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14 décembre 1999
MICHELE
TRIBALAT, PRIX LYSSENKO EN 1999
pour son analyse du coût de l'immigration
par Henry de Lesquen
Madame Michèle Tribalat
reçoit le prix Lyssenko pour un seul texte d'une cinquantaine
de pages, publié à la fin de 1998, qui suffit
à sa gloire. Elle y entreprend de réfuter les
calculs de Pierre Milloz sur le coût de l'immigration
. On se souvient que, dans un fameux rapport publié
en 1990, celui-ci l'avait estimé à 210 milliards
de francs pour 1989 . Il avait complété et actualisé
ses chiffres dans un ouvrage de 1997, où il avançait
un montant de 280 milliards pour 1995 . Personne, jusqu'en
1998, n'avait répondu au(x) rapport(s) Milloz, aussi
extraordinaire que cela paraisse. Michèle Tribalat
est la première à le faire, et elle procède
à une exécution en règle, annonçant
d'emblée qu'elle va lui appliquer "le scalpel",
en vue de sa "mise en pièces" (il s'agit
du rapport...). Or, le moins que l'on puisse dire est qu'elle
n'y est pas parvenue, et que les procédés qu'elle
a utilisés pour discréditer le rapport et son
auteur relèvent souvent plutôt d'un procès
d'intention de nature idéologique que d'une discussion
scientifique normale. A cet égard, le texte de Madame
Tribalat est exemplaire de la désinformation qui règne
sur la question de l'immigration.
On nous objectera, peut-être, que le coût
de l'immigration dans la France actuelle est un sujet trop
limité et trop particulier pour notre prix... Il faut
reconnaître qu'il a moins d'envergure, sur le plan scientifique,
que ceux qui ont été traités précédemment,
qu'il s'agisse de l'hérédité ou des races,
des facteurs de la criminalité ou de ceux du chômage.
Mais nous avons pensé que la question de l'immigration
était suffisamment importante pour que le jury du prix
Lyssenko ne puisse pas s'en désintéresser ;
il n'y a pas, sur le plan de la connaissance, de "petit
sujet", surtout quand l'avenir de la France est en cause.
Nous nous sommes faits une autre objection. Bien
que Michèle Tribalat ait la réputation d'être
une femme de gauche, ses travaux sont, en général,
appréciés des spécialistes et ne méritent
donc pas d'être "distingués" par notre
prix. Elle a même rompu des lances avec un autre démographe,
Hervé Le Bras, ancien lauréat du prix Lyssenko,
et il faut bien dire que, dans cette polémique, c'était
elle qui avait raison. Il n'est d'ailleurs pas impossible
qu'elle ait cherché à se "dédouaner",
en prenant la plume contre le rapport Milloz. Quoi qu'il en
soit, c'est uniquement pour son texte de 1998 que le prix
lui est décerné cette année, il est utile
d'insister sur ce point.
Le coût de l'immigration est, en soi, une
question purement technique, qui devrait être traitée
objectivement par des spécialistes impartiaux, dans
un contexte neutre et dépassionné. Malheureusement,
ce n'est pas le cas. Les ouvrages de Pierre Milloz ont été
édités par le Front national ; ils ne sont pas
à la Documentation française. Ce n'est pas la
faute de leur auteur, qui a fait un travail admirable, dans
un domaine où il n'y avait rien, parce que, visiblement,
le gouvernement et son administration ne souhaitaient pas
informer les Français. Cependant, pour les gens qui
considèrent, sous l'influence de la gauche, que ce
n'est pas ce que l'on dit qui compte, mais le lieu d'où
on le dit, les travaux de P. Milloz ont perdu beaucoup de
leur crédit, ce qui est bien dommage. Quant à
la réponse de Michèle Tribalat, elle est ouvertement
polémique et engagée, puisqu'elle s'intitule
: "Le Front national et sa "science" : le rapport
Milloz au scalpel" et qu'elle constitue le chapitre 2
d'un livre dont le titre est : "Face au Front national.
Arguments pour une contre-offensive".
Le Club de l'Horloge, qui est parfaitement indépendant,
n'a pas pour vocation d'intervenir dans la polémique
dirigée contre un parti. Mais nous sommes intéressés
par le fond du débat, et c'est cela seul qui compte
pour l'attribution du prix Lyssenko, étant observé
cependant que c'est ce contexte militant qui explique la dérive
lyssenkiste de Michèle Tribalat. Du reste, il n'y a
pas de symétrie à établir entre les deux
auteurs qui s'opposent : les écrits de Pierre Milloz
sont empreints d'une incontestable sérénité,
dont il ne s'est partiellement départi que pour répliquer
à son contradicteur, dans un ouvrage publié
en juin 1999 ; au contraire, comme nous le verrons, Michèle
Tribalat dresse un réquisitoire idéologique
et multiplie les attaques venimeuses.
L'objet du débat
Pierre Milloz a été
le premier et, jusqu'à présent, le seul, à
évaluer le coût de l'immigration étrangère
en France, en calculant la différence entre, d'une
part, les dépenses des services publics qui bénéficient
aux étrangers et, d'autre part, les impôts et
cotisations sociales qu'ils ont payés. "Les étrangers
installés en France prélèvent nécessairement
sur la communauté nationale bien davantage qu'ils ne
lui apportent, observe-t-il. D'une part, en effet, ils sont
en grand nombre (plusieurs millions, dont une minorité
d'actifs) et ils ont des revenus d'un faible niveau (il s'agit
d'une main d'uvre relativement peu qualifiée).
D'autre part, ils s'installent dans un pays dont le système
social se caractérise par une forte tendance à
la redistribution et qui les appelle, sans distinction de
nationalité, à bénéficier de ce
système."
L'auteur commence par corriger le nombre des étrangers
fourni par le recensement, qui est notoirement insuffisant.
On sait, en effet, que les enquêteurs sont mal reçus
dans les quartiers "difficiles" où vivent
beaucoup d'immigrés et que ceux-ci répugnent
souvent à se faire enregistrer. Dans son ouvrage de
1990, P. Milloz comparait les chiffres du dernier recensement
disponible, celui de mars 1982, qui donnait 3.680.000 étrangers,
à ceux du ministère de l'intérieur, qui
en trouvait 4.460.000 à la même date, et, en
exploitant des statistiques provenant d'autres sources ? enfants
scolarisés, bénéficiaires des allocations
familiales ?, il concluait que les chiffres du ministère
de l'intérieur étaient eux-mêmes inférieurs
à la réalité : il estimait à 4.750.000
le nombre des immigrés en situation régulière
en 1982, et à 5.000.000 en 1989. En y ajoutant 1.000.000
d'immigrés illégaux, encore appelés "clandestins"
, il arrivait à un total de 6.000.000 d'étrangers.
Pour son ouvrage de 1997, il ne disposait pas des statistiques
du ministère de l'intérieur, qui ne sont plus
publiées depuis 1991, mais les autres sources disponibles
lui ont permis de corriger à peu près dans les
mêmes proportions le dernier recensement connu à
l'époque, celui de mars 1990, qui ne trouvait que 3.600.000
étrangers : il évalue à 5.250.000 le
nombre des étrangers en situation régulière,
auxquels il faut ajouter, selon lui, quelque 1.500.000 clandestins
? dont, par définition, le nombre est très mal
connu ?, ce qui fait au total 6.750.000 personnes.
Pierre Milloz entreprend ensuite de déterminer
les flux financiers dirigés vers la population étrangère
et ceux qui en sont issus. Dans bien des cas, les organismes
publics ne donnent pas de statistiques ventilées selon
le critère de nationalité ; il est à
craindre que cette omission ne soit pas innocente, mais qu'elle
témoigne du souci de cacher la réalité
aux Français, sous le prétexte, sans doute,
de ne pas alimenter le "racisme". De ce fait, l'auteur
est obligé souvent de se livrer à des calculs
ingénieux, et nécessairement approximatifs,
pour suppléer au manque de données officielles.
Il calcule ainsi que la dépense publique effectuée
au bénéfice des étrangers s'élève
à 172,3 milliards pour l'Etat, 43,1 milliards pour
les collectivités locales, 154,5 milliards pour les
organismes sociaux et 3,3 milliards pour les entreprises (au
titre du logement social). Il faut en déduire 122,3
milliards d'impôts et de cotisations sociales payés
par les étrangers, ce qui fait un solde de 250,9 milliards.
Il y ajoute enfin le coût d'indemnisation des 950.000
Français qui sont au chômage à cause de
l'emploi des étrangers, soit 28 milliards . Le total
fait 278,9 milliards de francs, au titre de l'année
1995.
Il est choquant qu'une étude aussi importante,
indispensable à l'information démocratique de
nos concitoyens, ait été réalisée
par un individu isolé, alors que les services officiels
comme l'I.N.S.E.E. et l'I.N.E.D., qui disposent de moyens
infiniment supérieurs, auraient dû s'en charger.
Et il est carrément scandaleux que les organismes publics,
et notamment les caisses de Sécurité sociale,
qui publient toutes sortes de données, n'établissent
pas, ou du moins ne publient pas, de statistiques selon la
nationalité. Madame Tribalat elle-même, malgré
l'animosité qu'elle témoigne à Pierre
Milloz, est obligée de reconnaître que "l'administration
ne fait pas preuve d'une très grande transparence en
matière de flux d'entrées en France" .
Elle parle ailleurs de l'"opacité" des statistiques
.
Dans ces conditions, il est remarquable que Pierre
Milloz ait réussi à déterminer une évaluation
vraisemblable du coût de l'immigration, qui donne un
ordre de grandeur plausible. C'est un véritable tour
de force. Il a fait preuve, en la matière, d'un talent
qui force l'admiration.
Bien entendu, en raison de l'opacité des
statistiques, due à la rétention d'information
pratiquée par les administrations, les résultats
obtenus par Pierre Milloz ne peuvent qu'être qu'approximatifs.
En outre, il ne faut pas se méprendre sur
la portée de cette étude, ni en sous-estimer
les limites inévitables.
En premier lieu, Pierre Milloz s'en est tenu sagement
à la population de nationalité étrangère.
Or, il est évident que le coût de l'immigration
ainsi calculé disparaîtrait totalement si le
gouvernement décidait d'accorder la nationalité
française à tous les immigrés... Sans
aller jusque-là, on sait que la combinaison d'un droit
de la nationalité laxiste et d'une pratique démagogique
de la naturalisation a permis à des centaines de milliers
et peut-être à des millions d'étrangers
de devenir français sans s'être assimilés
à la communauté nationale . Il faudrait évaluer
aussi le coût de ces "Français de papier".
En second lieu, le calcul de P. Milloz est de
nature financière, il comptabilise des différences
entre des flux. Ce n'est pas un calcul économique de
l'effet de l'immigration sur l'économie française,
calcul qui paraît au demeurant hors de portée.
Nous avons les plus grands doutes sur les études économétriques
qui ont été effectuées sur le sujet,
compte tenu de l'incertitude des hypothèses, sans parler
d'un éventuel biais idéologique .
A cet égard, Pierre Milloz a eu tort, à
notre avis, d'ajouter le coût indirect du chômage
français causé par l'immigration à son
évaluation de 1997. Ce n'est pas que nous en contestions
la réalité ni le montant, mais il nous semble
que cette dépense n'est pas de même nature.
Enfin, il est étonnant que l'auteur conteste
le principe même de la surdélinquance étrangère.
Observant qu'il y a 31 % d'étrangers dans les prisons
françaises, il pense, suivant sur ce point le Haut
Conseil à l'intégration, que ce taux s'explique
en partie par le fait que les étrangers sont plus jeunes
et plus pauvres et, pour le reste, qu'il confirme que la proportion
des étrangers est très supérieure à
celle donnée par le recensement (6 % de la population).
En réalité, il serait miraculeux que deux populations
d'origine différente présentent exactement les
mêmes taux de délinquance, et il n'est aucunement
"raciste" de supposer qu'il y a des différences,
de ce point de vue, entre les immigrés et les autochtones,
surtout si l'on considère que le déracinement
est un facteur de délinquance.
Les critiques de Michèle Tribalat
Après avoir résumé
l'étude de Pierre Milloz, Michèle Tribalat présente
certaines objections d'ordre technique qu'il serait fastidieux
de reprendre dans le détail. P. Milloz lui a répliqué
de manière fort convaincante, dans son dernier ouvrage.
Il est d'ailleurs frappant que Michèle Tribalat se
soit contentée d'une discussion très partielle
des arguments de P. Milloz : elle a apparemment reculé
devant l'ampleur de la tâche.
L'essentiel des observations de notre lauréate
porte sur le nombre des étrangers. Elle prend la défense
du recensement, qui serait, d'après elle, entaché
d'une erreur de seulement 1 % (ce qui paraît bien optimiste),
sans toutefois oser dire nettement que le nombre des étrangers
est lui-même connu avec cette précision de 1
%. S'agissant des statistiques scolaires, elle croit pouvoir
redresser les calculs de P. Milloz en procédant à
une interpolation linéaire entre les effectifs de la
rentrée de septembre 1989 et ceux de la rentrée
de septembre 1990, pour retrouver les résultats du
recensement de mars 1990, majorés de 1 %. Celui-ci
n'a pas de mal à lui rétorquer que ce calcul
n'a aucun sens, puisqu'évidemment les effectifs varient
peu en cours d'année. De même, pour les statistiques
des caisses d'allocations familiales, P. Milloz montre que
son contradicteur n'a pas tenu compte de la réglementation.
Ainsi la prétendue réfutation de Madame Tribalat
est-elle à peu près anéantie.
En tout état de cause, on s'attendrait
à ce que notre lauréate substitue sa propre
estimation à celle de Pierre Milloz. Puisque sa contestation
ne porte pratiquement que sur le nombre des étrangers,
qui sont 3.600.000 selon le recensement, et 6.600.000 selon
P. Milloz, elle devrait trouver, au lieu de 280 milliards,
environ 150 milliards, résultat sommaire auquel on
parvient par une simple règle de trois. Mais elle refuse
de répondre à la question, en invoquant des
arguments fallacieux qui relèvent plus de l'idéologie
que de la science. Elle écrit là deux pages
essentielles pour le prix Lyssenko. Elle commence par affirmer
que "la question paraît mal posée car elle
donne lieu à un bilan comptable statique portant sur
une année" . Or, il ne lui était pas interdit
de compléter ce "bilan comptable statique"
par d'autres considérations, dont nous restons frustrés,
et l'on ne voit pas pourquoi le bilan comptable serait, pour
autant, dépourvu de signification. Ou alors, il faudrait
que les entreprises, et l'Etat lui-même, cessent de
produire des comptes annuels, pour complaire à Madame
Tribalat.
Le pire vient cependant ensuite, lorsque notre
lauréate ne craint pas d'affirmer : "La question
est sans objet parce que certains des étrangers deviennent
français." Ici, la logique de Madame Tribalat
nous échappe tout à fait, mais nous ne nous
autoriserons pas à parler à son propos de "logique
paranoïaque", comme elle le fait à propos
de Pierre Milloz . D'ailleurs, la question ne lui paraît
plus sans objet, quand elle dit, page suivante : "Il
faudrait faire l'hypothèse d'un "apartheid"
démographique pour espérer répondre,
sans grande complication, à la question du coût
de l'immigration." Le prétendu apartheid dont
elle parle repose sur le critère de nationalité,
ce qui n'a rien à voir avec la race. Ici, le procédé
lyssenkiste est patent, puisqu'il s'agit d'assimiler sa cible
à un adepte de l'apartheid de funeste mémoire.
Du reste, comme tout bon lyssenkiste, Michèle
Tribalat multiplie les attaques ad hominem, parlant de "naïveté",
de "mauvaise foi", et même de "logique
paranoïaque" . Dans son paragraphe de conclusion,
intitulé "Les "ficelles" de la méthode
Milloz", on a droit à un florilège proche
de l'hystérie : "cynisme", "mauvaise
foi patente", "parti pris", "ferveur idéologique",
"calcul malhonnête", "habillage statistique",
"opération de camouflage", "logique
paranoïaque" (bis) . Ces propos sont odieux. Rien,
absolument rien, ne les justifie dans les publications de
Pierre Milloz. Soulignons que cet auteur, ancien inspecteur
général de l'industrie, a été
couronné par l'Académie des sciences morales
et politiques - évidemment pour d'autres ouvrages.
Concluons que rien ne permet de remettre sérieusement
en cause les résultats obtenus par Pierre Milloz, dans
l'état actuel de la discussion. Si aucune administration
ne lui a jamais opposé un démenti chiffré,
c'est, selon toute apparence, que ce n'était pas faisable.
Michèle Tribalat annonce d'emblée,
dans son contre-rapport, qu'elle va "mettre en pièces"
l'étude de Pierre Milloz. Force est de constater qu'elle
n'y parvient pas. Son échec, cependant, ne suffirait
pas à lui valoir le prix Lyssenko, si elle n'avait
pas la prétention d'interdire que la question du coût
de l'immigration soit débattue.
Dans le 1984 d'Orwell, Big Brother a créé un
nouveau langage, la novlangue, dans laquelle il n'est pas
possible d'exprimer certaines idées. Cette fable est
le symbole du terrorisme intellectuel exercé par la
gauche, qui s'emploie à ce que certaines questions
ne puissent être posées, et notamment celle du
coût de l'immigration. Sur ce point, Madame Michèle
Tribalat a apporté une contribution exemplaire au monde
d'obscurantisme que l'idéologie dominante a réussi
à édifier.
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