameuse phrase
de Marx : "Ce n'est pas la conscience de l'homme qui
détermine son être, c'est son être social
qui détermine sa conscience." Cette formule
est spécieuse, comme il arrive souvent chez Marx,
car il parle d'abord de l'être, sans adjectif, puis
de l'être social. On peut être d'accord avec
la première partie de la phrase : en effet, ce n'est
pas la conscience qui détermine l'être de l'homme,
comme le croit l'existentialisme. Mais Marx soutient ensuite
que c'est l'être social, c'est-à-dire les relations
qu'un individu entretient avec les autres individus dans
la société, sa "position de classe",
qui détermine ce qu'il va penser, et que chacun est
déterminé exclusivement par son environnement
social. Ce raisonnement opère une réduction
du déterminisme à l'environnement et ne retient
que l'environnement social, en faisant abstraction de l'environnement
physique. C'est la clé de l'anthropologie marxiste,
qui est celle du socialisme en général. Elle
conduit à penser que l'on peut créer un homme
nouveau qui serait débarrassé des défauts
de l'homme ancien, et adapté à une société
communiste où la propriété privée
et les autres institutions "bourgeoises" auraient
disparu. Or, selon Lyssenko, si Mendel avait raison, s'il
y avait une hérédité matérialisée
dans les gènes, si cette hérédité
se transmettait de manière purement physique, sans
intervention de la société, cela voudrait
dire que jamais le paradis communiste ne pourrait naître,
que jamais l'État communiste ne pourrait transformer
l'homme au point de créer un homme nouveau, parfaitement
adapté à la société communiste.
Comme le remarquait Monod, Lyssenko avait raison de trouver
une contradiction entre la génétique et le
marxisme ou le socialisme. Evidemment, ce n'était
pas le marxisme qui avait raison, c'était la génétique.
Si nous sommes ce que nous sommes d'abord en raison de nos
gènes, si notre identité part de ce point
du destin qui est la fécondation de l'uf par
le spermatozoïde et qui constitue notre patrimoine
génétique, reproduit ensuite dans les milliards
de cellules de notre corps, alors nous ne sommes pas indéfiniment
manipulables. Bien sûr, nous subissons des influences,
mais celles-ci trouvent certaines limites, car elles réagissent
sur notre être premier, qui est génétique.
Lyssenko a persuadé les dirigeants communistes qu'il
fallait prohiber la génétique, science bourgeoise
et nazie. Il a joui non seulement de la faveur de Staline,
jusqu'à la mort de celui-ci en 1953, mais ensuite
de celle de Khrouchtchev, qui l'a défendu pied à
pied, jusqu'à sa chute en 1964. Cependant, les progrès
de la biologie ne cessaient de démentir les thèses
de Lyssenko. En particulier, dans les années cinquante,
Crick et Watson avaient découvert la double hélice
de l'A.D.N., qui est le substrat de la génétique.
La génétique prouve que l'homme
nouveau ne peut naître d'une transformation de la
société, comme le croyaient les marxistes,
elle démontre aussi que les hommes sont inégaux
et que cette inégalité est irréductible.
On est de gauche quand on croit à l'égalité
naturelle des hommes, ce qui est différent de l'égalité
des citoyens devant le droit. La doctrine de l'égalité
naturelle des hommes soutient que les hommes sont égaux
par nature, que les différences ou inégalités
sont surajoutées par la société et
n'existent pas dans la nature de l'homme. La doctrine de
l'égalité naturelle est indéfendable
devant la génétique, qui révèle
la diversité originelle des hommes, et devant la
théorie de l'évolution, qui fait de cette
diversité génétique le matériau
de l'évolution.
L'égalitarisme est aussi mis à
mal par les études que les psychologues et les sociologues
ont faites des différences entre les individus et
les groupes. On connaît les débats passionnés
qui ont eu lieu sur l'inégalité de l'intelligence.
Pourquoi se focaliser sur l'intelligence ? Parce que, jusqu'à
nouvel ordre, c'est le paramètre le mieux étudié,
qui est mesuré par le quotient intellectuel. Et malgré
le tir de barrage des nouveaux lyssenkistes, il est établi
que les différences entre les individus, en ce qui
concerne les performances aux tests de Q.I., s'expliquent
principalement par des différences génétiques,
à hauteur d'environ 80 %. Que cela plaise ou non,
c'est un fait. Cela ne veut pas dire, au demeurant, que
les 20 % restants sont dus à l'éducation ou
à la société : l'environnement biologique,
y compris l'environnement intra-utérin, peut compter
pour beaucoup. Si un ftus subit des agressions biologiques
dans le ventre de sa mère, cela peut amener des différences
considérables. Il peut aussi y avoir, au moment de
l'accouchement, des dysfonctionnements cérébraux
qui introduisent une certaine variance des performances
intellectuelles.
Il y a un autre fait qui plaît encore
moins, c'est que les différences de Q.I. que l'on
observe entre les moyennes des groupes sociaux doivent être
attribuées en grande partie à des différences
génétiques et non à je ne sais quel
facteur social, tel que la prétendue "aliénation
culturelle". On a beaucoup étudié, aux
États-Unis, les différences intellectuelles
entre les noirs et les blancs, qui est de 15 points de Q.I.,
c'est-à-dire d'un écart-type, ce qui est considérable,
et plus généralement entre les divers groupes
ethniques. Or, démonstration a été
faite, notamment par Arthur Jensen et William Shockley,
que la plus grande partie, les deux tiers sans doute, était
due à des différences génétiques.
Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas donner une excellente
éducation à tout les hommes, indépendamment
de leur race et de leur origine, bien entendu. Il faut simplement
savoir que les inégalités ne sont pas forcément
dues à une mauvaise conception de la société,
qu'elles ne sont pas toujours la conséquence d'une
injustice ou d'une exclusion, comme on le dit stupidement
? à moins évidemment de considérer
qu'elles sont dues à une injustice métaphysique
et que le Créateur est mauvais. Mais si l'on écarte
cette opinion blasphématoire, qui était celle
des gnostiques, on est obligé de dire que les inégalités
ne sont pas en soi synonymes d'injustice.
L'éthologie, la biologie du comportement,
dont l'auteur le plus connu est Konrad Lorenz, a mis au
jour le rôle des instincts dans l'activité
humaine, ce qui a sapé les bases du behaviorisme
. Le behaviorisme de Watson et Skinner, fondé sur
le schéma stimulus-réponse et les travaux
de Pavlov relatifs aux réflexes conditionnés,
était la caution scientifique de l'environnementalisme,
parce qu'il affirmait que les hommes étaient des
nuds de réflexes conditionnés, et que
leur comportement était entièrement manipulable.
Watson disait : "Donnez-moi n'importe quel enfant,
j'en ferai, à ma guise, un Newton ou un Michel-Ange."
Or, Lorenz montre que le réflexe conditionné
s'appuie sur une base instinctive et que l'on ne peut pas
faire faire n'importe quoi aux hommes.
Je vous ai aussi parlé de la bonté
naturelle de l'homme, hypothèse qui permet à
la gauche de mettre en accusation les institutions sociales.
Rousseau disait déjà : l'homme est naturellement
bon, mais la société le corrompt. C'est une
idée qui est issue du mythe du bon sauvage, que l'on
trouve chez beaucoup d'auteurs, notamment chez Montaigne.
On vous raconte que les voyageurs ont découvert les
coutumes les plus variées aux quatre coins du monde
? ici, l'anthropophagie est considérée comme
un crime, mais là-bas elle est admise, et ainsi de
suite -, pour conclure que la morale est relative. Et l'on
ajoute que, si les hommes d'ici sont pervers, ce n'est pas
la preuve que l'homme est marqué par le péché
originel, car, si l'on franchit l'océan et que l'on
va chez les Patagons ou les Caraïbes, on rencontre
des gens qui vivent nus dans le communisme primitif, qui
ne connaissent ni l'Etat ni la famille ni la propriété,
et qui sont sans péché : la bonté naturelle
de l'homme serait démontrée par l'existence
du bon sauvage.
L'ethnographie a depuis longtemps abandonné
ces thèses aberrantes, elle a constaté que
le "sauvage" n'était pas bon, mais qu'il
était naturellement agressif, comme l'est tout homme.
Selon l'anthropologie moderne, l'homme est un être
d'instincts et l'on doit s'attendre à retrouver,
dans toutes les sociétés, l'expression d'une
gamme d'instincts diversifiés. Contrairement aux
thèses de Freud, l'instinct sexuel est loin d'être
le seul. Il y en a beaucoup d'autres et qui sont très
puissants. L'un de ces instincts, qui a été
bien étudié par Lorenz et les éthologues,
c'est l'agressivité, qui, sous ses formes les plus
brutes, aboutit à la guerre, à la destruction,
à la haine, à la violence. Mais, comme l'a
montré Lorenz, il est une source d'énergie.
L'agressivité est aussi ce qui permet de combattre
le mal, de se dominer soi-même, de créer des
uvres nouvelles, elle est la source de la créativité.
Elle est à la fois source de la grandeur et de la
misère de l'homme. L'instinct d'agressivité
est spécialement ambivalent.
Le rôle des institutions est de canaliser
les instincts, qui sont des sources d'énergie brute,
et d'utiliser cette énergie vers des buts qui soient
socialement utiles ou qui soient moralement appréciables.
Notre personnalité est nourrie des valeurs, règles
et traditions que nous recevons de la société
et, plus spécialement au cours de notre enfance,
de notre entourage familial. D'où ce jugement général
qui est résumé dans une phrase d'Arnold Gehlen
: "L'homme est par nature un être de culture",
phrase qui avait été anticipée par
le grand Edmund Burke, écrivant à la fin du
XVIIIe siècle : "L'art est la nature de l'homme".
Cela ne veut pas dire que l'homme soit purement culturel,
mais que, sur le socle de sa nature biologique et de ses
instincts, les disciplines héritées de la
culture et de la civilisation lui permettent de se forger
une personnalité propre, de se doter d'une volonté,
force d'intégration des instincts concurrents. La
liberté est dans la volonté, et c'est l'énergie
qui découle de nos instincts qui nous donne la capacité
d'être libres. Encore faut-il que l'éducation
nous apprenne à discipliner nos instincts.
b) Après ce tableau de l'homme
lui-même, j'en viens à la conception de la
société. Je voudrais aborder trois disciplines
: l'économie, l'histoire et la sociologie, et je
ne pourrai le faire qu'en donnant des coups de projecteur,
sans développer.
D'abord, l'économie. Le marxisme, qui
se voulait une science, est un économisme. Il prétendait
apporter une nouvelle science économique, avec Le
Capital de Karl Marx. Or, celle-ci est complètement
réfutée par les progrès de l'analyse
économique. Le malheur théorique de Marx,
qui n'a rien ôté pendant longtemps à
sa fortune politique, c'est qu'il a adopté la théorie
de la valeur-travail de Ricardo, qui a été
abandonnée presque aussitôt après, avec
le développement de l'analyse marginaliste, vers
1870. Selon la théorie de la valeur-travail, si les
prix, c'est-à-dire la valeur des marchandises, sont
fixés par la loi de l'offre et de la demande, ce
n'est pas l'utilité des choses qui détermine
leur prix, mais le travail qui a servi à les produire
et qui s'y trouve "incorporé". Avec Marx,
on baigne dans une conception animiste : le fait qu'une
marchandise soit fabriquée par un homme lui donnerait
une valeur intrinsèque, comme si un fluide magique
passait de l'homme à la chose qu'il fabrique.
Schumpeter a dit que la valeur-travail était
morte et enterrée, en faisant remarquer notamment
qu'il n'y a pas de travail moyen, et que cette théorie
ne parvient pas à expliquer comment s'établit
la valeur des différentes forces de travail : le
salaire de l'ingénieur par rapport à celui
du balayeur. Tout le marxisme s'écroule avec la théorie
de la valeur-travail, qui fondait la notion de plus-value,
celle de l'exploitation et la prophétie de la paupérisation.
Marx, écrivant dans les années 1850, annonçait
que les ouvriers seraient toujours de plus en plus pauvres,
jusqu'à la révolution. Il est évident
que les faits l'ont démenti.
Quand les bolcheviques sont arrivés au
pouvoir, ils ont supprimé la propriété
privée des moyens de production, conformément
à leur programme. Bien que la propagande eût
longtemps dissimulé le fonctionnement réel
des économies communistes, les auteurs libéraux
avaient montré depuis longtemps, et surtout depuis
1920, avec un célèbre article de Ludwig von
Mises, que la planification centralisée était
impossible. Il y a eu un grand débat à ce
sujet entre Mises et des auteurs socialistes, comme Oscar
Lange, dans les années trente. Peut-on mieux diriger
l'économie en supprimant la propriété
privée et en ramenant tout au centre, de manière
à supprimer les gaspillages inhérents au capitalisme,
qui multiplie les lieux de décision ? Cette discussion
avait des conséquences pratiques sur la manière
dont il fallait planifier l'économie par le Gosplan
en Union soviétique, et elle avait aussi une grande
importance pour la philosophie politique, car le socialisme
faisait la critique des ordres spontanés, des institutions
traditionnelles comme la famille et la propriété,
et demandait que l'on fît table rase du passé
et que l'on éliminât les gaspillages du capitalisme,
en confiant à l'autorité centrale, au despote
éclairé comme on disait au XVIIIe siècle,
le soin de gérer la société et l'économie
dans le détail.
Mises a démontré qu'en l'absence
d'un marché des capitaux le calcul économique
était impossible en régime socialiste, car
l'organisation centrale ne peut avoir connaissance que d'une
infime partie des multiples paramètres qui déterminent
la valeur des biens de production. Les deux expériences
de socialisme intégral qui ont été
réalisées jusqu'ici, en Russie, pendant la
période dite du "communisme de guerre",
et au Cambodge, après 1975, dans une économie
fermée et pratiquement coupée du monde extérieur,
lui ont donné raison. Lorsque l'on a voulu supprimer
tout élément de capitalisme dans la société,
l'économie s'est effondrée. Et le génocide
cambodgien n'est pas, contrairement à ce que l'on
dit, une extermination volontaire et planifiée de
toute la population - il y a eu bien sûr beaucoup
de massacres -, c'est une famine généralisée
qui a résulté de l'application systématique
que Pol Pot et consorts ont faite des idées qu'ils
avaient apprises à la Sorbonne, dans la littérature
de Marx et de ses disciples.
Aujourd'hui, le marxisme étant à
peu près discrédité, la gauche s'est
raccrochée au keynésianisme. Sur ce point,
il faut reconnaître que la victoire des idées
libérales n'est pas encore totale, bien qu'elle soit
en bonne voie. Dans les années soixante, tout le
monde était keynésien, sauf une minorité
d'économistes libéraux membres de la société
du Mont-Pèlerin. La croissance générale
que le monde a connu pendant les "trente (années)
glorieuses" avait paru confirmer les idées de
Keynes, qui étaient en général appliquées.
On aurait pu remarquer alors que les pays qui se développaient
le plus étaient justement ceux qui n'étaient
pas gérés selon les principes keynésiens,
et que le pays qui a été le plus keynésien,
la Grande-Bretagne, connaissait les plus graves difficultés
économiques. L'analyse des faits a finalement remis
en cause les idées keynésiennes.
Le débat porte sur la loi de Jean-Baptiste
Say, qui est, je crois, une grande vérité
économique, selon laquelle l'offre crée sa
propre demande, c'est-à-dire qu'il ne peut pas y
avoir de chômage permanent dans une économie
libérale. Keynes avait dit, d'abord, une chose qui
était tout à fait vraie et que ses adversaires
libéraux avaient tendance à oublier : "Vous
soutenez qu'il ne peut pas y avoir de chômage durable,
à cause de la loi de Say, mais vous supposez que,
lorsqu'il y a dépression, les salaires et les prix
baissent indéfiniment. Or, je suis désolé,
disait-il, et là il avait raison, les salariés
et les ouvriers n'acceptent pas la baisse des salaires nominaux
et ont les moyens de l'empêcher." En fait, la
théorie keynésienne propose un moyen de berner
non pas les patrons, mais les salariés, en obtenant
la baisse des salaires réels nécessaire, à
court terme, au retour du plein-emploi, non plus par la
baisse des salaires nominaux, mais par la hausse des prix.
C'est expressément ce que dit Keynes. Dans la courte
période où les équipements sont donnés,
la loi des rendements décroissants fait que lorsque
l'on veut augmenter l'emploi, il faut que les salaires réels
baissent. Selon Keynes, s'il y a du chômage, puisque
les salaires ne peuvent pas baisser pour des raisons institutionnelles,
à cause des syndicats, du droit de grève,
il faut augmenter les prix, soit par une politique monétaire
inflationniste, soit par un déficit budgétaire.
Les économistes libéraux de l'époque
préféraient que l'on rétablît
les conditions de la baisse des salaires nominaux, ce qui
supposait une société sans syndicats, sans
droit de grève, etc., donc une situation assez éloignée
de ce que les gens veulent, et plutôt illusoire.
Le premier point de divergence entre Keynes
et les auteurs classiques était ainsi d'ordre pratique
et politique. Il y a une question plus importante sur le
plan théorique, qui est de savoir ce qui se passe
si les salaires nominaux peuvent baisser indéfiniment.
L'argument central de Keynes est que, même si les
salaires nominaux sont flexibles à la baisse en période
de chômage, les prix peuvent baisser dans la même
proportion, en sorte que les salaires réels et l'emploi
ne varient pas et que le chômage n'est pas résorbé.
La loi de Say serait ainsi mise en échec. C'est ce
que l'on appelle la "trappe à liquidités".
Or, cette analyse, qui peut se révéler pertinente,
à la rigueur, dans la très courte période
(six à neuf mois, selon Schumpeter), en raison des
délais d'ajustement, est inopérante à
plus long terme, comme l'avait déjà montré,
à l'époque de Keynes, l'économiste
anglais Pigou. Car, dans l'hypothèse évoquée,
les prix seraient indéterminés et devraient
baisser indéfiniment. Il y aurait donc un effet de
richesse qui conduirait au plein-emploi (c'est ce que l'on
appelle l'effet Pigou). Serge-Christophe Kolm cite à
ce propos une anecdote qu'il tient de Paul Samuelson : le
Pr Leontieff, autre prix Nobel d'économie, brandit
une pièce d'un cent et s'écrit : "Bien
sûr que si, les chômeurs seront tous embauchés
quand leurs salaires auront assez baissé, car je
les emploierai moi-même avec ça."
Il y avait donc un vice originel dans la théorie
keynésienne, et ses défauts sont apparus de
plus en plus nettement, ce qui a favorisé un nouvel
essor des idées libérales, notamment de celles
de l'école autrichienne de Mises et Hayek. Quoi que
l'on en dise parfois, l'économie est une science
expérimentale ; mais les expériences n'ont
pas lieu en laboratoire, elles ont un effet sur le niveau
de vie et le bonheur des gens. Quand on applique une théorie
aberrante, on en paye les conséquences, comme les
malheureux Russes s'en sont aperçus après
1917, ainsi que les Anglais, à un moindre degré,
avant Madame Thatcher. Depuis une vingtaine d'années,
les idées libérales s'imposent de plus en
plus en économie, malgré la résistance
acharnée de leurs adversaires socialistes. On nous
parlait encore, il y a quelques années, des deux
capitalismes, le capitalisme anglo-saxon et le "capitalisme
rhénan", celui de l'Allemagne. Ce dernier, que
l'on nous vantait, et qui était en fait une forme
de social-démocratie, un mélange de socialisme
et de libéralisme, n'est plus en vogue. Il en va
de même pour le "modèle japonais",
et plus généralement pour le "modèle
asiatique", qui étaient censés apporter
une autre solution. Après une période de très
forte croissance qui a permis à ces pays de sortir
de la misère, ils connaissent eux aussi de graves
difficultés, quand ils arrivent à un certain
niveau de développement et que l'effet d'imitation
joue moins.
En ce qui concerne l'histoire, nous distinguerons
l'histoire immédiate de l'histoire plus ancienne
et de celle des origines. Au XXe siècle, le fait
essentiel, c'est la révolution communiste de 1917.
On a voulu longtemps occulter la vérité du
communisme, pour ne pas désespérer Billancourt,
comme disait Jean-Paul Sartre, mais, maintenant, surtout
après l'effondrement de ces pays, les yeux se sont
ouverts et rares sont ceux qui se font encore des illusions.
C'est ainsi que François Furet, avec un grand retard
sur d'autres auteurs, a montré que la révolution
bolchevique n'était pas ce que l'on croyait autrefois,
un espoir pour l'humanité, tout en admettant qu'elle
était la conséquence de certaines idées
de la gauche.
Le bicentenaire de 1789 a été
l'occasion, semble-t-il, d'abandonner le prêt-à-penser
qui avait cours en France et à l'étranger
sur la Révolution française : celle-ci était
présentée comme un bloc, selon l'expression
de Clemenceau, alors que c'est plutôt un tourbillon
d'événements et de tendances en partie contradictoires.
Certes, la Révolution peut être considérée
comme l'acte fondateur de la France moderne, mais elle n'a
été socialiste que dans ses errances et, à
beaucoup d'autres égards, elle est le prolongement
des tendances centralisatrices de l'Ancien Régime.
On ne peut plus opposer en bloc la Révolution à
l'Ancien Régime ; on ne peut plus considérer
naïvement que la Révolution est un acte eschatologique
conduisant au salut de l'humanité, et qu'elle nous
aurait fait sortir miraculeusement de l'aliénation
des siècles passés. Les choses apparaissent
plus complexes et moins tranchées.
Au troisième niveau, l'histoire lointaine,
celle de nos origines, a pris aujourd'hui une figure entièrement
nouvelle, grâce aux travaux des érudits comme
Dumézil. Les découvertes de Georges Dumézil,
Stig Wikander, Joël Grisward, complétées
par celles des préhistoriens et des archéologues,
et les analyses de Batany, Duby, Le Goff, démentent
les philosophies évolutionnistes et les interprétations
diffusionnistes, et contredisent la théorie marxiste
selon laquelle le mouvement des idées reflète
le développement des "forces productives".
Ces travaux sur les études indo-européennes,
sur ce que Georges Dumézil a appelé l'idéologie
des trois fonctions, ont montré l'existence d'une
véritable infrastructure mythique, permanente depuis
cinq mille ans au moins, et qui permet de mieux comprendre
la réalité sociale et son évolution
et notamment la genèse de la nation française
à travers la réalisation des trois ordres
au moyen âge, à partir du XIe siècle,
jusqu'à leur fusion, achevée en 1789. En même
temps, les travaux de Dumézil sur les anciennes sociétés
indo-européennes ont démoli ce qui restait
des thèses primitivistes, selon lesquelles toutes
les sociétés, il y a un certain temps, vivaient
dans un "état de nature" qui aurait été
le même partout. L'humanité est en réalité
diverse, et l'on constate la permanence de structures mythiques
à l'état latent ? qui constituent sans doute
des archétypes de cet inconscient collectif entrevu
par Jung ?, dont la résurgence dans les moments critiques
manifeste l'originalité profonde de chaque peuple.
La conception de la société, ou
la sociologie en général, c'est pour la gauche
ce que Hayek a appelé le constructivisme, pour ne
pas lui laisser le terme de "rationalisme", qui
tendrait à faire croire que c'est elle qui fait le
meilleur usage de la raison. La gauche suppose que les institutions
et les traditions sont des erreurs et des mensonges, que
l'on peut et que l'on doit en faire table rase et que sur
cette table rase on peut reconstruire une société
meilleure, et même une société parfaite,
en faisant un usage correct de la raison et en demandant
à l'Etat, par la loi et par la contrainte, d'établir
les règles nécessaires à sa réalisation.
Tout ce que j'ai dit sur les échecs de la planification
et sur le débat entre Mises et Oscar Lange, l'économiste
polonais, est généralisable : Hayek a montré
que la société était trop complexe
pour être dirigée depuis le centre et pour
que l'on puisse faire des lois efficaces, c'est-à-dire
pour que l'on puisse atteindre les objectifs que l'on se
propose, sans s'appuyer sur les traditions. Et il a fait
une critique pertinente de la notion de justice sociale,
en montrant que s'il y avait une justice dans la société,
elle ne pouvait être qu'une justice de règles,
que la justice en ce bas monde ne pouvait être que
le respect intransigeant de règles de juste conduite
définies et filtrées par la tradition et améliorées
à la marge par la réflexion humaine, par la
doctrine et la jurisprudence - je parle non seulement des
normes juridiques, mais aussi des règles morales
et des simples manières, donc des murs en général
?, et que la volonté d'abolir ces règles ne
pouvait aboutir qu'à la destruction de l'ordre social
et ne pouvait nullement permettre d'atteindre des objectifs.
La justice par objectifs est impossible, elle doit donc
être abandonnée ; elle est une illusion dramatique
qui est au cur du socialisme. Donc, au constructivisme
de la gauche, il faut opposer ce que Hayek appelle la vision
évolutionniste. Il faut s'appuyer sur les valeurs,
les traditions, les institutions, non point de manière
fidéiste ou passéiste, mais de manière
critique, en sachant que l'ordre social dont nous héritons
ne peut être amélioré qu'à la
marge et que l'on ne peut pas en faire table rase sans provoquer
des catastrophes.
c) J'ai encore à vous parler
de la conception du monde. Celle qui était issue
du prétendu rationalisme des soi-disant "Lumières"
a été remise en cause depuis plus d'un siècle
par des travaux qui ont porté sur les mathématiques
et sur leurs fondements. Il y a, à ce propos, des
débats, anciens maintenant, mais passionnants, sur
la nature de la connaissance mathématique, qui remontent
à l'essor des géométries non euclidiennes.
Vous savez que le postulat d'Euclide, qui affirme que, d'un
point extérieur à une droite, on peut tracer
une parallèle et une seule à cette droite,
était considéré comme un théorème
en attente de démonstration, ou comme une évidence,
selon les auteurs, jusqu'à ce que l'on démontre
que l'on pouvait parfaitement élaborer des géométries
non euclidiennes. Riemann et Lobatchevski ont établi,
au siècle dernier, que l'on pouvait remplacer le
postulat d'Euclide et supposer que d'un point extérieur
à une droite on pouvait tracer plusieurs parallèles,
ou bien aucune, sans jamais déboucher sur la moindre
contradiction, et que l'on construisait alors une géométrie
différente. Cette découverte a troublé
les esprits, car le rationalisme naïf et pas assez
critique du XVIIIe siècle, dont la construction intellectuelle
la plus accomplie était certainement celle de Kant,
supposait que le postulat d'Euclide ne pouvait être
récusé et qu'il n'y avait qu'une géométrie
possible.
Dans les années 1930, on a démontré
qu'aucun système axiomatique ne pouvait être
complet, c'est-à-dire qu'il y a toujours des propositions
indécidables. Quel que soit le nombre d'axiomes que
l'on aura posé, le théorème de Gdel
affirme que l'on trouvera encore des propositions, comme
le postulat d'Euclide, qui ne pourront être ni réfutées
ni démontrées et qui sont, par conséquent,
indécidables, à moins que l'on n'énonce
un axiome nouveau, qui conduira à d'autres propositions
indécidables, et ainsi de suite. La raison n'est
jamais complète.
Ce trouble qui naît devant les insuffisances
de la raison est encore aggravé par les nombreux
paradoxes que connaissent la logique et la théorie
des ensembles. L'un d'entre eux, qui est d'ailleurs connu
depuis les Grecs, est le suivant : "La phrase que je
suis en train de dire est fausse." Si cette phrase
est fausse, elle est vraie ; si elle est vraie, elle est
fausse... Il y en a beaucoup d'autres, comme le paradoxe
de l'ensemble de tous les ensembles qui ne se contiennent
pas eux-mêmes, qui nous apprennent que, finalement,
la raison n'est pas un corps de doctrine total. Au fond,
et l'on aurait pu s'en douter dès l'origine, la raison
ne peut pas démontrer la raison. Comme le remarque
Jacques Monod, on ne peut pas se connaître soi-même.
Cette vérité dénonce le caractère
utopique d'une certaine philosophie, fondée sur le
précepte grec : "Connais-toi toi-même."
Si c'était simplement une phrase de bon sens qui
signifierait : "Sois attentif à tes défauts",
ce serait très bien, mais si cela veut dire : "Tu
peux avoir de toi-même une connaissance totale",
c'est une impossibilité. Il n'est pas possible de
se connaître soi-même, parce qu'un système
logique ne peut pas avoir de lui-même une connaissance
totale. Tout cela est troublant pour ceux qui croyaient
que la raison et la science pouvaient nous donner une connaissance
totale du monde et que, sur cette base, on pouvait réformer
totalement la société.
Je ne voudrais pas oublier dans ce contexte
de dire quelques mots de la théorie du chaos. C'est
une théorie physique qui trouve son origine dans
les limites de la mécanique newtonienne. On croyait
au XVIIIe siècle que l'on pourrait résoudre
toutes les équations du mouvement. Les lois de Newton
permettaient de montrer pourquoi la Terre décrivait
autour du soleil une belle ellipse. C'est un problème
que l'on sait résoudre, parce que, comme les autres
planètes sont petites par rapport au soleil et que
les étoiles sont lointaines, on peut, en première
approximation, considérer que le mouvement de la
Terre par rapport au soleil est un problème à
deux corps. Mais, si l'on introduit un troisième
corps, on ne sait plus résoudre l'équation
du mouvement. On a cru pendant longtemps que l'on y arriverait,
mais le grand Henri Poincaré, qui est le fondateur
de la théorie du chaos, redécouverte dans
les années 1960, a démontré que le
problème à trois corps n'avait pas de solution
analytique. Il a révélé, à cette
occasion, qu'il y avait, au moins dans un certain nombre
de situations, une très grande sensibilité
aux conditions initiales, c'est-à-dire qu'une toute
petite différence au départ conduit à
une différence énorme dans le résultat
final. La sagesse populaire ne l'ignore pas : "A petite
cause, grands effets." On songe aussi à Pascal
: " Le nez de Cléopâtre, s'il eût
été plus court, toute la face de la terre
aurait changé." ; Antoine aurait gagné
la bataille d'Actium et il aurait orientalisé l'empire
romain... La théorie du chaos suggère que
la très grande sensibilité aux conditions
initiales n'est pas seulement un phénomène
local, mais qu'elle est générale et il en
résulte, en particulier, que l'on ne pourra jamais
faire de prévisions météorologiques
à plus de quelques jours. Le météorologue
et mathématicien Edward Lorentz a appelé cela
"l'effet papillon" , en proclamant : "Le
battement des ailes d'un papillon au Brésil peut
déclencher une tempête au Texas." Comme
on ne peut jamais avoir une connaissance parfaite de l'état
du monde, autrement dit des conditions initiales, on ne
peut pas prévoir ce qui va se passer dans quinze
jours sur le plan météorologique.
3. La réinformation nécessaire
La théorie du chaos nous enseigne qu'au
moins en météorologie, mais probablement dans
tous les phénomènes naturels et sociaux, il
y a une limite absolue à nos connaissances, ce qui
est la déroute finale des prétentions à
la connaissance totale de l'utopie égalitaire et
des idéologies dérivées. Il ne faut
d'ailleurs pas s'en étonner, car la contradiction
devait éclater. La gauche est l'expression de l'utopie
égalitaire, et quand on plaque sur le réel
des idées définies a priori, il n'y a pas
de raison que la coïncidence soit parfaite. Quand ces
idées a priori ne sont pas fondées sur la
bienveillance, mais sur le ressentiment, la haine et l'envie,
comme le sont les idées de gauche, il y a encore
moins de raison que ce soit exact. De ce point de vue, l'utopie
égalitaire est inférieure à la tradition,
car la tradition, même si elle est souvent contredite
par la science, a au moins la vertu de s'appuyer sur l'expérience
des générations passées. Je ne dis
pas que "Noël au balcon, Pâques aux tisons"
soit une vérité expérimentale, mais
il y a peut-être, après tout, quelques faits
d'observation derrière cela, si ce n'est pas une
pure superstition.
Depuis 1974, le Club de l'Horloge s'est toujours
appuyé sur les vérités scientifiques
pour combattre les erreurs et les mensonges de la gauche,
en se fondant notamment sur l'histoire (Les Racines du futur,
1977), les sciences de la vie (La Politique du vivant, 1979),
et l'économie (Le grand Tabou - L'économie
et le mirage égalitaire, 1981). Nous avons créé
en 1990 le "prix Lyssenko", qui est un antiprix,
fait pour blâmer et non pour louer, pour utiliser
l'arme de l'ironie contre ceux qui pratiquent la désinformation
scientifique ou historique à des fins idéologiques
et occultent le fait essentiel que la science condamne la
gauche. Le combat pour la vérité nous appelle
à de nouvelles batailles !
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