12 décembre 1996
ANDRE
LANGANEY, PRIX LYSSENKO EN 1996
pour sa contribution à l'étude des races humaines
par Henry de Lesquen
|
"M. Langaney
n'a pas hésité à caricaturer
de manière outrancière les thèses
défendues par ses adversaires, en les qualifiant
de nazies (...)."
(Tribunal correctionnel de Paris, 14 septembre 1994) |
En décernant le prix Lyssenko 1996 à
André Langaney, pour sa contribution à l'étude
des races humaines, nous ne pouvons pas ne pas l'associer
à deux de ses illustres devanciers : Albert Jacquard
et Hervé Le Bras, distingués respectivement
en 1990 et 1991. Les thèses d'A. Langaney sont, en
effet, voisines de celles de Jacquard, dont nous écrivions
: "Albert Jacquard fait partie de la petite cohorte
bruyante qui nie l'existence des races. (...) L'auteur explique
inlassablement que les opinions courantes n'ont aucun fondement
et que nous sommes trompés par le témoignage
de nos sens. Nous voyons que les races existent, alors qu'elles
n'existent pas, dit A. Jacquard. La mission de la science
ne consiste pourtant pas, le plus souvent, à expliquer
aux gens que les phénomènes observés
par eux n'existent pas, elle est plutôt d'en découvrir
les causes. Lorsque Newton voit tomber une pomme, il élabore
la théorie de la gravitation. Imaginons le Pr Jacquard
dans la même situation : il soutiendrait que la pomme
n'est pas tombée, et se gausserait ensuite de la
crédulité des gens qui voient tomber la pomme,
avant de condamner sévèrement l'"idéologie
de la gravitation", puis de conclure que Newton est
un "âne bâté" (comme Engels
l'avait déjà estimé avant lui)."
Ces conclusions peuvent s'appliquer aussi bien au nouveau
lauréat, à ceci près, d'une part, que
la "petite cohorte" dont nous parlions a grossi,
au fur et à mesure que le "politiquement correct"
s'installait à l'université et dans le monde
de la recherche, et, d'autre part, que les commentateurs
de la presse, impressionnés par le nombre et les
positions que ses membres occupent parfois (l'un d'entre
eux est professeur au muséum d'histoire naturelle...),
se laissent de plus en plus souvent abuser par de telles
inepties. La seule différence, peut-être, est
qu'A. Langaney est un peu moins radical et systématique
qu'A. Jacquard, ce qui justifie, sans doute, que l'un ait
eu le prix six ans avant l'autre...
André Langaney dit dans Les Hommes. Passé,
présent, conditionnel : "La notion de race est
(...) dépourvue de fondements et de réalité
scientifique, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un grand
succès dans le vocabulaire courant." La phrase
est globalement fausse, mais elle ne justifierait pas, à
elle seule, l'attribution du prix Lyssenko, qui demande
encore l'emploi de "méthodes et arguments idéologiques".
Ceux-ci sont nombreux, disséminés dans les
ouvrages de l'intéressé, mais un passage,
entre tous, doit être cité ici. Il figure dans
le livre d'A. Langaney consacré à l'exposition
qu'il a organisée au Musée de l'homme en 1992,
sous le titre : "Tous Parents, tous différents"
:
"(...) on peut remarquer que la pratique
des classifications raciales, qui a culminé, comme
chacun le sait, aux Etats-Unis, dans l'Allemagne nazie et
en Afrique du sud, ne s'est guère répandue
en dehors des pays colonisateurs (...).
"Clairement, la notion de races humaines
est une façon imprécise de désigner
des populations chevauchantes, dont l'incroyable diversité
ne se prête à aucune classification simple
et scientifiquement acceptable. Les seuls à avoir
voulu, à tout prix, en faire une notion scientifique
, sont ceux dont l'objectif avoué était d'établir
des hiérarchies, de justifier des inégalités
ou des oppressions économiques, quand ce n'était
pas, tout simplement, de supprimer les autres. La science
des classifications raciales était celle de la ségrégation
raciale aux Etats-Unis (...), de la génétique
raciale du IIIe Reich (6 millions de morts), de l'apartheid
(...), et de la France coloniale, dont certains militaires
mesuraient et classaient les "sauvages" entre
deux soûleries dans les garnisons lointaines.
"(...) Nous avons hérité
l'usage commun des mots "races humaines" d'une
histoire sinistre et d'une science dévoyée."
L'outrance de ces propos, qui relèvent
d'un amalgame généralisé et du terrorisme
intellectuel le plus odieux, ne serait excusable que s'ils
avaient été rédigés au cours
d'une de ces soûleries dont parle Langaney. Hélas,
ils figurent dans un document quasi officiel, patronné
par le Muséum d'histoire naturelle, pour une exposition
qui s'est tenue au Musée de l'homme ! (On remarquera
la délicatesse de l'auteur, qui a choisi ce cadre
pour injurier et salir l'uvre coloniale de la France...)
L'argument par les intentions est typiquement
lyssenkiste. Il importe peu, aux yeux de la science, qu'un
savant soit colonialiste, voire raciste ou nazi. Seule compte
la valeur intrinsèque de ses arguments. Hors de cette
règle, qui découle de la nécessaire
distinction des jugements de valeur et des jugements de
connaissance, il n'y a pas de science possible. Au demeurant,
il est totalement faux que seuls des savants "racistes"
- ou taxés de racisme par les militants d'extrême
gauche - aient cru à la réalité des
races. Théodose Dobzhansky, généticien
fort réputé et très "progressiste",
déclarait à ce sujet :
"Certaines "personnes compétentes"
(...) proclament que les races humaines n'existent pas et
que le terme "race" lui-même devrait être
banni du vocabulaire. Cette proposition est souvent motivée
par un désir louable de contrecarrer la propagande
raciste. Mais faut-il pour cela nier l'existence des races
? Ou bien une telle dénégation aura-telle
pour seul effet de réduire le crédit des hommes
de science qui la soutiennent ?"
Nous aurons une pensée, aussi, pour le
démographe Hervé Le Bras, prix Lyssenko en
1991, parce qu'A. Langaney a volé à son secours,
à l'époque, et qu'il ne cesse de le citer
avec faveur dans ses ouvrages. Il l'a soutenu, de même,
dans la controverse qui l'a opposé au directeur de
l'I.N.E.D. et à la quasi-totalité des chercheurs
de cet institut. En 1993, revenant à la charge sur
le sujet, à l'occasion de la sortie du livre de Le
Bras, Marianne et les lapins, il attaquait violemment l'Alliance
nationale Population et avenir, association reconnue d'utilité
publique, dans un article de Charlie Hebdo intitulé
spirituellement Nazional-Démographie, où il
procédait aux amalgames habituels. Ce papier lui
a valu d'être condamné pour délit de
diffamation, jugement confirmé en appel. Le tribunal
correctionnel de Paris déclarait notamment : "M.
Langaney n'a pas hésité à caricaturer
de manière outrancière les thèses défendues
par ses adversaires, en les qualifiant de nazies, manifestant
à l'égard de ces derniers une véritable
volonté de nuire, liée à un conflit
ancien. (...) Ainsi, les propos incriminés apparaissent
comme un règlement de comptes personnel de M. Langaney
à l'égard d'une association dont il ne partage
ni les buts ni les opinions." (14 septembre 1994)
Le style très personnel de M. Langaney
s'épanouit dans un ouvrage intitulé spirituellement
Le Sauvage central, et dont la couverture est ornée
de la photographie d'une superbe bouse de vache. L'illustration
donne le ton du livre, qui fait la part belle à la
scatologie : nous avons droit, ainsi, à trois pages
sur les cabinets à la turque et les murs des
primates dans un zoo. Ce ne sont, il faut bien le dire,
que d'innocentes gamineries, mais il y a pire. Après
avoir affirmé, "(...) pour moi, le nouveau-né
isolé n'a rien de spécifiquement humain"
, notre auteur n'hésite pas à ajouter : "Dans
ces conditions, il convient de s'interroger sur les raisons
qui empêchent les parents, en particulier la mère
qui se lance dans un allaitement éprouvant, de jeter
le nouveau venu dans la première poubelle à
leur portée !" Ou bien, dans un passage où
il évoque les mutilations sexuelles, il ose affirmer
: "Les circoncisions ont sans doute tué, dans
le passé, plus d'enfants que les plateaux labiaux
du Tchad ou d'Amazonie. Les rabbins ou imams, qui glorifient
ce genre de barbarie, égalent en cynisme les papes
qui prêchent l'amour aujourd'hui, sans avoir renoncé
à se présenter comme héritiers des
tortionnaires toujours canonisés de l'inquisition."
Cette caricature insupportable de la religion témoigne
d'un bel "humanisme", qui qualifiait M. Langaney
pour donner des leçons de morale "antiraciste".
Les races existent, nous les avons rencontrées.
Revenons, après cette digression, qui
nous a permis de mieux cerner les méthodes et arguments
du lauréat, sur la question qui nous retient aujourd'hui
: l'existence des races. Celle-ci, à la vérité,
est un fait d'évidence. Si l'on définit la
race comme une population naturelle dotée de caractères
héréditaires, donc de gènes, communs,
on n'éprouvera pas de grandes difficultés,
quand on n'est pas obnubilé par un préjugé
idéologique, pour reconnaître que l'humanité
est divisée en races. Comment, d'ailleurs, pourrait-il
en être autrement, puisque l'homme appartient au règne
animal ? Comme l'a rappelé le professeur Gérard
Lucotte, c'est le grand savant suédois Carl von Linné
qui a, le premier, établi une classification générale
des êtres vivants, dans laquelle il a fait entrer
l'homme, tout naturellement. On dit, aujourd'hui, que l'homme
appartient au règne animal, à l'embranchement
des vertébrés, à la classe des mammifères,
à l'ordre des primates, à la famille des hominidés
et au genre Homo, famille et genre dont le seul représentant
actuel est l'espèce Homo sapiens. Celle-ci, à
son tour, se divise en races, comme les autres espèces
vivantes, et cela d'autant plus facilement que la variabilité
de notre espèce est très supérieure
à celle des espèces sauvages, et n'est dépassée
que par celle de certains animaux domestiques, comme le
chien.
Les négateurs - ceux qui nient les races
- sont dans une position logiquement insoutenable, puisqu'ils
sont bien obligés d'admettre le fait de la variabilité
humaine ; ils s'obstinent, cependant, à refuser que
l'on classe les individus en fonction de leurs différences,
en reconnaissant des catégories telles que la race.
Ils devraient nier, a fortiori, les races animales, et,
du même coup, renoncer à tout effort de classification,
de systématique. Ne serait-ce pas renoncer aussi
à la science, qui a pour objet de mettre de l'ordre
dans l'apparente confusion du monde ?
Les races humaines ont été étudiées
selon deux approches complémentaires. La première,
la plus ancienne, est celle de l'anthropologie classique,
qui s'attachait surtout à mesurer certains caractères
physiques, dont on supposait qu'ils étaient relativement
indépendants du milieu. La seconde est celle de la
génétique des populations, qui étudie
les différences au niveau du génome humain.
Il est remarquable que ces deux approches aboutissent, en
gros, aux mêmes résultats, comme l'a souligné
Gérard Lucotte. En effet, nos gènes, et plus
généralement le message codé porté
par notre A.D.N., restent mal connus. Même quand le
projet de déchiffrage du génome humain sera
achevé, nous ne serons pas au bout de nos peines,
parce que nous serons, en quelque sorte, comme les étruscologues,
détenteurs d'un texte immense - l'équivalent
d'une bibliothèque de 2.000 livres de 500 pages,
soit 3 milliards de signes - que nous pourrons lire, mais
dont nous ne pourrons comprendre que quelques mots. La valeur
fonctionnelle de la plus grande partie du génome
nous échappera encore longtemps. Dans l'immédiat,
notre savoir est encore plus limité. Les généticiens
ne travaillent que sur les cas les plus simples, en commençant
par ceux qui vérifient la règle : "un
gène, un caractère". On ignore les déterminismes
génétiques de caractères observables,
et fortement héritables, comme la taille ou l'intelligence,
qui sont probablement très complexes. Ainsi l'anthropologie
traditionnelle et la génétique des populations
ne peuvent-elles étudier les mêmes données.
Or, les deux approches conduisent à valider,
en le perfectionnant, le jugement ordinaire, qui reconnaît
trois grandes races : les blancs, les jaunes et les noirs,
ou, en termes techniques, les caucasoïdes, les mongoloïdes
et les négroïdes, auxquels il faut sans doute
ajouter les australoïdes (en Australie et Nouvelle-Guinée),
ainsi que la race hottentote ou khoïsanoïde, dans
le sud de l'Afrique. Ces races de premier niveau se subdivisent,
à leur tour, en sous-races , comme, en Europe, les
races méditerranéenne, alpine, nordique, dinarique,
est-baltique .
L'inconséquence de notre lauréat
est telle, au demeurant, qu'il reconnaît, à
l'occasion, la pertinence de cette classification, sans
employer, toutefois, le terme de race, dans les textes mêmes
où il pourfend les auteurs qui ont l'exposée.
Dans un paragraphe intitulé L'Homme inclassable,
ou la connaissance contre l'évidence, de son ouvrage
Les Hommes, dont nous avons cité une phrase négatrice,
il écrit :
"Les comparaisons entre les fréquences
des gènes conduisent à considérer trois
grands groupes de populations et un certain nombre de populations
périphériques, intermédiaires ou inclassables.
Les Indo-Européens et les Africains noirs constituent
deux groupes relativement homogènes, indiscernables
pour certains systèmes génétiques (...)
et assez différents pour d'autres (...). Les Orientaux,
les Océaniens et les Amérindiens constituent
un troisième groupe, très hétérogène
en raison de l'évolution très particulière
des populations migrantes et morcelées."
Comprenne qui pourra ! André Langaney
n'est pas gêné d'affirmer une chose et son
contraire, à quelques lignes de distance. Il est
évident, en effet, que les "groupes" dont
il parle ne sont autres que les trois grandes races bien
connues. L'auteur illustre son propos par un graphique qui
représente les "distances génétiques"
entre les diverses populations du globe . Il doit y attacher
une certaine importance, puisqu'il le reprend dans le livre
de l'exposition ; il y figure même deux fois, dans
le corps du texte et sur la quatrième de couverture
. Or, ce graphique est parfaitement compatible avec la classification
raciale dont nous avons parlé : il démontre
le contraire de ce que l'auteur prétend avoir établi.
Comment se sont formées ces races entre
lesquelles se divisent l'espèce humaine ? Sur cette
question, deux théories s'affrontent .
Selon la théorie polycentriste, soutenue
autrefois par Carleton S. Coon, et aujourd'hui par Milford
Wolpoff, les races modernes se sont formées indépendamment
dans les diverses parties du monde, à partir de populations
d'Homo erectus séparées depuis un million
d'années ou davantage. Dans ce cas, Homo sapiens
et Homo erectus devraient être considérés
comme deux stades évolutifs d'une même espèce,
plutôt que comme deux espèces distinctes.
Selon la théorie monocentriste, au contraire,
l'homme moderne n'est apparu qu'en un seul endroit, en un
seul "centre" de dispersion, probablement en Afrique,
il y a 100.000 ans, peut-être 200.000 ans, et les
races modernes se sont formées sur cette période
relativement courte, dix fois moindre que celle envisagée
dans l'autre théorie.
Comme le remarque Gérard Lucotte, on
peut imaginer bien des intermédiaires entre les deux
modèles, en admettant que des flux génétiques
se sont maintenus entre les populations d'Homo erectus (variante
de la théorie polycentriste), ou que l'homme moderne,
en se répandant sur la planète, s'est métissé
avec les populations locales (variante de la théorie
monocentriste).
Les paléoanthropologues préfèrent
souvent la première théorie, parce qu'ils
observent des éléments de continuité
entre les fossiles successifs recueillis dans une même
région. Les généticiens adhèrent
à la seconde, parce qu'ils croient à l'"horloge
moléculaire" ; en supposant que l'évolution
s'est faite à une vitesse constante, au niveau moléculaire,
on peut dater les ancêtres communs des êtres
vivants actuels en mesurant les différences de leur
patrimoine génétique. Le choix entre les deux
théories dépend donc essentiellement de la
confiance accordée à l'hypothèse de
l'horloge moléculaire, qui soulève de sérieuses
difficultés, tant dans son principe que dans son
application .
Les objections des négateurs
Langaney et les autres négateurs emploient
trois types d'arguments fallacieux pour rejeter à
la fois le sens commun et les résultats scientifiques
concordants que nous avons résumés. Ce sont
: le sophisme de la continuité, le sophisme de la
variabilité, le sophisme de l'intentionnalité.
Les deux premiers restent du domaine de la discussion scientifique,
bien qu'ils soient faux. Le dernier est purement idéologique
; comme nous l'avons déjà évoqué,
nous n'insisterons pas.
Le sophisme de la continuité
Les négateurs remarquent d'abord que
les anthropologues n'ont jamais pu se mettre tous d'accord
sur un système de classification, tant les types
intermédiaires sont nombreux qui permettent de passer
insensiblement d'une "race" à une autre.
"L'humanité, dit André Langaney, se présente
(...) comme un ensemble continu, une sorte de nappe qui
se rétrécit ici ou là, isolant plus
ou moins bien des ensembles de population d'effectifs variables
et plus ou moins homogènes." Il serait donc
vain de vouloir découper des catégories dans
cet ensemble.
Cet argument de continuité ne prouve
rien. Il rappelle même fâcheusement le sophisme
d'Achille et de la tortue : sous prétexte que le
mouvement est infiniment divisible, Achille "au pied
léger" ne parviendrait jamais à rattraper
la tortue... C'est ainsi que Zénon d'Elée
prétendait démontrer l'impossibilité
du mouvement par le fait qu'un objet doit, pour se déplacer,
franchir une infinité de points intermédiaires
; il était alors facile au philosophe sensé
de démontrer la réalité du mouvement
: il n'avait qu'à marcher. De la même manière,
il suffit aujourd'hui de prendre l'avion de Paris à
Tokyo, ou de Dublin à Dakar, pour se convaincre que
les races sont une réalité...
On pourrait aussi bien nier la lumière
et les couleurs que les races, en remarquant que l'on passe
insensiblement du noir au blanc, entre lesquels il y a toutes
les nuances de gris, ou du jaune au bleu, entre lesquels
il y a toute la gamme des verts.
Du reste, il ne faut pas surestimer les divergences entre
les classifications proposées par les anthropologues
; ils admettent tous, à la base, le schéma
des trois grandes races, qu'ils sont simplement obligés
de compliquer, pour tenir compte des races marginales d'Australie
ou d'Afrique du sud, ou bien pour détacher les populations
amérindiennes des autres mongoloïdes. Quoi qu'il
en soit, la variété des classifications zoologiques
ne fait pas douter de la diversité des espèces
animales.
D'autres auteurs (mais non A. Langaney) ajoutent
que les "races géographiques" qui se sont
effectivement formées dans le passé ont aujourd'hui
tendance à disparaître par métissage,
à mesure que deviennent plus faciles les communications
et plus fréquents les échanges entre les peuples.
Il est curieux d'en tirer argument contre l'existence des
races, car, si les races sont susceptibles de disparaître
par métissage, c'est qu'elles sont présentes
au départ. De toute façon, le métissage
n'élimine pas les races, il ajoute un type intermédiaire
aux deux types d'origine, et il peut même donner naissance,
à la longue, à de nouvelles races, comme cela
est en train, sans doute, de se faire en Amérique
latine.
Il est amusant de remarquer que ceux qui invoquent
l'universalité du métissage pour nier l'existence
des races, et qui s'écrient : "Nous sommes tous
des métis" , rejoignent l'opinion de Gobineau,
qui écrivait, quant à lui, dans l'Essai sur
l'inégalité des races humaines : "L'espèce
blanche (nous dirions : la race blanche), considérée
abstractivement, a disparu de la face du monde. (...) elle
n'est plus maintenant représentée que par
des hybrides."
Le sophisme de la variabilité
Les techniques d'électrophorèse,
utilisées depuis 1966, ont révélé
que la variabilité génétique était
bien plus grande que les spécialistes ne l'imaginaient
jusqu'alors. De plus, les différences génétiques
à l'intérieur d'une race sont très
supérieures à celles qui séparent les
races : selon Masatoshi Nei, la variabilité intraraciale
représente 90 % du total, la variabilité interraciale
(entre les trois grandes races), 10 % seulement . Les négateurs
ont cherché à tirer parti de ce résultat.
Il était pourtant prévisible, à notre
avis, car il est aisé d'observer, dans tous les groupes
raciaux, des petits et des grands, des maigres et des gros,
etc., même si la taille ou le poids moyen ne sont
pas les mêmes.
Le classement d'une série quelconque
d'individus ou d'éléments dépend entièrement
du point de vue retenu. Par exemple, on peut ranger les
livres d'une bibliothèque selon leur contenu (en
séparant les romans des essais...), selon la date
de la parution, selon l'ordre alphabétique du nom
de l'auteur, ou la qualité de la reliure, etc.. De
même, on peut classer les êtres humains selon
la race, le sexe, l'âge, la santé, le groupe
sanguin, etc.. Toutes ces classifications ont leur intérêt
et leur pertinence et il est idiot d'expliquer que l'une
détruit l'autre, comme le fait cependant A. Langaney
. Pour se convaincre de l'absurdité du procédé,
il suffit de remarquer qu'il permettrait de nier, par exemple,
les catégories sexuelles. En effet, les hommes, comme
les femmes, se répartissent entre les groupes sanguins
A, B et O : il vaut mieux, pour un homme de race blanche,
recevoir du sang d'une femme noire, s'il est du même
groupe, que celui d'un autre homme de la même race,
s'il ne l'est pas. De la même manière, on pourrait
nier les différences entre espèces, puisque
le système ABO se retrouve chez le chimpanzé.
Si les races n'étaient pas une réalité,
les espèces ne le seraient pas non plus !
Selon A. Langaney, l'homme partage 99,9 % de
ses gènes avec le chimpanzé : il exagère
sans doute, 99 % paraît une estimation plus raisonnable
. Cela ne signifie pas, au demeurant, que deux individus
pris au hasard dans chacune des deux espèces sont
génétiquement identiques à 99 %, mais
que les allèles (variantes des gènes) caractéristiques
d'une espèce ne sont qu'1 % du total. Or, nous avons
la faiblesse de penser que cet écart d'1 % n'est
pas négligeable...
Les différences raciales, qui ne remettent
évidemment pas en cause l'unité de l'espèce
humaine, portent essentiellement sur certains gènes.
Ceux-ci ne seront bien connus que lorsque le génome
humain aura été entièrement exploré,
dans toutes ses variations, ce qui est une vaste entreprise.
En attendant, on peut tout au plus calculer des corrélations
statistiques entre ces gènes, dont l'emplacement
n'est pas connu, mais dont on observe les effets, et certains
autres, comme ceux qui déterminent les groupes sanguins.
Il n'y a pas lieu d'accepter le réductionnisme de
certains spécialistes de la génétique
des populations, comme André Langaney, qui dénient
toute valeur à l'anthropologie traditionnelle. Pour
autant, les progrès de la génétique
sont riches d'enseignement sur les races et l'histoire des
races, notamment parce qu'ils mettent au jour des "marqueurs
raciaux", c'est-à-dire des gènes ou caractères
génétiques simples inégalement distribués
entre les groupes raciaux. Le système ABO était
déjà riche d'enseignements, sa répartition
n'étant pas la même dans toutes les populations,
mais on a trouvé depuis de nombreux marqueurs, plus
spécifiques, qui n'apparaissent que dans une seule
race : par exemple, pour le groupe sanguin Diego, l'allèle
A est propre à la race jaune ou mongoloïde ;
pour le groupe sanguin Duffy, l'allèle O n'existe
que chez les noirs .
Dans le même ordre d'idées, A. Langaney veut
faire croire que les différences raciales ne portent
que sur des détails superficiels, des caractères
visibles tels que la couleur de la peau, la forme des cheveux,
etc., ce qu'il appelle la "carrosserie", tandis
que l'essentiel est constitués de caractères
cachés (le moteur ?), qui seraient les mêmes
pour toutes les races. En effet, l'auteur, qui adopte la
thèse "monocentriste", estime que les races
sont d'origine trop récente pour qu'elles aient pu
diverger beaucoup. Les différences de "carrosserie"
entre les populations s'expliqueraient par une adaptation
aux conditions locales du climat .
L'image de la carrosserie est malheureuse, car
il est rare de trouver un moteur de Ferrari sous le capot
d'une 2 CV. En fait, rien ne permet d'établir une
dichotomie entre caractères visibles et caractères
cachés. Les traits de la personnalité, qui
sont souvent aussi héritables que l'aspect physique,
font-ils partie de la "carrosserie" ou du moteur
? Le climat a pu influencer la couleur de la peau, bien
que ce ne soit pas si évident, puisque que l'on trouve
des hommes de race jaune sur l'équateur, comme au
pôle Nord. Mais l'adaptation aux conditions locales
porte normalement sur l'ensemble du génotype, et
non seulement sur des caractères isolés. De
plus, l'homme étant un être de culture et de
civilisation, il modifie son environnement en fonction de
ses besoins. L'évolution est donc déterminée
au moins autant par les conditions socioculturelles que
par les conditions géographiques.
Enfin, même si l'on accepte l'hypothèse
monocentriste, il reste que 100.000 ans représentent
5.000 générations (les femmes avaient autrefois
leurs enfants très jeunes), et que c'est bien assez
pour que se produise une variation considérable au
sein de l'espèce humaine, qu'elle soit due au climat
ou à bien d'autres facteurs. Finalement, la nature
des différences raciales est une question empirique,
et la vérité oblige à dire qu'elles
ne portent pas seulement sur des aspects anecdotiques, comme
le prétend A. Langaney. Le bilan dressé dans
l'ouvrage de Jean-Pierre Hébert, Race et intelligence,
montre qu'elles sont importantes .
Selon A. Langaney, "les multiples expériences
de transplantation qui ont été faites empiriquement
(sic) prouvent que les différenciations sociales
de l'espèce humaine ne relèvent en rien de
différences génétiques entre les populations"
. Si l'on prend isolément un individu quelconque,
il est évident, en effet, qu'il hérite d'un
patrimoine culturel sur lequel il a peu de prise. Par exemple,
un enfant espagnol adopté par une famille française
aura le français comme langue maternelle, même
si jamais aucun de ses ancêtres ne l'a parlé.
La langue française est pour lui une donnée,
qu'il reçoit comme beaucoup d'autres.
L'individu subit la culture de la société
où il vit : elle lui est imposée, quelle que
soit sa biologie propre. A de rares exceptions près,
on peut tenir pour négligeables les modifications
qu'il introduit dans la société à laquelle
il appartient. De là à admettre qu'on peut
dissocier les deux ordres de fait, le biologique et le culturel,
il n'y a qu'un pas. Mais, en le franchissant, on commet
le "sophisme de composition", qui consiste à
oublier que les propriétés du tout ne se réduisent
pas à celle des parties. Ce qui est vrai d'un seul
individu ne l'est plus d'un grand nombre. L'entrée
massive de nouveaux venus dans une société
quelconque, en supposant même qu'ils puissent se dépouiller
de leur culture d'origine, ne peut manquer d'avoir de grandes
répercussions sur le fonctionnement de cette société.
On en trouve un exemple concret, en matière de langue,
dans le phénomène créole. Les esclaves
noirs emmenés en Amérique ont formé
des dialectes qui leur étaient propres. Langue mixte,
le créole comprend une base européenne (anglais
pour la Jamaïque et la Barbade, français en
Haïti et en Martinique), altérée par
ses usagers sur le plan de la grammaire et du vocabulaire.
"Le magistère antiraciste, écrit
Claude Imbert, brave sottement l'opinion commune en affirmant
que les races n'existent pas." Comme dans le célèbre
roman d'Orwell, 1984, les négateurs proscrivent l'usage
de certains mots . Dans une société communiste
pure et dure, il est impossible de demander la liberté,
puisque les libertés "bourgeoises" sont
une duperie, et que la vraie liberté est celle d'obéir
au parti communiste. De même, pour André Langaney
et autres négateurs, il est interdit de parler de
races ou d'inégalité, sans passer pour un
complice des crimes contre l'humanité.
Les races sont-elles inégales ?
Sur la question de l'inégalité
des races, qui donne aisément lieu aux pires anathèmes,
il est tentant de clore le débat, mal engagé,
par quelques remarques de bon sens, car, pour qui adhère
aux idées humanistes, les hommes, comme les races,
sont égaux en dignité ; de plus, les inégalités
ou supériorités éventuelles que l'on
trouvera entre eux et entre elles sont relatives : elles
dépendent du point de vue. Nous écrivions,
à ce propos, dans La Politique du vivant : "L'antiracisme
authentique ne peut se fonder que sur le respect des différences.
(...) (Il) admet l'existence des races, qui est un fait
d'évidence, mais se refuse à établir
entre elles une quelconque hiérarchie : si les races
sont différentes, on ne saurait pour autant les qualifier
d'inférieures ou de supérieures - pas plus
qu'on ne songe à classer Hokusaï par rapport
à Dürer..."
Cependant, on ne peut en rester là, si
l'on veut sortir de la confusion actuelle. Qu'entend-on,
tout d'abord, par inégalité ? A l'origine,
"inégalité" est simplement le contraire
d'égalité et n'implique pas de comparaison
entre les termes. En ce sens, il est évident que
les races sont inégales, qu'elles ne sont pas égales,
puisqu'elles sont différentes. Mais l'esprit humain
a une tendance irrépressible à comparer, et
à poser des jugements de valeur entre les éléments
qu'il compare. D'où une seconde acception du mot,
qui implique alors la supériorité de l'un
et l'infériorité de l'autre. (Le vocabulaire
des mathématiques ajoute, d'ailleurs, à l'ambiguïté,
puisque la relation d'inégalité, x < y
ou x > y, est autre chose que la relation de différence
ou de non-égalité, x ¹ y.) Les choses
se compliquent encore, pour qui voudrait parler d'inégalité
des races, parce que, d'une part, la supériorité
éventuelle d'un groupe sur un autre, ou d'une race
sur une autre, dépend du paramètre étudié,
et que, d'autre part, elle ne sera vraie qu'en moyenne,
et non, la plupart du temps, pour tous les individus qui
composent respectivement chacun des groupes.
Le Q.I. (quotient intellectuel), qui mesure
l'intelligence, ou du moins certains de ses aspects, est
le paramètre non physique qui a été
le plus étudié, et de loin, surtout aux Etats-Unis.
On a observé de grandes différences entre
les groupes ethniques, plus ou moins homogènes sur
le plan racial. C'est ainsi que les noirs américains
ont un Q.I. inférieur en moyenne de 15 points par
rapport au reste de la population, ce qui est considérable,
puisque la moyenne générale est de 100. Et
l'on sait, depuis les travaux fondamentaux d'Arthur Jensen
et d'autres, que cet écart de 15 points est essentiellement
imputable à des différences génétiques
. Cette conclusion n'a rien de surprenant, dès lors
que le Q.I. a un coefficient d'héritabilité
de 80 %, au niveau individuel .
Richard J. Herrnstein et Charles Murray écrivent
à ce propos : "En dépit du terrorisme
intellectuel qui règne sur le sujet, les différences
ethniques dans le domaine des capacités cognitives
ne sont ni surprenantes ni douteuses. Les populations nombreuses
diffèrent de bien des manières, tant sur le
plan biologique que sur le plan culturel. Il n'est pas surprenant
qu'elles puissent différer, au moins légèrement,
sur le plan de leurs capacités cognitives."
En fait, deux populations naturelles ont très peu
de chances d'être exactement identiques pour un paramètre
continu quelconque, qu'il s'agisse de la taille ou du Q.I..
Soulignons, cependant, que l'écart évoqué
ne porte que sur des moyennes. Le Q.I. se répartit,
au sein d'un groupe, selon une courbe en cloche (dite de
Gauss), et les deux courbes, celle des noirs et celle des
autres Américains, se recouvrent largement. Ainsi,
beaucoup de noirs ont des Q.I. supérieurs à
ceux de beaucoup de blancs. Cela montrerait, s'il en était
besoin, qu'il est aberrant de réduire un homme à
son groupe.
D'où viennent ces différences
entre races ? Sont-elles en rapport fonctionnel avec les
gènes caractéristiques des races, ou bien
sont-elles déterminées entièrement
par d'autres gènes, indépendants des premiers
? Nous n'en savons rien. Ainsi, au delà des polémiques
stériles et des procès d'intention, un vaste
champ de recherches est ouvert aux anthropologues.
Il va de soi qu'A. Langaney n'accepte pas ces
conclusions. "De nombreux travaux, dit-il, ont clairement
montré que les différences de moyennes de
Q.I. clamées entre noirs et blancs américains
s'expliquaient totalement par les biais dus aux classes
sociales des enquêtés et à la couleur
de peau des enquêteurs." C'est le contraire qui
est certain, comme on pourra s'en convaincre en se reportant
aux ouvrages écrits respectivement par Arthur Jensen,
Jean-Pierre Hébert, Richard J. Herrnstein et Charles
Murray. Faute de meilleurs arguments, A. Langaney se livre
à des attaques indignes contre les savants qui ont
établi les résultats qu'il conteste. Il vitupère
"les falsifications des psychométriciens racistes,
tels que Jensen ou Eysenck" , "les élucubrations
des soi-disant "généticiens de l'intelligence""
, et il s'en prend tout spécialement au prix Nobel
William Shockley, inventeur du transistor, qui a fait une
seconde carrière scientifique dans le domaine de
la psychologie, qu'il accuse de "faire l'apologie du
racisme" . De tels procédés faisaient
de M. Langaney un candidat idéal pour le prix Lyssenko.
*
Le véritable humanisme suppose une conception
équilibrée des relations entre le biologique
et le culturel : si le culturel n'est pas indépendant
du biologique, il n'en est pas pour autant un simple reflet.
Biologique et culturel forment un tout : une société
est un système bioculturel complexe où les
deux sphères s'interpénètrent et interagissent.
L'originalité d'une société,
d'une culture, ne peut ni s'expliquer indépendamment
de sa biologie, ni s'y réduire. Tel était
le sens de l'intervention du président Giscard d'Estaing
au colloque "Biologie et devenir de l'homme",
en 1974 : "Le patrimoine spirituel d'une civilisation
vécu collectivement répond au patrimoine génétique
d'une descendance biologique."
L'antiracisme authentique consiste donc à
reconnaître l'existence et la diversité des
races humaines et à affronter ce problème
en toute conscience, au lieu de pratiquer une politique
de l'autruche aussi indéfendable scientifiquement
qu'elle serait désastreuse dans la pratique. Nous
devons avoir la lucidité de prendre en considération
les différences génétiques entre les
peuples du monde et, à l'intérieur de chaque
peuple, entre les groupes et les individus qui le composent.
Acceptons l'humanité telle qu'elle est, et non telle
que le préjugé égalitaire voudrait
qu'elle soit, sans oublier que c'est la valeur morale, et
non l'intelligence, qui fait la dignité de l'homme.
Ce n'est qu'à ce prix qu'elle pourra sauver la diversité
qui fait sa richesse, sans compromettre son unité
et sa spécificité vis-à-vis du monde
animal.
DE L'EXISTENCE DES RACES HUMAINES
ET DE LEUR BASE HEREDITAIRE
par Gérard Lucotte,
professeur à l'École d'anthropologie de Paris
Etymologiquement, le terme de "race"
proviendrait du latin radix, ce qui fait référence
à la racine et évoque l'image de l'arbre généalogique.
Depuis la Renaissance, le terme de race correspond à
une "notion pratique", ce qui désigne tout
à la fois : la lignée, la famille, et la génération
(continuée de père en fils, et ce, plus précisément,
dans le cas des familles nobles). Ce n'est qu'au moment
des grandes mutations sociopolitiques du XVIIIe siècle
(et lors de la remise en cause des ordres privilégiés)
que la notion de race change de sens pour désigner
"une collection d'individus de même origine géographique
que réunissent des traits physiques analogues".
Cette notion de race humaine, correspondant
aux observations communes, a en effet été
introduite pour la première fois dans le domaine
scientifique par Linné, à l'occasion de la
seconde édition (1740) de son Systema Naturæ.
Ce grand classificateur distinguait en effet, à l'intérieur
de l'espèce humaine, des "variétés"
ou sous-espèces naturelles, correspondant à
des types morphologiques et des adaptations géographiques
déterminées ; quatre catégories sous-spécifiques,
particulièrement, sont ainsi distinguées par
cet auteur : l'Européenne, l'Africaine, l'Asiatique
et l'Américaine, caractérisées selon
des critères à la fois géographiques,
descriptifs, mais aussi psychologiques (ainsi, l'Européen
est décrit comme "léger, vif, inventif
et gouverné par les lois").
Le naturaliste allemand Friedrich Blumenbach
est à juste titre considéré comme le
père de l'anthropologie raciale. Dans la première
édition (1775) de son ouvrage De l'Unité du
genre humain et de ses variétés, suivant en
cela Linné, il spécifia à l'intérieur
de notre espèce un petit nombre de variétés,
décrites uniquement en fonction de leur aspect physique
et en précisant l'étendue de leurs répartitions
géographiques, et auxquelles (en 1795) il donna les
noms suivants :
1) - Les Caucasiens (terme utilisé par lui pour la
première fois), répartis en Europe, au Proche-Orient,
en Inde et en Afrique du nord ;
2) - les "Mongoliens" (on dit aujourd'hui "mongoloïdes"),
en Asie de l'est, auxquels il rattache plus tard les Esquimaux
;
3) - les Ethiopiens, qui en fait regroupent tous les peuples
de l'Afrique au sud du Sahara ;
4) - les Américains ;
5) - les Malais, en Asie du sud-est et en Océanie.
Cette catégorisation, dans ses grandes lignes, correspond
à ce que l'on nomme de nos jours les "grand-races".
Au cours de la période qui suivit, de
notables essais de rationalisation de ce type de descriptions
furent entrepris, et ce, tout particulièrement à
partir de la deuxième moitié du XIXe siècle,
dans le cadre de la Société d'anthropologie
de Paris, fondée par Broca en 1859 ; toute une série
de médecins anatomistes s'appliqueront, en pleine
période positiviste, à quantifier les différences
raciales de façon objective (par biométrie
= mesure, et craniométrie = mesures particulières
concernant le crâne). Axées essentiellement
sur l'anthropologie physique, les techniques descriptives
anatomiques et les mensurations aboutirent finalement à
une extrême précision dans les enquêtes
anthropométriques. Les trois conclusions fortes qui
se dégagèrent de cet ensemble d'études
concernant les races furent :
1) - La conception de la race comme un type statistique,
quelle que soit la nature de la mesure utilisée,
caractérisée par un mode central et une dispersion
des valeurs autour de cette valeur moyenne ;
2) - la hiérarchie des caractères,
le choix des critères premiers servant à l'établissement
d'un arbre taxonomique permettant de subdiviser en catégories
de plus en plus restreintes (grand-races, races, sous-races...)
;
3) - En conséquence de 1) et 2), l'établissement
de différentes classifications raciales, de plus
en plus complexes, et les tentatives de conciliation entre
ces diverses classifications.
De tels travaux, basés sur le phénotype
(c'est-à-dire les caractères visibles) - et
en supposant que les caractères phénotypiques
étaient déterminés de façon
héréditaire - se poursuivirent activement
pendant toute la première moitié du XXe siècle.
Il apparut cependant qu'il était nécessaire
de fonder une nouvelle anthropologie sur l'analyse directe
du génotype. Bien que l'existence de sous-groupes
de nature héréditaire à l'intérieur
de l'espèce humaine soit évidente, la difficulté
était d'établir précisément
la base de cette distinction génétique. La
découverte du premier groupe sanguin (ABO) en 1900
permit d'initier les travaux d'anthropologie génétique
et, dès 1919, Hirschfeld et Hirschfeld identifièrent
trois "types" ABO (d'après le rapport des
groupes sanguins A et AB dans la population) ; ces auteurs
furent les premiers à établir les bases d'une
classification raciale génétique, qui permettait
de séparer les habitants de l'Europe de ceux du reste
du monde.
Lawrence Snyder (1926) proposa par la suite
l'étude des fréquences des allèles
A, B et O (quatre phénotypes : A, B, AB, et O ; six
génotypes : AA et AO, BB et BO, AB et OO - car les
allèles A et B sont dominants sur l'allèle
O), plutôt que les taux de groupes sanguins étudiés
par les Hirschfeld, pour comparer les populations. Il arriva
ainsi à une synthèse des différents
peuples qu'il avait étudiés, en sept types
: l'Européen, l'Intermédiaire, l'Hunan, l'Indo-Manchourien,
l'Africo-Malaisien, le Pacifico-Américain et l'Australien.
Lors de son deuxième article de 1930, Snyder insista
sur "la nécessité d'ajouter les groupes
sanguins comme critères additionnels de la classification
des races", et prédit que, dans le futur, "aucune
étude anthropologique ne pourrait être complète
sans la connaissance des fréquences des groupes sanguins".
La question qui se posait initialement était
celle des "marqueurs raciaux". Les races diffèrent-elles
par des fréquences alléliques variables pour
A, B ou O, ou existe-t-il des allèles particuliers
dans chaque race ? La réponse fut intermédiaire,
dans ce sens que des études de plus grande ampleur
montrèrent, dans le cas le plus extrême, que
les natifs d'Amérique, par exemple, ont des fréquences
très élevées de l'allèle O (fréquences
qui, selon les populations, peuvent atteindre jusqu'à
90 %) et virtuellement pas d'allèle B.
D'autres marqueurs génétiques
furent découverts à la suite du système
ABO, notamment le système MN dans les années
vingt, et le système Rhésus (Rh) - qui, en
raison de sa haute complexité, est hautement discriminatif
- dans les années quarante. La prise en compte simultanée
de plusieurs systèmes de groupes sanguins lors de
la comparaison entre populations permet les premières
synthèses anthropologiques : en 1948, le sérologiste
Alexander Wiener sépara l'ensemble des populations
étudiées dans le monde à cette époque
suivant les trois grandes races (Caucasoïde, Négroïde
et Mongoloïde) sur la base de la fréquence des
groupes sanguins connus à cette date ; peu après,
il en ajoutera deux autres (Australiens et Américains),
et cette distribution des groupes humains sur base génétique
- reprenant la classification de Blumenbach - fut reconsidérée
à nouveau lors de l'ouvrage de synthèse de
grande ampleur de William Boyd (1950). Au terme de ces premières
synthèses, il apparaît, vers la fin des années
1960, que les conclusions découlant de l'examen des
marqueurs génétiques étaient tout à
fait identiques à celles sur les mesures des caractères
raciaux dégagées par l'enseignement de l'anthropologie
physique : certes, variations des fréquences alléliques
autour de modes centraux et absence de limites nettes à
cet égard entre les groupes considérés,
mais néanmoins justification du concept de race,
dont la réalité est mise en évidence
par les marqueurs génétiques.
La recherche anthropogénétique
actuelle procède désormais à d'encore
plus vastes synthèses. Par analyse multivariée
des fréquences alléliques à de nombreux
et divers types de marqueurs génétiques (groupes
sanguins, mais aussi variants des protéines et des
enzymes, marqueurs immunogénétiques, HLA =
antigènes leucocytaires humains, et plus récemment
variants d'ADN) pour un nombre représentatif de populations,
il est possible de caractériser des "ensembles"
de populations - dont les premiers rangs sous-spécifiques
correspondent aux grand-races. Ces groupes de rang moins
élevé que l'espèce peuvent être
ordonnés au moyen d'arbres phylogéniques,
qui représentent une hiérarchie correspondant
à l'histoire de fissions et d'expansions de ces ensembles
au cours du temps évolutif, à l'échelle
de la planète. Le seul seuil de discontinuité
observable est l'immédiat sous-spécifique
(assimilé aux races) et l'on passe en transition
douce aux groupes de hiérarchie plus basse - et ce,
jusqu'aux populations élémentaires. A ces
derniers niveaux, des changements mineurs de fréquences
ou dans les modalités de traitement utilisé
pour analyser les données peuvent assigner telle
ou telle population à des groupes différents.
Généralement, des populations "typiques"
centrales (présentant le moins possible de mélanges
génétiques) sont sélectionnées
comme unités de base, de façon à conférer
la plus grande stabilité possible aux arbres classificatoires
et une compacité notable aux groupes hiérarchisés
ainsi définis.
Les travaux de ce type sont maintenant légion.
Les premiers, et à notre sens les plus importants,
sont ceux de Nei et Roychoudhury (Pensylvania State University,
États-Unis) de 1972, réactualisés en
1974, 1982 et 1993. L'analyse globale a porté sur
121 allèles (pour 29 locus polymorphes étudiés)
comparés dans vingt-six populations représentatives.
L'ordre des filiations obtenu comporte une bifurcation initiale
séparant les Africains de l'ensemble des autres populations,
et ceci avec un pourcentage de sécurité de
100 %. Le second branchement, moins stable, sépare
les Caucasiens ; le troisième - encore moins stable
- sépare les populations natives d'Amérique
des Asiatiques au sens large (incluant les Mongoloïdes,
les natifs des îles du Pacifique, et ceux d'Australie
et de Nouvelle-Guinée Papouasie - ces derniers étant
quelque peu génétiquement distincts du reste
des autres populations asiatiques).
Ainsi, l'anthropologie biologique moderne ne fait que retrouver
et préciser la notion de grandes races humaines de
Blumenbach. Les caractères raciaux utilisés
sont les fréquences alléliques, à un
nombre de plus en plus élevé de marqueurs
génétiques différents, dont les plus
performants pour l'avenir sont les variants de l'ADN. Les
groupes raciaux sous-génétiques ainsi individualisés
sont hiérarchisés en ensembles géographiques
continentaux, selon leur ordre d'apparition au cours de
l'histoire de l'homme, lors de l'évolution.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
ESSENTIELLES
1) - Hirschfeld, L. et Hirschfeld, H. (1919), "Serological
differences between the blood of different races",
Lancet (oct. 18), pp. 675-79.
2) - Snyder, L.H. (1926), "Human blood groups : their
inheritance and racial significance", American Journal
of Physical Anthropology, n° 9, pp. 233-6.
3) - Snyder, L.H. (1930), "The "laws" of
serologic race-classification studies in human inheritance",
IV, Human Biology, n° 2, pp. 128-33.
4) - Wiener, A.S. (1948), "Blood grouping tests in
anthropology", American Journal of Physical Anthropology,
n° 6, pp. 236-7.
5) - Boyd, W.C. (1950), Genetics and the races of man,
Little Brown Editeur, Boston
6) - Nei, M. & Roychoudhury, A.K. (1972), "Gene
differences between Caucasian, Negro and Japanese populations",
Science, n° 177, pp. 434-35.
7) - Nei, M. & Roychoudhury, A.K. (1974), "Genetic
variation within and between the three major races of Man,
Caucasoids, Negroids and Mongoloids", American Journal
of Human Genetics, n° 26, pp. 421-43.
8) - Nei, M. & Roychoudhury, A.K. (1982), "Genetic
relationship and evolution of human races", Evolutionary
Biology, n° 14, pp. 1-59.
9) - Nei, M. & Roychoudhury, A.K. (1993), "Evolutionary
relationships of human populations on a global scale",
Molecular Biology and Evolution, n° 10, pp. 927-43.
10) - Vallois, Henri, Les Races humaines, P.U.F., coll.
"Que sais-je ?", 1976.
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