Je suis tout
à fait conscient de l'importance de ce colloque, qui
ne manquera pas de susciter des questions, des réponses
et des réflexions sur un sujet qui touche à
l'avenir de nos pays et de nos économies.
Ma participation au débat est animée
par ma conviction profonde que le thème choisi pour
cette rencontre, "Vers l'union de la droite", doit
représenter le point de départ d'une nouvelle
campagne et d'un nouvel élan politique qui permettra
à la droite libérale, à la droite des
modérés, de renforcer son identité et
de consolider sa position, en France comme en Italie.
Si d'une part, les Français et les Italiens
éprouvent instinctivement de forts sentiments de
sympathie et de "compatibilité" réciproques,
d'autre part, "le cours de l'histoire"a été
souvent révélateur de différences importantes
entre nos deux nations.
En 1958, le général de Gaulle
(Mémoires de guerre, "Le Renouveau", 1958)
écrivait: "La France vient du fond des âges.
Elle vit. Les siècles l'appellent. Mais elle demeure
elle?même au long du temps. Ses limites peuvent se
modifier sans que changent le relief, le climat, les fleuves,
les mers, qui la marquent indéfiniment."
La France vient du fond des âges. Elle
vit, donc.
Par conséquent, la politique se doit
d'être au service du peuple français, jamais
le contraire. Son orgueil national et sa tradition démocratique
ont leur poids, ce qui marque déjà une différence
par rapport à l'histoire d'Italie. Néanmoins,
sur le plan politique, les deux pays se ressemblent sur
l'essentiel : les rapports de force entre la droite et la
gauche.
En France, comme en Italie, le centre-gauche
ne dispose pas d'une majorité capable de gouverner
et reste fortement conditionné par le concept de
l'État?providence et par le rôle central attribué
à l'État, deux notions dont les communistes
sont imprégnés. Nous vivons ces jours-ci,
en Italie, les conséquences du chantage exercé
par le parti communiste contre le centre gauche, un chantage
bien programmé, qui arrive au moment où le
gouvernement est en passe de réaliser ses objectifs
économiques, en vue de l'entrée de l'Italie
dans la monnaie unique.
L'Italie, qui a assisté à la formation du
parti communiste le plus important d'Europe occidentale,
est un pays où, paradoxalement, la doctrine marxiste
et léniniste a été directement introduite
par la culture soviétique, mais où les communistes
eux-mêmes se sont transformés en démocrates?libéraux.
Ce changement rapide a affecté les dogmes
idéologiques du parti communiste, qui, en se transformant,
a abandonné le noyau dur de ses camarades marxistes
minoritaires. Ceux-ci ont pris la dénomination de
Rifondazione Comunista, une appellation qui évoque
éloquemment la nécessité de refonder
le parti communiste pour assurer une suite à la lutte
marxiste des travailleurs.
Cette nouvelle donne a fourni aux partis du
centre?gauche l'occasion pour créer un rassemblement,
dont l'objectif était de neutraliser le succès
du "Polo delle libertà"(Pôle des
libertés), né en 1993 autour d'un leader commun
et battu aux élections de 1996. Cette force de droite
représente, néanmoins, un exemple de volonté
de créer une majorité capable de gouverner.
Alors qu'en Italie la droite s'est forgé
une identité, en France on observe encore une situation
caractérisée par deux partis, R.P.R. et U.D.F.,
qui, bien que disposant, il y a cinq mois seulement, d'une
majorité écrasante, aussi bien à l'Assemblée
nationale qu'au gouvernement, ont perdu les dernières
élections, ouvrant ainsi la porte à une fatigante
cohabitation entre le président de la République
et la gauche. Ce qui prouve la nécessité pour
la droite française d'intégrer en son sein
de nouvelles forces de droite, jusqu'ici exclues du jeu
politique.
Deux questions surgissent spontanément
:
- Pourquoi n'arrive?t?on pas à fédérer
R.P.R. et U.D.F., compte tenu du fait qu'ils semblent partager
un électorat commun ?
- Etant donné que les droites sont majoritaires,
en termes de suffrages, pourquoi ne pas essayer de surmonter
le clivage avec le Front national (15 % des voix) ?
Un choix de ce genre permettrait de former une
vaste majorité, susceptible de gouverner avec un
programme libéral et de solidarité sociale.
Notre expérience italienne nous a appris
que les communistes ou les socialistes au gouvernement sont
en mesure de structurer leur pouvoir au sein de toutes les
institutions de l'État. Un pouvoir qui survit aux
gouvernements et qui perpétue une culture et des
pratiques qui nous sont étrangères et qui
assurent une opposition efficace, quelle que soit la coalition
au pouvoir.
En France, Alain Peyrefitte s'est clairement
prononcé contre l'anathème dont le Front national
fait l'objet, ainsi que certains responsables du R.P.R et
de l'U.D.F., qui manifestent une volonté croissante
d'envisager un changement de stratégie.
J'ai appris par Le Figaro qu'Hervé Novelli,
délégué général du parti
d'Alain Madelin, a plaidé contre la diabolisation
du F.N., affirmant : "Nos critiques à l'égard
du Front national doivent être faites sur la base
de nos idées et non pas à partir de vieilles
lunes antifascistes qui viennent de la gauche la plus archaïque..."
; à quoi j'ajoute : attention à ne pas subir
l'instrumentalisation de la gauche.
En Italie, on est arrivé à une
rupture entre les deux composantes du Movimento Sociale
Italiano (M.S.I.), ce qui a donné lieu, en 1994,
à la naissance d'Alleanza Nazionale (Alliance nationale).
La gauche en a profité pour essayer de
forcer la lecture de ce processus de modernisation, sur
le registre suranné du fascisme, mais, malgré
l'entrée au Parlement d'un membre de la famille Mussolini,
les électeurs ont confié à l'A.N. le
rôle de deuxième parti de la droite italienne
et la mission d'exercer une forme de vigilance sur l'extrême-droite.
Les résultats des élections de
1994 confirment le succès de cette nouvelle stratégie
de la droite : l'A.N. remporte 13,5 % des suffrages et entre
dans le gouvernement Berlusconi avec cinq ministres. La
même année, les élections européennes
de juin attribuent au parti 12,5% des voix. Les électeurs
cautionnent ainsi la nouvelle image et la stratégie
renouvelée de la droite.
Encore aujourd'hui, après la chute du
gouvernement Berlusconi, Alleanza Nazionale ne cesse de
jouer un rôle considérable dans le processus
de consolidation de la droite.
On ne retrouve pas, dans ce parti, un caractère
nationaliste extrême, ni des thèses racistes
ou fascistes. Il a plutôt épousé les
traits d'une politique libérale, avec quelques critiques
à l'égard de certaines conceptions étatistes.
En Italie, comme en France, la question morale
qui entoure les partis de la droite historique évoque
toujours une période qui, désormais, est devenue
histoire et qui s'est épuisée avec la génération
qui l'a vécue. Cette question morale, a?t?elle encore
un sens ? En Italie, la présence d'A.N. sur la scène
politique renforce le rôle des partis du centre contre
les nouveaux socialistes, et notamment le P.D.S..
J'ai lu sans surprise, dans la présentation
de ce colloque : "... les gouvernements de gauche copient
la droite." Attention, ils peuvent bien la copier,
mais ils ne pourront jamais réaliser un programme
de droite ! Car, s'ils ont abandonné leurs théories
de planification pour rallier la thèse du libéralisme
économique et des libertés de religion, ils
ne se privent pas pour autant de mettre en uvre tous
leurs moyens, afin de diffuser une culture d'assistanat
exaspérée, qui est la négation même
des libertés économiques et des valeurs libérales.
Cette démarche va à l'encontre d'un développement
économique sain, qui seul permet de réaliser
le devoir social, dont le contenu est exprimé par
le mot de solidarité.
Afin d'éclairer les différences
et les similitudes entre nos deux pays, il est utile de
rappeler l'évolution de l'histoire politique italienne
contemporaine, qui a permis enfin d'envisager la bipolarité
comme étant une option possible et nécessaire.
Le parti d'extrême-droite est né
des cendres du fascisme, comme l'a déclaré
sans ambiguïté le Movimento Sociale Italiano,
lors de sa fondation en 1946. Mais, de fascisme "mouvement"
il a rapidement évolué vers un fascisme "régime",
avec un caractère bourgeois, clérical, modéré
et conservateur. Cette évolution s'est poursuivie
jusqu'à la situation actuelle, précédemment
évoquée.
Depuis la fin de la guerre, l'opposition a mené
sans trêve une campagne violente avec toutes les forces
contraires aux fascisme. Jusqu'au nouveau cours entrepris
par l'A.N., le M.S.I. est resté exclu de ce qu'on
appelle l'"Arc constitutionnel" et la gauche a
constamment brandi le thème de la guerre partisane,
considérée comme un "deuxième
Risorgimento" italien.
C'est dans ce contexte que la droite a entrepris
son processus de modernisation, qui l'a rapproché
du centre, après sa séparation de son noyau
dur, représenté par une minorité historiquement
liée aux temps passés.
Il a fallu vingt-cinq ans pour que le parti
d'extrême droite mûrisse une stratégie
de rapprochement avec le centre. Cette période a
coïncidé avec l'hégémonie de la
démocratie chrétienne et de son adversaire,
le parti communiste.
Après la guerre, la D.C. a gagné
rapidement la confiance des Italiens, grâce, d'une
part, à sa participation aux mouvements de résistance,
comme les communistes et les autres forces politiques et,
d'autre part, au rôle joué dans la rédaction
de la nouvelle Charte constitutionnelle. L'influence de
ses hommes dans la phase de reconstruction du pays lui a
valu un rapport de confiance avec la société
italienne, ce qui lui a permis de prendre le dessus sur
les communistes. Par ailleurs, la culture soviétique
suivie par le parti communiste italien faisait en sorte
que la classe modérée et catholique se reconnaisse
dans les hommes et dans les partis qui défendaient
les principes de liberté sociale, économique
et religieuse, et qui fondaient leurs programmes sur des
valeurs telles que la famille et l'éthique. La D.C.
représentait à cette époque une vraie
majorité.
De Gasperi d'abord, Fanfani ensuite, ont été
les véritables leaders italiens de cette période.
Ce climat de confiance a duré jusqu'au
référendum de 1974 pour l'abrogation de la
loi sur le divorce. Cette date ouvre un clivage dans l'histoire
moderne de l'Italie et marque le début de la crise
du parti qui s'était identifié à l'État
comme le parti de l'administration et de l'économie
publiques. Contrairement à l'époque De Gasperi,
la période Fanfani sera caractérisée
par une forte symbiose entre le parti démocrate?chrétien
et l'État. Il faut considérer que la D.C.
a eu le mérite d'avoir reconstruit l'Italie, l'Italie
des années cinquante, l'Italie où le concubinage
était encore poursuivi par la loi, où les
droits des enfants illégitimes n'étaient pas
reconnus et où l'adultère de la femme était
pénalisé. La gauche ne se privera d'ailleurs
pas d'utiliser ces arguments pour alimenter sa propagande
politique.
Les années soixante-dix marquent un véritable
tournant dans la vie politique italienne. Deux événements
importants sont à rappeler à ce sujet :
- le résultat électoral du référendum
de 1974, par lequel 70% des électeurs se prononcent
contre l'abrogation de la loi sur le divorce ;
- le résultat des élections administratives
de 1975, au cours desquelles le P.C.I. avance furieusement
et la D.C. perd la majorité dans les gouvernements
municipaux. Rappelons au passage que le pouvoir détenu
par la D.C. au sein des collectivités locales lui
permettait de se considérer comme le parti de la
classe modérée.
Fanfani doit abandonner le secrétariat
du parti, la D.C. ayant perdu quelque 700.000 inscrits.
C'est le véritable début du Centre-Gauche,
qui coïncide avec la perte, par les modérés,
de leur rôle central.
Pendant ce temps, le laboratoire politique italien
ne cesse de rechercher des équilibres : succession
de gouvernements "unicolores" d'Andreotti, gouvernements
techniques avec tous les partis, à l'exception, de
la droite extrême, représentée par le
M.S.I., et, bien entendu, du P.C.I..
Après l'hégémonie du parti
socialiste de Craxi et la chute du mur de Berlin, la D.C.
vit un deuxième moment de défaillance. C'est
l'époque des enquêtes de la magistrature, qui
révèlent les scénarios de corruption
bien connus et qui transforment Milan et une grande partie
de l'Italie en "pays des pots de vin". Tous les
partis qui ont gouverné, D.C., P.S.I. et les autres,
y sont impliqués, à l'exception du M.S.I..
Les investigations menées par les magistrats prennent
le nom d'une opération qui se poursuit encore aujourd'hui
: Mani pulite (Mains propres).
La D.C. s'effondre ; une partie de celle?ci
s'engage à gauche (P.P.I. ? Bianco), l'autre va vers
la droite (C.C.D. ? Casin ; C.D.U. - Buttiglione) ; le P.S.I.
disparaît et son leader Craxi, qui a quitté
l'Italie pour la Tunisie, est condamné par contumace.
C'est à ce moment qu'Alleanza Nazionale
se sépare du M.S.I., et que Berlusconi fonde son
propre parti, Forza Italia. C'est à lui et à
ses alliés que revient le mérite d'avoir arrêté
les communistes aux élections de 1994, grâce
également au soutien apporté par le parti
qui incarne le mécontentement du nord de l'Italie
au début des années quatre-vingt-dix, la Lega
Lombarda (Ligue lombarde) de M. Bossi.
1993 a été pour nous, hommes de
la grande droite italienne, une année magique, qui
a nourri l'espoir de nouveaux scénarios ; une occasion
où les modérés italiens, ces citoyens
déçus par tant d'années de pouvoir
des partis et d'une classe politique inamovible, ont commencé
à réagir, à descendre dans la rue.
Pendant cette
période, on a assisté à la naissance
spontanée d'assemblées formées par
des employés, des dirigeants, des ouvriers, des professionnels
et des industriels, se réunissant en comités
pour choisir et soutenir leurs candidats, en vue des élections
administratives (Milan 1993) et politiques (1994).
Depuis, un renouvellement complet de la classe
politique italienne a eu lieu, au cours des quatre dernières
années.
Je dois avouer que la plus grande partie de
l'électorat dit modéré a eu l'illusion
que le Polo delle libertà représenterait un
rassemblement de droite susceptible d'assurer un gouvernement
stable au cours des deux législatures prochaines.
Cela aurait été trop simple et facile pour
l'"art politique italien"..., si sophistiqué.
Car, l'union des droites, réalisée par le
Polo delle libertà, est encore trop jeune.
Tout comme au cours des années cinquante,
la société italienne d'aujourd'hui aurait
besoin d'un parti du centre capable d'assurer la mise en
uvre d'une stratégie, d'un projet solide, susceptible
d'attirer vers elle tous les modérés qui se
trouvent actuellement à gauche, dans une alliance
contre nature.
Le renouvellement de la classe politique intervenu
en 1994 a révélé bientôt un aspect
imprévu : les procédures bureaucratiques du
Parlement et des ministères n'étaient pas
bien maîtrisées par les hommes de Forza Italia
et d'Alleanza Nazionale, ceux-ci n'ayant jamais exercé
le pouvoir auparavant. En revanche, les membres de la gauche,
forts d'une organisation datant de la première République
et ayant déjà occupé des places de
direction dans les institutions, ont été largement
favorisés dans leur politique d'obstruction, mettant
ainsi en crise, sur le plan procédural, la majorité
née des élections de 1994.
Cependant, Forza Italia et ses alliés
ont démontré, pendant la courte parenthèse
gouvernementale de la droite, qu'ils étaient en mesure
de produire une législation à la hauteur de
la situation. Encore aujourd'hui, la loi Tremonti est synonyme
d'une législation visant à développer
les investissements économiques et à soutenir
l'emploi.
La chute de Berlusconi et de son gouvernement,
avec la campagne électorale qui a suivi, nous a permis
de constater que la gauche essaie sans cesse de plagier
les programmes de la droite.
Sous l'appellation de "L'Ulivo" (l'Olivier),
et sous la direction de Romano Prodi, ancien président
de l'I.R.I. (le holding industriel et financier le plus
important de l'État), la gauche rassemble les anciens
communistes, réunis sous le symbole du chêne,
les verts, les catholiques de la gauche et les "broussailles"
anciennes et nouvelles du centre?gauche. Entre l'olivier,
le chêne et ces "broussailles", la gauche
devient une véritable jungle, que redoutent ses membres
mêmes, comme l'a prouvé, il y a une semaine,
la crise qui a entraîné la chute du premier
gouvernement Prodi.
Notre conviction profonde est que l'avenir est
dans une grande droite, renforcée au centre. On estime,
en Italie, et pas seulement, que les modérés
représentent une large majorité, ce qui est
confirmé par deux autres évidences :
- la D.C. a été, dans le passé, le
parti des modérés et des catholiques ;
- en France, la situation politique actuelle révèle
la présence de deux partis, R.P.R. et U.D.F., qui
représentent une majorité relative. Avec le
Front national, celle?ci pourrait devenir une majorité
absolue.
N'oublions pas que la gauche est minoritaire,
qu'il existe à droite des cultures homogènes
et que cette homogénéité, nous nous
devons de la préserver contre toute attaque provenant
de la gauche.
Je fais allusion ici, une fois de plus, à
toute la droite, du centre à l'extrême droite,
comme l'a définie Jean Pierre Soisson, député
de l'Yonne.
Les électeurs modérés,
à qui appartient notre avenir, demandent ordre, clarté
sociale, une fiscalité équitable, des contrôles
sévères sur les dépenses publiques
; en d'autres termes, ils veulent une gestion intelligente
de la Res Publica.
A l'horizon 2000, la question de l'immigration
se pose avec urgence dans nos pays. Elle demande à
être résolue. Face à ce défi,
qui concerne toute la région européenne dans
son ensemble, nous devons être préparés
et unis, aussi bien du point de vue économique que
social. Nous estimons à ce propos que seule la réponse
libérale est en mesure d'apporter une solution équitable
à ce problème.
L'opposition exercée par la droite doit
se consolider, car le clivage entre la droite et la gauche
existe et existera pendant longtemps. Rassembler la droite
par le centre devient donc impératif. L'extrême
droite aussi doit comprendre combien il est important de
sortir de son isolement et d'évoluer vers une alliance
forte pour le bien de la société libérale.
Bien qu'elles aient perdu une bonne partie des contenus
qui les caractérisaient, et malgré l'affaiblissement
de leur conflit idéologique de fond, la droite et
la gauche ne gardent pas moins des différences notables,
et le clivage est toujours présent entre ces deux
cultures.
Pour définir la situation actuelle, nous
utiliserons les mots d'Indro Montanelli, qui affirme : "Aujourd'hui,
le socialisme le plus éclairé s'est aperçu
qu'il ne peut plus se passer d'un fort développement
capitaliste, tout comme le capitalisme le plus conscient
a reconnu qu'il lui est impossible de se passer de correctifs
socialistes. Nous, les Italiens, nous sommes en train d'y
arriver, avec un peu de retard, mais nous allons y arriver."
C'est là une représentation de
l'esprit modéré italien, qui pourrait sonner
comme un défi à la culture libérale
traditionnelle.
On s'interroge, ces jours-ci, sur l'évolution
que doit avoir le "Polo" pour mieux travailler
à la formation du grand centre-droit. Avec la nécessité
de trouver des idées et d'établir un contact
permanent avec les forces sociales, on considère
aussi la possibilité de préconiser une formule
de centre-droit, sur le modèle français...
Une formule fondée sur l'alliance entre la droite
démocratique gaulliste et la droite giscardienne
et libérale, susceptible de réunir les catholiques,
les laïques et les réformistes.
En Italie, cela pourrait prendre la configuration
suivante : un "pilier" représenté
par Alleanza Nazionale, qui aurait accompli son évolution
au sens moderne et libéral, et un autre pilier constitué
par une fédération du centre. Mais, pour le
développement de ce projet, nous devons pouvoir compter
sur une classe dirigeante efficace. D'où l'importance
d'une sélection attentive des personnes, fondée
sur l'exemple de 1993.
Les élections municipales à Milan
témoignent du bien?fondé de cette démarche
pour la droite. Les Milanais ont choisi pour maire un entrepreneur,
Gabriele Albertini, vice?président de la section
lombarde de Confindustria, président de la Fédération
des industries mécaniques ; un homme qui, jusque-là,
ne s'était jamais occupé de politique, mais
que les comités de la ville ont choisi comme leur
candidat. Quatre mois après l'élection de
sa municipalité de droite, les premiers signes d'une
reprise économique et culturelle n'ont pas tardé
à se faire sentir.
Je conclurai mon discours en vous proposant
la définition de la démocratie et du socialisme
qu'a donnée Alexis de Tocqueville, dans une libre
traduction du texte italien, qui renforce l'idée
selon laquelle le fossé entre le socialisme et la
démocratie est loin d'être comblé :
"La démocratie et le socialisme
ne sont pas solidaires l'une de l'autre. Ce sont deux choses
non seulement différentes, mais opposées...
"La démocratie étend la sphère
de l'indépendance individuelle ; le socialisme la
restreint.
"La démocratie attribue la plus
grande valeur à chaque homme ; le socialisme fait
de tout homme un agent, un instrument, un numéro.
"La démocratie et le socialisme
ne se rapprochent que par un mot : égalité
; mais remarquez la différence : la démocratie
plaide pour l'égalité dans la liberté,
alors que le socialisme plaide pour l'égalité
dans le besoin et dans la servitude."
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