Club de l'Horloge

Club de l'Horloge
UN RÉSERVOIR D'IDÉES POUR LA DROITE







logo

Accueil


Editoriaux

Le Club de l'Horloge

Nos ouvrages

Le prix Lyssenko

Agenda

Pour nous aider

Communiqués

Documents

Liens

Courriel

Mentions légales
PRINCIPES POLITIQUES

IDENTITE ET CROISSANCE DE L'HOMME

Conclusion : Identité et liberté,
des valeurs complémentaires en Occident

par Henry de Lesquen


  Selon l'idéologie marxiste, seules comptent les différences de classe. La société étant déterminée par l'économie, les différences ethniques n'auraient pas de valeur en elles-mêmes et le "sens de l'histoire" devrait les faire disparaître. Or, l'actualité nous démontre, en 1989, que l'Union soviétique, soixante-dix ans après la révolution d'octobre 1917, n'a nullement réalisé ses objectifs et que les divers peuples qui en font partie revendiquent plus que jamais leur identité particulière. C'est vrai dans les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), dont les nationaux protestent contre l'immigration des Russes, qui menace de les submerger. C'est vrai aussi dans les pays caucasiens (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie), où la revendication territoriale des Arméniens et les pogromes anti-arméniens des Azéris, turcs et musulmans, défraient la chronique depuis près d'un an. La pérestroïka de M. Gorbatchev a cet avantage de révéler l'échec cuisant de l'idéologie bolchevique et de nous offrir une extraordinaire leçon de choses : décidément, la société multiculturelle ne marche pas !

  Lorsque des peuples réclament leur indépendance, ou du moins une plus grande autonomie, ils entendent à la fois défendre leur identité et recouvrer une liberté collective. L'autodétermination, ou le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sont des mots d'ordre qui associent l'identité avec la liberté ? il s'agit, en l'espèce, de cette forme de liberté collective que constitue la souveraineté nationale. Or, l'idéal de la nation, qui a fait le tour du monde, est typiquement occidental à l'origine. Il est issu de la Révolution française, du mouvement romantique et de la proclamation du "principe des nationalités" en Europe, au XIXe siècle. Peut-il prendre racine dans les traditions de chaque peuple ? Ou bien ce produit de la culture de l'Occident est-il destiné à dépérir, lorsqu'il est emprunté par d'autres cultures ? Il est trop tôt pour le dire. Le nationalisme entre en conflit avec des traditions très fortes, par exemple au Moyen-Orient et en Inde. En terre musulmane, la nation ne saurait être souveraine, puisque l'islam est théocratique et que, pour lui, la loi provient directement de Dieu, qui l'a révélée dans le Coran. C'est pourquoi les fondamentalistes musulmans sont hostiles au régime laïc de la Turquie, comme à celui de la Syrie.


  Dans un pays comme l'Iran, dont l'histoire est liée à celle de l'islam chiite, le nationalisme à l'occidentale du chah a pu apparaître comme un reniement. La révolution iranienne a tiré parti d'une revendication d'identité. L'aspiration à l'identité s'affirme dans toutes les parties du monde. Cependant, l'exemple de l'Iran montre que les traditions qui font l'identité d'un peuple peuvent être contraires aux libertés telles que nous les entendons en Occident. Au surplus, les pays qui se sont en apparence le mieux convertis au nationalisme des Occidentaux, comme la Turquie, ont reçu cet idéal sous la forme d'une idéologie étatiste qui tend à écraser les individus.

  En fait, c'est seulement en Occident que l'identité se conjugue avec la liberté et que l'on rencontre cette double revendication de plus d'identité collective et de plus de liberté individuelle. Nous avons souvent signalé l'importance pour la France et pour l'Occident tout entier, en tant que mouvement précurseur, de la "révolution conservatrice" qui s'est développée dans les pays anglo-saxons : en Angleterre, avec l'élection et la réélection de Mme Thatcher ; aux États-Unis, avec l'élection de M. Reagan, puis celle de M. Bush et dans une moindre mesure, au Canada, avec la victoire du parti conservateur de M. Mulroney. Le conservatism, comme on dit en anglais, - mot qui n'a pas la même résonnance péjorative qu'en français - se présente sous deux aspects : l'economic conservatism (le libéralisme) et le social conservatism (traditionalisme). Mme Thatcher n'a pas seulement privatisé les entreprises, elle a aussi défendu l'honneur de son pays dans la guerre des Malouines. M. Reagan ne s'est pas contenté de baisser les impôts, il a aussi rendu leur fierté aux États-Unis (America is back, "l'Amérique est de retour").

  La campagne électorale de M. Bush en 1988 a été exemplaire à cet égard. Issu de l'establishment, il était considéré comme un représentant typique de la droite établie, mais il s'est donné une image et il a défendu un programme qui ont fait de lui le candidat de la droite populiste, comme M. Reagan avant lui. Il a d'abord maintenu fermement la position libérale de son prédécesseur en économie : no new tax ("pas d'impôt nouveau"). Il a ensuite proclamé haut et fort son attachement à la grandeur de son pays. Comme c'est un authentique héros de la guerre du Pacifique, ses partisans l'ont enveloppé de la bannière étoilée (au propre comme au figuré), tandis que son rival, M. Dukakis, était accusé de ne pas être assez patriote. (L'affaire du serment, le pledge, a été un épisode important pendant la campagne. Les républicains ont reproché à M. Dukakis, gouverneur du Massachussets, d'avoir mis un veto à une délibération du congrès de l'État qui invitait les enfants des écoles à prêter serment de fidélité envers la nation américaine.)

  Si la droite a échoué en France, c'est qu'elle n'a pas compris quel était le courant porteur en Occident et qu'elle s'est trompée de stratégie. Après les manifestations étudiantes de décembre 1986, le gouvernement Chirac a pratiquement renoncé à appliquer la plate-forme R.P.R.-U.D.F.. En se réfugiant dans le "donjon économique" et en acceptant un "Yalta culturel" avec la gauche, en renonçant notamment à la réforme du code de la nationalité, l'ex-majorité a organisé son propre échec. C'est une droite populiste, à la fois libérale et nationale, qui peut battre la gauche. Il ne suffit pas d'être libéral en économie. Il faut aussi assumer les aspirations à l'identité qui sont dans le peuple.

*


  Le Club de l'Horloge s'est toujours réclamé de ces deux valeurs essentielles que sont l'identité et la liberté. C'était au fond le sujet de nos deux premiers livres. Dans Les Racines du futur, nous avons montré, en nous référant à l'histoire la plus longue, que l'avenir de la France dépendait de la force de son identité culturelle. L'identité est ce qui ne change pas et qu'il faut maintenir pour s'adapter, sans disparaître, à des circonstances changeantes. A cette conception de la société, La Politique du vivant a ajouté une analyse de notre conception de l'homme, telle qu'on peut la préciser à la lumière de la science. Dès le moment fatidique de la conception, l'individu reçoit un patrimoine génétique à nul autre pareil (hormis le cas des vrais jumeaux), qui donne à son identité un noyau intangible. C'est à partir de là qu'il peut se forger une volonté d'homme libre, en s'appuyant sur les disciplines culturelles de la communauté. Car "l'homme est par nature un être de culture" (Gehlen) : il est ouvert au monde.

  La liberté est dans la volonté et, à côté de la liberté négative - l'absence de contrainte -, il faut définir une liberté positive, qui mesure la force de volonté d'un homme libre. La volonté intègre les instincts concurrents en un tout cohérent. L'ordre intérieur qu'elle réalise dans l'âme humaine correspond à cet ordre extérieur que forme la culture. L'erreur d'un certain libéralisme utopique est de croire que l'individu est un tout isolé et une réalité première, alors qu'il n'est rien sans l'héritage culturel dont il a tiré son identité particulière. Le libéralisme doit être identitaire, car l'homme ne peut pas créer sa propre nature. Il la trouve d'abord en lui-même (c'est son hérédité biologique) ; ensuite dans la société qui l'entoure (c'est son héritage culturel). L'équilibre moral de chaque individu en particulier, et celui de la société en général, dépendent de la concordance entre le fonds génétique et le milieu culturel, et c'est pourquoi les traditions qui expriment l'âme d'un peuple prennent difficilement racine dans des cultures différentes. Ces considérations anthropologiques nous rappellent que l'identité individuelle est indissociable de l'identité communautaire d'un peuple et que, pour être libre, il faut d'abord être quelqu'un ; la liberté présuppose l'identité.

  Ce modèle très général s'applique à tous les individus et à tous les peuples, mais il n'a pas la même portée pour tous. Il y a bien des types humains et bien des cultures. Ainsi y a-t-il évidemment des degrés dans l'ouverture au monde, selon les peuples et selon les individus. A cet égard, la qualité morale qui caractérise le mieux les peuples d'Occident et la culture qu'ils ont créée est probablement l'énergie. D'autres peuples sont tout aussi intelligents, tout aussi courageux, certains sont plus tenaces, mais il n'en est pas de plus énergique. Ce n'est pas qu'on ait en Occident des instincts plus puissants qu'ailleurs, mais on y a des instincts encore plus despécialisés, en sorte que l'Occidental est plus "ouvert au monde" que tout autre type humain. La culture de l'Occident a permis à la liberté de l'individu de se déployer dans l'espace social en distinguant le droit de la morale - alors qu'elle est, par exemple, confinée dans la sphère domestique par la théocratie musulmane. En contrepartie, l'Occidental est doué au plus haut point du sens éthique. Ce n'est pas la crainte qui est chez lui le principal ressort de la morale, mais le sentiment de l'honneur.


  En résumé, plus d'ouverture au monde en Occident, donc plus d'énergie individuelle et sociale, voilà le champ ouvert à la liberté. L'homme libre, en Occident, est "seigneur de lui-même". Il est "autodéterminé", non parce qu'il est solitaire, mais parce qu'il est l'héritier d'une riche culture.

  On peut s'appuyer sur cette conception de l'homme et de la société, fondée sur une analyse scientifique, pour interpréter l'évolution récente du monde occidental. En Occident, la liberté va de pair avec l'identité. Finalement, c'est l'identité qui est pour nous la valeur la plus générale, et toutes les autres s'y rattachent. En effet, la liberté individuelle, ainsi que la démocratie, "liberté-participation", sont des produits typiques de la culture de l'Occident. Réciproquement, ces deux formes de liberté concourent au maintien de l'identité. La première, parce que l'individu autonome défend son identité particulière ; la seconde, parce que le peuple souverain est fidèle à ses traditions.

  En sens contraire, l'utopie égalitaire qui s'exprimait autrefois dans le socialisme de forme marxiste a donné naissance à un socialisme new look, ou néosocialisme. C'est la nouvelle idéologie dominante, qui se caractérise avant tout par son cosmopolitisme. Elle est, bien sûr, hostile à la nation. Elle est également l'adversaire de la démocratie authentique. Et elle n'est pas moins contraire à la liberté, si l'on admet que la liberté authentique suppose non seulement la liberté négative, mais aussi la liberté positive. (Par exemple, un enfant ou un drogué ne sont pas vraiment libres quand on n'exerce sur eux aucune contrainte. Cette prétendue liberté serait dépourvue de valeur morale.) De plus, la sécurité est la condition première de la liberté. Or, la société multiculturelle que prône l'idéologie cosmopolite est vouée à l'insécurité. Il y a, en effet, une loi d'hétérogénéité-violence, en vertu de laquelle la violence croît parallèlement à l'hétérogénéité de la société.

  Les élites deviennent un establishment cosmopolite lorsqu'elles sont coupées du peuple. Le racisme antifrançais, si répandu dans l'establishment, traduit la détestation dans laquelle celui-ci tient l'identité du peuple français. Pour répondre aux aspirations du peuple, les forces politiques de droite doivent militer pour les valeurs d'identité et lutter contre les idées cosmopolites qui dominent dans l'establishment.

 


Accueil - Retour - Haut de page - Précédent - Suivant