14
janvier 2004
Elisabeth
Roudinesco,
prix
Lyssenko en 2003
pour
sa défense et illustration de la psychanalyse
« Vae
caecis ducentibus, vae caecis sequentibus !
[Malheur aux aveugles qui mènent !
Malheur aux aveugles qui suivent !] »
Saint Augustin.
« D'un
homme qui ne voit pas, quelle aide attendre ? »
Sophocle, Èdipe à Colonne.
Prendre la psychanalyse comme objet
de réflexion, c'est la saisir dans son histoire et dans ses prétentions. Or,
autant par son histoire que par le statut qu'elle revendique, son existence ne
résiste pas à la critique, l'objet se dissout au fur et à mesure qu'on
l'étudie, on le voit disparaître sous les yeux en temps réel. L'histoire de la
psychanalyse n'est que l'actualisation dans le temps de son essence profonde,
c'est-à-dire son rapport avec la vérité. Pour la psychanalyse, toute
proposition contraire à l'une de ses affirmations est de facto tenue pour vraie, par réintégration à la théorie au moyen
d'une construction conforme. Ressortissant à la mentalité prélogique, la
psychanalyse, comme la magie, n'échoue jamais, parce qu'elle montre que
l'opposition à ses assertions n'est qu'apparence et vérité de psychanalyse. La
véracité d'une proposition ne peut donc reposer que sur le principe d'autorité,
d'où l'interminable mouvement oscillatoire qui va du dépassement de Freud au
retour à lui. Historiquement, il s'en suit une logique de remises en question,
s'exprimant par des réactions critiques, des démontages divers, et, bien
évidemment, des révoltes internes, sanctionnées par les organes comme autant de
déviations hétérodoxes. Pour assurer l'existence de la psychanalyse, il faut
élaborer un mythe et, pour dissimuler cette construction, on est directement
conduit à la désinformation, donc à un procédure qui, pour être source de
réussites et de recrutements, prend la forme d'un mouvement totalitaire. Quant
aux agents du contenu, les croyants, ils sont d'essences diverses, car il y a
nombre de raisons d'appartenir à un système totalitaire. Aux deux extrêmes, on
trouve, d'une part, les manipulateurs conscients et, d'autre part, les esprits
égarés et lucides qui, partant d'une réflexion critique, débouchent sur une
sortie plus ou moins dramatique du système. Entre eux, se tient l'immense armée
des dupes, qui trouve, dans le psittacisme, la fin du doute, dans l'obéissance,
la paix de l'esprit, et, dans le statut social, la sécurité du cur,
autant que le pouvoir, toutes espèces de bénéfices dont Aldous
Huxley avait ignoré l'importance, quand il a proclamé que « l'abjecte patience de l'opprimé est peut-être le fait le plus
inexplicable de toute l'histoire humaine, comme il est aussi le plus important ».
Par contre, la pensée de Huxley prend malheureusement toute sa force quand on
passe aux esprits étrangers à l'art, mais possédés par la construction
culturelle de la psychanalyse et qui, saisis de crainte et de tremblement,
voient toutes formes de critique comme un irrespect scandaleux à l'égard de
l'idole. Mis en face des preuves, ils s'en écartent comme un dévot d'une
tentation diabolique. N'est-ce justement pas de cette terreur que vivent les
mythes ?
La psychanalyse, concept unitaire,
n'existe que comme une construction mythique forgée dans le dessein de
s'illusionner. Il s'agit d'un faux-semblant et l'unité sémantique permet à
chaque psychanalyste de croire que sa propre expérience, nécessairement
limitée, accède à une certaine universalité, lui offrant une légitimité
sociale.
Il est naturel de se poser la
question de savoir ce qu'est la psychanalyse, mais il est beaucoup plus
difficile d'y répondre. Définissons les éléments du débat en écartant trois
sophismes. Ce qui reste de psychanalystes engagés confond le développement de
la science mentale avec la critique de la psychanalyse. Les neurosciences se
moquent de savoir ce que pensent ou disent les psychanalystes, et c'est
évidemment les psychanalystes qui s'épouvantent de celle-ci. Leur deuxième
sophisme est de faire croire que les objections à la psychanalyse seraient
récentes et d'essence "scientiste", ce que ces mêmes auteurs semblent
ne plus ignorer, quand ils méprisent les critiques actuels, accusés de
reprendre de vieux arguments. À Vienne, des contemporains de Freud chargèrent
violemment sa construction et portèrent l'accusation de totalitarisme[1]. Il
s'agit, en l'occurrence, de Karl Kraus[2] et d'Egon Friedel[3]. En
1937, Kraus stigmatise l'association de « la
swastika et de l'entreprise sans valeur de la psychanalyse »[4]. En
1939, il voit dans Freud « un
collectiviste et un totalitaire »[5]. Or,
ces vieux arguments sont inquiétants, dans la mesure où ils n'ont jamais eu de
réponses, sinon celles de leur vétusté. Le troisième sophisme est d'affirmer
que la science psychanalytique n'est pas une science positive et que c'est la
raison de sa résistance à ses canons. Si la psychanalyse est en déclin, c'est
qu'elle n'a jamais pu prouver ses jugements, car ils défient la logique la plus
élémentaire. La science positive n'a nul besoin d'intervenir sur un objet déjà
intrinsèquement ruiné.
C'est pourquoi, quand nous écoutons
la porte-parole la plus bruyante sur le territoire français, Mme Élisabeth Roudinesco[6],
défendre ce qu'elle nomme la science
psychanalytique avec une grandeur de style, une fougue et des accents
guerriers qui évoquent les journées des barricades ou la rage de Louise Michel,
on peut se demander si l'on ne nous impose pas un champ clos pour se soustraire
à une confrontation authentique d'idées et nous enfermer dans les trois
sophismes qu'elle illustre avec un raffinement déconcertant.
Les positions de cette analyste sont
fort claires. La psychanalyse existe, elle est une science, ses effets sont
grandioses, puisqu'elle « témoigne d'une
avancée de la civilisation sur la barbarie », davantage encore, puisque
Freud est « l'inventeur d'une science de
la subjectivité qui va de pair avec l'instauration, dans les sociétés
occidentales, des notions de vie privée et de sujet du droit ». Décidément,
comme le disait Hippolyte Taine, le papier supporte tout. Pour Mme Roudinesco, on ne s'oppose à la psychanalyse que pour imposer
une cause étrangère, nécessairement scientifiquement pitoyable et à des fins
coupables, et non pour des raisons intrinsèques à la doctrine. D'emblée, elle
nous assure que, si la psychanalyse centenaire et aux « résultats cliniques incontestables » est violemment attaquée
aujourd'hui, c'est par « ceux qui
prétendent lui substituer des traitements chimiques jugés plus efficaces, parce
qu'il atteindraient les causes dites cérébrales des déchirements de l'âme
». Sa méthode simple est toujours la même : elle entasse, sans grande réflexion
sur l'histoire, des concepts provisoires, dont elle fait des absolus
doctrinaux, des théories, des hypothèses, des certitudes relatives, des
affirmations ponctuelles, les renvoyant toutes au développement des sciences actuelles
et, au sein de ce chaos d'idées confuses, elle fait surgir des conflits
ridicules, et par là même elle jette le discrédit sur ces produits de
substitution. Méthode qui a pour objet, par effet de contraste, de faire croire
que la psychanalyse ne doit pas sa perdition à l'arbitraire de ses propos et au
spectacle navrant de ses échecs. Disons-le simplement : si rien n'était capable
de remplacer la psychanalyse, elle n'en resterait pas moins un champ de ruines,
faute d'avoir respecté les règles élémentaires de la cohérence et de
l'intelligibilité. C'est la seule et vraie question.
Il s'en suit que, pour Mme Roudinesco, ceux qui s'opposent à la psychanalyse sont,
soit des révisionnistes, soit des barbares, irrationalistes. « Mais, à côté de cet obscurantisme, il existe
une autre forme d'invasion barbare, plus pernicieuse encore, parce qu'elle se
réclame de la rationalité, de l'objectivité. C'est celle de la science érigée
en religion, de la génétique divinisée, de l'homme-machine,
du neurone adulé, de la réduction du désir à une sécrétion chimique... En bref,
c'est le scientisme, délire de la science que j'ai déjà eu l'occasion de
dénoncer. » On voit le ton, on attendait la critique réfléchie, on a, au
mieux, une primarisation de la pensée scientifique avec les accents de Vychinsky. Sans doute, avec plus de savoir-faire, Lacan
avait une position de recul, utile à l'occasion, quand le maître abandonnait sa
mathématisation absurde : « La
psychanalyse n'est pas une science, c'est une pratique. » Quant à la valeur
civilisatrice de cette pratique, le divin sorcier était on ne peut plus clair.
En 1975, il déclare : « La chose terrible
est que l'analyse en elle-même est actuellement une plaie, je veux dire qu'elle
est elle-même un symptôme social, la dernière forme de démence sociale qui ait
été conçue. »[7]
Il n'est pas permis de douter de l'autorité de ces propos, puisque, si l'on en
croit Mme Roudinesco, ils provenaient d'un être « supérieur à tous les hommes de sa
génération, aussi bien par son génie théorique et clinique »[8].
Aujourd'hui, en ce XXIe siècle, entreprendre la défense de la
psychanalyse et comme science et comme thérapie efficace et enrôler, à cette
fin, tout l'argumentaire judiciaire traditionnel, y comprenant le rejet dans
l'enfer de l'obscurantisme de tous les critiques, sans le plus léger sourire
complice, ni un clin d'Éil dactylographique, avec une conviction sans conteste, un
escamotage systématique, une hauteur marmoréenne, mais aussi une naïveté d'une
divine qualité et une alimentation culturelle rapide, et croire utiliser cette
masse de béton redoutablement armée comme une preuve définitive, mérite, à Mme Roudinesco, sans aucune hésitation, le prix Lyssenko.
N'est-ce pas elle qui nous déclare, parlant de notre pays, que « jamais sans doute les faux savoirs et
l'irrationnel n'y ont été aussi puissants » ?
Nous nous
proposons de démonter cette désinformation à partir de la leçon de l'histoire
d'abord, ensuite par celle de la théorie et de la pratique psychanalytiques.
LA LEÇON DE L'HISTOIRE
Si, en effet, on jette un regard sur
un siècle d'histoire, on se trouve en présence d'une multitude hétérogène qui
se dissimule sous un seul nom, ce qui défie le premier principe de la logique,
le principe d'identité. Nous tirons tout simplement les conséquences d'un fait
reconnu par ceux mêmes qui revendiquent le titre de psychanalystes. « Les divergences entre les tendances,
écrit Mme Roudinesco, sont d'une importance capitale. » « Depuis la mort de Freud », affirme Alain de Mijolla
devant ses pairs de la Société psychanalytique de Paris, le 15 mai 2001, « personne ne peut plus parler au nom d'une
"Psychanalyse" dont il serait le seul garant ou le seul dépositaire. »
En effet, au cours du temps, la construction freudienne originelle a égrené
toute une série de rebelles, laissant derrière eux, chaque fois, nombres de
fidèles. Ce qui est étonnant, c'est la monotonie des événements, leur caractère
répétitif, car toute nouvelle rupture est suivie d'une condamnation par la cellule-mère, qui revendique l'orthodoxie, mais chaque
nouvelle crise ne nous permet jamais d'exercer un critère de vérité susceptible
d'apprécier le progrès de l'opération, qu'il s'agisse d'un critère théorique ou
thérapeutique.
Comme l'écrivit Wittels
de la rupture entre Freud et Jung, il s'agit d'une « lutte non édifiante pour la suprématie ». On courrait la poste à
poursuivre ces crises.
Du vivant de Freud, pour ne citer
que les plus connus, nous avons :
B Adler (1911),
dont l'oraison funèbre par Freud, qui l'avait appelé "un paranoïaque malicieux", mérite d'être rappelée : « Pour un garçon juif d'un faubourg viennois,
une mort à Aberdeen est une carrière inhabituelle en elle-même et une preuve de
son avancement. Le monde l'a généreusement récompensé pour le service qu'il lui
a rendu en s'opposant à la psychanalyse. »
B Stekel (1912),
proclamé « l'apôtre de Freud, qui était
son Christ », et qui, éliminé, vit en Freud « un vieil homme effrayé par ses disciples » et atteint « du complexe de la horde primitive »,
alors que le maître l'accusa de « perversité
sexuelle » ;
B Jung (1914),
taxé de ''brutal", et affecté de « condescendance
antisémitique » et de « stupidité
émotionnelle » ;
B O. Rank (1924),
qui résista à la psychanalyse de Freud destinée à éliminer son opposition
névrotique ;
B et, en 1932, Rado, puis Ferenczi.
Karen Horney, psychanalyste
d'origine berlinoise, rejeta en 1939 la théorie de la libido, le complexe d'Èdipe, et l'instinct
de mort, ce qui n'est pas rien[9]. Elle
garda son identité de psychanalyste et substitua, à l'envie du pénis que Freud
attribuait aux femmes, l'envie de l'utérus, qu'elle attribua aux hommes. Ces
amis de la veille expliquèrent sa révolte par l'envie du pénis d'une femme
castrée[10].
Ce type d'histoire réitérée, à elle
seule, suffirait pour jeter un doute sur la nature scientifique de ces
entreprises, mais également sur l'existence d'une entité dite "psychanalyse". Le psychanalyste
anglais Glover affirma, en 1955, après enquête
portant sur 24 psychanalystes appartenant à la très officielle Société Anglaise
de Psychanalyse, qu'il n'existait pas de technique standard. Une étude
américaine devait confirmer ces résultats. Dès lors, comment s'étonner que le
psychanalyste Oberndorf, qui avait fait un séjour sur
le divan de Freud, déclarât, en 1942, à l'occasion d'un schisme, que « les controverses nombreuses et violentes,
dans les groupes de psychanalystes... ainsi que les fréquentes tentatives pour
introduire de nouveaux systèmes » débouchaient « sur la déconfiture et sur l'incertitude de la théorie, de la méthode et
des résultats »[11] ? En
France, la situation, contrairement à certaines attitudes péremptoires, n'a
rien de singulier et il faut écouter encore Alain de Mijolla
: « Aujourd'hui C je vous rappelle
que le propos est de mai 2001 C la situation en
France est confuse, autant entre les différentes écoles qu'au sein de chacune
d'elles. » On comprend que ce fâcheux désordre porte déséquilibre à Mme Roudinesco, qui, dans un chapitre intitulé « Freud est mort en Amérique », décide de
faire un exemple et de courageusement tuer l'Amérique, pour en finir avec ses
mauvais psychanalystes. Elle commence par éviter, évidemment, d'analyser cette
évolution dans sa complexité psychosociologique, l'organisation particulière
des universités américaines, la nature des recherches en psychologie, les
relations traditionnelles entre la psychologie et la psychiatrie, faits déjà
perçus par Freud et l'une des explications de son malaise à l'égard des
États-Unis. À cette complexité, Mme Roudinesco
substitue une charge contre la « science
cognitive », qui, épousant étroitement la « mythologie cérébrale », serait responsable de la condamnation de
l'inconscient. Ce qui est faux, car substitution ne signifie pas nécessairement
condamnation. Dès lors, on va manipuler l'affectivité du lecteur, en jetant le
discrédit sur les idéaux, les méthodes de recherche, les préjugés des
Américains, ce qui aura pour effet d'induire un rejet de toute critique de la
psychanalyse et un repli immédiat sur l'Hexagone. Pour ce faire, il suffira
d'analyser un méchant livre sur l'idéologie raciste, de dauber sur une
théologie de l'épanouissement individuel, sur le pragmatisme des thérapeutes
américains, sur la prétention de mesurer l'énergie sexuelle, sur la
multiplication des statistiques, sur l'empirisme, sur l'instrumentalisation de
la psychanalyse au profit d'une « adaptation
de l'homme à une utopie du bonheur ». Bref, on occupe en force le terrain,
on discrédite des auteurs américains qui n'ont rien à voir avec la
psychanalyse, afin que, manipulant l'attitude émotionnelle du lecteur, il
finisse par croire que toutes les critiques de la psychanalyse se mesurent à
cette aune et qu'il convient de rechercher l'honnêteté, l'unité et le bon vieil
humanisme dans l'île-de-France.
Rappelons qu'on trouvera, dans ce coin de la planète, "La Société
Psychanalytique de Paris", "La Société Française de
psychanalyse", "L'Association
psychanalytique de France", "L'École
Freudienne de Paris", "Le IVe
Groupe ou L'Organisation Psychanalytique de Langue
Française", "L'École de la Cause Freudienne"
et il faudra décider entre les vivants et les morts. Mais Mme Roudinesco préfère parler aux Français du mal américain et
elle n'hésite pas à nous affirmer que, « malgré
tout, pourtant, la communauté psychanalytique française se porte bien ».
Vous avez compris que l'essentiel est ce « malgré
tout, pourtant », car, quand on lit plus loin, avec l'énumération, au fil
des phrases, des divisions, des conflits, des oppositions, que, « éparpillés en une vingtaine d'associations,
les anciens lacaniens sont désormais divisés sur la pratique et la formation
des analystes », et que ces sociétés sont « toutes affaiblies par les scissions, les conflits, la sclérose
institutionnelle », que « toutes ont
perdu leur prestige », on se dit que Mme Roudinesco,
dans cette débandade de farfelus farfadets, a découvert enfin la diversité du
vivant, mais au détriment de l'unité de l'espèce et que les scientistes n'ont
nul besoin d'intervenir après ce flamboyant fossoyage. Elle renonce elle-même à
dresser l'inventaire exhaustif des « trente-quatre
associations freudiennes, sans compter celles qui se créent chaque jour en
Province et à Paris et que nous n'avons pas pu répertorier ».
Un seul point, néanmoins, de franche
gaieté dans cette guerre picrocholine, c'est que, nous assure l'impitoyable
historienne, « la France n'a pas eu à
affronter la vague d'antifreudisme qui sévit aux
États-Unis ». On respirerait, si ce n'était là le résultat de cette
sclérose qui, selon Mme Roudinesco, caractérise les
écoles de psychanalyse et du rideau de défense plombée que ses amis et elle
tendent entre leurs lecteurs et la vérité, et dont le récent livre de Jacques Bénesteau a rendu compte avec talent. Si, c'est bien sûr,
nous allions oublier que Mme Roudinesco nous donne un
exemple de la liberté de pensée et de l'audace de la grande presse française
avec Science et Avenir de février
1997. Après nous avoir rappelé son titre alléchant : « La science contre Freud », Mme Roudinesco
ajoute aussitôt que « ce dossier comporte
essentiellement une longue interview
de Daniel Widlöcher, qui fait l'éloge de la
psychanalyse ». Nous sommes rassurés.
LA LEÇON DE LA THÉORIE ET DE LA PRATIQUE
Une des
prétentions les plus constantes de Freud est que la psychanalyse est une
science empirique. La psychanalyse est la science de « l'esprit inconscient »[12],
donc « une science naturelle »[13].
Sur cette dernière affirmation, arrêtons-nous un instant. Freud écrit : « La psychologie aussi est une science
naturelle. Que pourrait-elle être d'autre ? » Et il poursuit en arguant que
la psychanalyse traite des phénomènes inconscients, à l'instar de « tous les autres processus naturels à la
connaissance desquels nous sommes parvenus »[14].
Il convient d'être attentif à la date de ce dernier texte : 1938. Mme Roudinesco nous affirme[15]
que Freud aurait renoncé dès 1896 à « faire
de la psychanalyse une science naturelle », mais il aurait « abandonné ce projet tout en continuant à y
rêver ». Nous sera-t-il permis de demander qui rêve ? C ou qui tente de
nous faire croire que l'expression « science
naturelle » équivaut, pour Freud, à un modèle neurologique ? Tout cela
démontre simplement que Mme Roudinesco admet qu'on a
démontré que la psychanalyse ne peut être une science, au sens où Freud l'a cru
toute sa vie, donc qu'il convient d'habiller sur mesure les textes
embarrassants.
Freud a toujours présenté sa
construction théorique et son évolution comme dépendantes de son expérience. « En tant que thérapie, la psychanalyse est
une forme parmi d'autres, mais assurément prima inter pares. Si elle n'avait pas eu de valeur
thérapeutique, elle n'aurait pas été découverte à partir du matériel clinique
et n'aurait pas pu continuer son développement pendant plus de trente ans.
» (1933) Ce dernier texte a une importance qui ne doit pas échapper, puisque Freud
fait dépendre ses découvertes théoriques de ses succès thérapeutiques, ce qui
montre le conditionnement des premières par les secondes. Il va, dit-il, même
faire profiter la psychiatrie de sa construction : « La psychanalyse veut donner à la psychiatrie la base scientifique qui
lui manque. »[16]
D'abord, la construction de Freud ne
procède pas de la clinique, car sa source est dans l'imaginaire de son auteur,
ce qu'il nommait son autoanalyse. Ensuite, la clinique ne peut confirmer
l'hypothèse imaginée, car le fait clinique, sous sa forme originelle, est déjà
une confirmation. Enfin, l'organisation de cette construction ne procède, ni de
près ni de loin, à des opérations logiques. Sa structure est réglée par une
pensée pré-logique, de l'ordre de celle qui régit les
opérations de la magie.
LA PSYCHANALYSE N'EST PAS
INDUITE DE LA CLINIQUE
On affirme régulièrement que le
psychanalyste est à l'écoute. À l'écoute de qui ? On pense qu'il s'agit du
locuteur, absolument pas. Ici, ce n'est pas celui qui parle qui est écouté,
c'est le muet. Le psychanalyste est à l'écoute de ses propres convictions
fantasmatiques, au travers desquelles le discours de son patient prend son
sens.
Quand on cherche à savoir comment
Freud est arrivé à donner autant d'importance aux facteurs sexuels inconscients
dans la vie mentale, on met parfaitement en évidence son système de
construction.
La mise en scène du rôle déterminant
joué par la sexualité s'est faite en trois temps. D'abord, il a réduit
l'ensemble de la neurasthénie de Beard[17]
à la neurasthénie sexuelle, en attribuant la cause à la masturbation. Il traite
de la même façon la névrose d'angoisse, avec comme cause le coït interrompu.
Ces opérations se font par simple affirmation, sans aucune preuve, et, en
prétendant appliquer les postulats de Koch, Freud confond raison nécessaire et
raison suffisante[18].
Le 8 octobre 1895, Freud passe à la deuxième étape, impliquant la sexualité
dans le déterminisme de l'hystérie. C'est la théorie de la séduction, qu'il
développe en 1896 en trois articles[19],
où il affirme qu'il a découvert « la
source du Nil (caput Nili) de la neuropathologie ». Tous les
hystériques qu'il a soumis à l'analyse font état d'une séduction sexuelle subie
dans leur enfance, le plus souvent entre 3 et 4 ans, même plus tôt, à 1 an et
demi, ou 2 ans. Ces souvenirs ne sont pas livrés spontanément et, pour les
actualiser, il faut user « d'une très
forte contrainte » (durch den stärksten Zwang), qui se
heurte à « une forte résistance », et
« extraire morceaux par morceaux ».
Si la scène révélée par le patient ne correspond pas à ce qu'il attend, il lui
dit qu'il faut chercher dans un passé plus éloigné et il ajoute qu'il oriente
l'attention qui va du souvenir évoqué à celui qu'il recherche[20].
Il écarte néanmoins tout effet de suggestion. Mme Roudinesco
nous égare, quand elle nous dit que c'est « en
écoutant (sic) des femmes hystériques
de la fin du siècle lui confier de telles histoires » que Freud tomba dans
leurs pièges. Les trois articles présentent des contradictions surprenantes,
quand on prend garde aux différents paramètres. La même année, le traumatisme
sexuel est décrit, sur le même matériel, dans les 13 cas qu'il possède, comme
sévère, associé, sans exception, à une blessure sexuelle grave, dans certains
cas révoltante, et dû à un attentat brutal. Dans un autre article, sur les
mêmes cas, il est dit que, pour certains, le traumatisme a été subi avec
indifférence ou avec un malaise ou une peur de faible degré. Sur la
personnalité des séducteurs, on commence par impliquer 7 enfants pour 6
adultes, étrangers à la famille ; quatre mois plus tard, ce sont « malheureusement trop souvent des proches
parents adultes qui représentent la plupart des séducteurs », mais, en
1916, puis en 1925, il imputera de nouveau aux enfants la majorité des cas de
séduction. Mme Roudinesco affirme : « généralement un adulte ». C'est plus
simple, réducteur, et cela évite de réfléchir sur le respect par Freud du
principe d'identité. Dans une lettre à son ami Fliess du 21 septembre 1897, on
lit que, « dans tous les cas le père, en
n'excluant pas le mien, devait être accusé d'être pervers ». Le lecteur
français, ne pouvant utiliser qu'une édition caviardée de ces lettres à Fliess,
ignorera la référence au propre père de Freud. Il ignorera également l'explicitation
de cette référence, présente dans une autre lettre caviardée, du 8 février1897[21]
: « Le mal de tête hystérique, avec les
sensations de pression sur le sommet du crâne, les tempes, etc., est
caractéristique des scènes où la tête est tenue immobile aux fins d'actions
dans la bouche (de là le refus à l'exigence des photographes à maintenir la
tête sur un support). Malheureusement, mon propre père était un de ces pervers
et il est responsable de l'hystérie de mon frère (dont tous les symptômes sont
des identifications) et de celles de plusieurs de mes jeunes surs.
La fréquence de cette circonstance fait mon étonnement. » On devra attendre
1925[22]
pour que Freud admette publiquement le rôle qu'il avait fait jouer au père en
1896. Quoi qu'il en soit, il nous affirme qu'il a confirmé la séduction en
obtenant un succès thérapeutique « quand
les circonstances l'ont permis ». C'est seulement en 1914[23]
qu'il déclara ouvertement qu'il s'était trompé sur l'authenticité des récits de
séduction. Quand il expose le cas Dora, en 1905, il prétend confirmer ses
affirmations de 1895 et 1896, ce qui n'est pas exact. De façon plus juste, il
n'avoue pas qu'il a dupé ses lecteurs et disciples, pendant 17 ans très
exactement, puisqu'il savait, depuis 1897, qu'il était dans l'erreur. Ce
silence avait une raison profonde. Freud ne renonça jamais à la séduction,
c'est-à-dire à mettre sur le compte d'un événement réel un traumatisme sexuel.
Et l'homme aux loups a dû observer le coït parental a tergo, à une heure très précise. Mais,
en gardant le fantasme, il peut jouer de l'un ou de l'autre. Si la réalité
vient à démentir la construction, il suffira de passer au fantasme.
Dans une lettre du 21 septembre 1897
à Fliess, il proclame qu'il renonce à sa théorie, singulièrement parce qu'aucun
traitement n'avait été conduit à sa conclusion, par « l'absence de succès complet », par la possibilité « d'expliquer les succès partiels autrement et
de façon plus simple », et qu'il a été trompé, victime de sa naïveté, par
des récits imaginaires, alors qu'il avait rejeté cette possibilité. Mais il
n'admet pas que l'hypothèse qu'il avait exclue, sous prétexte de la richesse
des détails, était vraie, c'est-à-dire qu'il avait suggéré ces récits à ses
hystériques.
Dans son autobiographie, il
affirmera avoir compris le sens réel des récits de séduction. Il était tombé,
la première fois, sur le complexe d'Èdipe, méconnaissable
sous ce travestissement fantasmatique. Nous voici à la troisième étape, où nous
découvrons que le concept d'Èdipe n'est pas une
découverte clinique, mais la construction arbitraire à partir de ce qu'il
présente comme un souvenir d'enfance. Le fantasme du père pervers était le
garant de la séduction sexuelle, la mère nue était celle du rêve d'Èdipe. Il reconstruit un événement qui aurait dû se produire, alors qu'à 2 ans
et demi il fit un voyage avec sa mère de Leipzig à Vienne[24],
c'est-à-dire avoir vu sa mère nue. Douze jours après, le 15 octobre, la
construction est accomplie : « J'ai
découvert en moi, aussi, un amour porté à ma mère et de la jalousie envers mon
père. Je considère, à présent, qu'il s'agit d'un événement universel, au cours
de la petite enfance. » On notera, le "aussi", que la traduction française rend par "partout ailleurs", et "événement universel". Mme Roudinesco entonne le péan en mettant l'Èdipe au centre de l'humanité, car « il
est universel, puisqu'il exprime les deux grands interdits fondateurs de toutes
sociétés humaines ». D'abord, il ne les exprime que si on les explique par
lui ; ensuite, la qualification d'inceste a une portée plus vaste que les
relations visées par l'Èdipe, enfin, il est loin d'être universel sous cette forme.
Cette admiratrice fervente de Totem et
Tabou s'arrange avec la fondation de la société en fabriquant une
anthropologie ad hoc.
Tout ceci nous montre qu'il est faux
d'affirmer, comme le fait Mme Roudinesco, que « Freud a modifié sa théorie de la sexualité
en fonction de son expérience clinique, auprès des femmes en particulier ».
De cette affirmation, nous n'avons aucune preuve, mais impliquer l'expérience
de Freud en matière de femmes a, on l'aura compris, un sens tout à fait
singulier et amorce les couplets à venir, destinés à rallier les lectrices à la
cause. Âgé de 44 ans, il analyse Dora, qu'il diagnostique comme hystérique,
parce qu'à 14 ans elle n'a pas ressenti de plaisir sexuel quand un homme adulte
brutalement l'a embrassé sur la bouche. Son expérience clinique ne le fera pas
revenir sur cette certitude. S'agit-il de l'expérience acquise grâce à
l'analyse de sa propre fille ? De toute façon, Freud nous alerte, il est
outrecuidant de vouloir le contredire en cette matière. Dans une note,
justement, d'un article sur la "sexualité
féminine", en 1931, il prévient les critiques qui tenteraient de
s'opposer à sa théorie, en le psychanalysant. En effet, il vient d'affirmer que
la femme, dans son évolution, doit renoncer au phallus atrophié que représente
le clitoris, pour admettre le vagin. Il prévient, à l'avance, les
psychanalystes, féministes ou femmes, qu'il n'admettra pas qu'on lui reproche
de justifier par une telle théorie son « complexe
de masculinité », visant à dominer et à réduire les femmes. Car « cette espèce d'argument psychanalytique nous
rappelle ici, comme il le fait souvent, le fameux argument de Dostoïevski de
l'arme à double tranchant. Les opposants, de leur côté, penseront qu'il est
tout à fait compréhensible que les membres du sexe féminin puissent refuser une
notion qui semble contredire une égalité si ardemment convoitée avec les
hommes. L'utilisation de l'analyse comme arme de controverse manifestement
n'aboutit à aucune décision. »[25]
Freud se défend comme un individu bien mal analysé et, quand on lui retourne
ses propres arguments, il siffle la fin de la partie.
LE FAIT EST DÉDUIT
On a dit que le psychanalyste n'observe
pas un fait, il l'interprète. C'est davantage encore. Le fait interprété dans
le discours ou l'apparence physique, c'est-à-dire son sens, est un fait déduit
des théories freudiennes. C'est l'inverse d'une opération logique. Ici, la
déduction précède l'observation d'un fait qui aurait pu induire l'hypothèse, le
fait est littéralement engendré par l'idée. Cette étrange façon d'opérer, tant
qu'on ne l'a pas saisie, conduit à s'interroger sur le fonctionnement de la
pensée de Freud. On trouve, en effet, Freud face à un fait qui est contraire à
ce qu'il affirme ; mais il persiste dans son interprétation et poursuit, comme
s'il n'avait rien vu[26].
L'observation directe n'existe pas. En 1910, Freud affirme qu'il est « heureux de constater que l'observation directe
n'a fait que confirmer les conclusions auxquelles avait abouti la psychanalyse,
ce qui est un témoignage probant de la légitimité de cette méthode
d'investigation ». Mais, dix ans après, dans la préface de la quatrième
édition du même ouvrage[27],
il précise ce qu'il entend par "observation
directe" et développe sa pensée : « Personne, à l'exception des médecins qui exercent la psychanalyse, n'a
en vérité accès à ce domaine... si l'espèce humaine avait été capable
d'apprendre à partir de l'observation directe des enfants, ces trois essais
n'auraient jamais été écrits. » Comme l'affirmait, avec admiration, Fritz Wittels pour l'analyse du petit Hans : « Freud était arrivé à ses conclusions avant
d'avoir analysé le petit garçon. »[28]
Freud énonce clairement sa méthode : « Au
cours d'une psychanalyse, le médecin donne toujours au malade, dans une mesure
plus ou moins grande selon les cas, les représentations conscientes anticipées
à l'aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir ce qui est
inconscient »[29].
Dans un envoi à Fliess de 1893[30],
il précise sa règle : « Décris, par
anticipation, le résultat tel qu'il est vraiment. » Contrairement à la
méthode de Sherlock Holmes, qu'il revendique comme sienne, Freud ne cherche pas
les faits, sa pensée les a créés. La construction, en psychanalyse, est celle
d'un policier malhonnête qui dissimule les pièces à conviction dans le domicile
du suspect. Dans cette analyse si singulière du "petit Hans", Freud
énonce clairement sa méthode : « Au cours
d'une psychanalyse, le médecin donne toujours au malade, dans une mesure plus
ou moins grande selon les cas, les représentations conscientes anticipées à
l'aide desquelles il sera à même de reconnaître et de saisir ce qui est
inconscient. » Comme le dit Hannah Arendt[31],
« les chefs d'un parti totalitaire vont
plier la réalité à leurs mensonges... la propagande se distingue par un mépris
radical pour les faits... les faits dépendent entièrement du pouvoir de celui
qui peut les fabriquer. »
On a pu s'étonner que, face à l'évidence,
il l'ait niée. Dans son étude sur Léonard de Vinci, il savait que l'oiseau dont
il était question était un milan, et non un vautour, mais même si Léonard écrit
"milan", cela n'a aucune
importance, parce que Freud sait que Léonard pensait au vautour. C'est sans
doute ce que Mme Roudinesco veut dire, quand elle
proclame que la psychanalyse « restaure
l'idée que l'homme est libre de sa parole ».
En réponse à Jung, qui envisageait
d'exploiter la mythologie, Freud donna son accord, mais à la condition préalable
de la soumettre à l'interprétation psychanalytique. « Ève serait la mère dont naît Adam et nous nous retrouverions devant
l'inceste maternel qui nous est familier. »[32]
Voici donc le fait d'arrivée devenu le fait de départ, ce qui confirme le
complexe d'Èdipe.
Par exemple, que se passe t-il au
début du traitement ?[33]
« De même que les premières résistances,
les premiers symptômes, les premiers actes fortuits des patients peuvent
susciter un intérêt particulier, parce qu'ils trahissent les complexes régissant
la névrose. Lors de la première séance, un jeune et spirituel philosophe aux
goûts artistiques exquis se hâte d'arranger le pli de son pantalon. Je
constatai que ce jeune homme était un coprophile des plus raffinés, comme il
fallait s'y attendre dans le cas de ce futur esthète. Une jeune fille, en
s'allongeant, se dépêche de recouvrir de sa jupe ses chevilles visibles,
révélant ainsi ce que l'analyse ne tarde pas à découvrir ; ses tendances
exhibitionnistes et la fierté narcissique que lui inspire sa beauté corporelle.
»[34]
D'emblée, l'interprétation est faite
et engendre le symptôme. Comme devait l'affirmer une de ses disciples : « Une attaque de diarrhée, au commencement
d'une analyse, annonce le sujet important de l'argent. »[35]
LA MENTALITÉ PRÉLOGIQUE
La psychanalyse est un système de
pensée magique, qui suit sa logique impeccablement. La magie a cette
singularité de ne jamais échouer, puisque l'échec est récupéré comme conforme à
sa vérité. Selon Marcel Mauss : « La foi
dans la magie précède nécessairement l'expérience... la magie a une telle
autorité qu'en principe l'expérience contraire n'ébranle pas la croyance. Elle
est, en réalité, soustraite à tout contrôle. Même les faits défavorables
tournent en sa faveur, car on pense
toujours qu'ils sont l'effet d'une contre-magie,
de fautes rituelles et, en général, de ce que les conditions nécessaires des
pratiques n'ont pas été réalisées. »[36]
Dans L'Interprétation des Rêves, il est
affirmé que le rêve est l'expression d'un désir ; si l'on tombe sur un rêve qui
échappe à ce principe, il est aussitôt récupéré comme le désir de s'opposer à
la théorie. Dans le même ouvrage, Freud met en avant "le renversement" (Verkehung), propre en effet à la pensée primitive[37].
De cette façon, une pensée peut se prendre telle qu'elle est, ou bien comme son
opposé. Les névroses de guerre semblaient offrir un contre-exemple
"triomphalement" accusateur, où la névrose était libre de tout
déterminisme sexuel. Freud montre que ce n'est pas un problème et que cette "contestation a été réduite à néant",
même s'il reconnaît, juste en passant, qu'aucune analyse de ces cas n'existe.
La menace à l'instinct d'auto-conservation est, en
réalité, une menace à l'ego, dont on connaît l'investissement libidinal depuis
son analyse du narcissisme. Donc, l'instinct de conservation étant de nature
libidinale, l'origine sexuelle des névroses de guerre est une évidence[38].
Par ailleurs, il affirmera que tout ce qui affaiblit l'ego conduit à une
augmentation de la libido[39].
L'ego, telle la chauve-souris à double nature du dicton, a une face libidinale
ou non libidinale, selon les besoins.
L'utilisation qui est faite du
symbolisme obéit à la même logique, puisque, par essence, il est étranger à la
rigueur et voudrait que la cause ressemblât à l'effet. Freud a consacré le
chapitre X de L'Introduction
à la Psychanalyse à l'étude du symbolisme dans le rêve. Il nous dit que,
lorsque la libre association "se
trouve en défaut", sans doute quand elle ne convient pas à la théorie,
on peut y suppléer par la symbolique. C'est alors qu'on a "l'impression d'obtenir un sens satisfaisant".
Tout objet peut être considéré comme un symbole sexuel, il suffit de le prendre
dans le bon sens ; essayez, c'est facile. Voyez ce passage étonnant de Bouvard
et Pécuchet (chap. 4), de Gustave Flaubert (mort en 1880) : « Anciennement, les tours, les pyramides, les
cierges, les bornes des routes et même les arbres avaient la signification de
phallus C et, pour Bouvard et Pécuchet, tout devint phallus. Ils
recueillirent des palonniers de voiture, des jambes de fauteuil, des verrous de
cave, des pilons de pharmaciens. Quand on venait les voir, ils demandaient :
"A quoi trouvez-vous que cela ressemble ?" Puis confiaient le mystère C et, si l'on se récriait, ils
levaient, de pitié, les épaules. »
La pierre de touche pour découvrir
la nature profonde de l'Éuvre freudienne se
trouve dans sa réaction à l'égard de ses opposants. Il est inutile d'aller plus
loin, quand on entend Freud superbement proclamer : « La psychanalyse est comme le Dieu de l'Ancien Testament, elle ne peut
tolérer qu'il y ait d'autres dieux. »[40]
Discipline reine, dira Mme Roudinesco de la
psychanalyse.
Le premier opposant à Freud fut son
propre ami Wilhelm Fliess. C'est lui qui prit le
risque de la rupture, en allant au cÉur du problème : « Le lecteur de pensées, lui écrivit
Fliess, lit simplement ses propres
pensées dans celles des autres. »[41]
Selon la méthode qui lui sera habituelle, Freud rétorqua aussitôt que le refus
d'une interprétation ne tient pas à sa valeur intrinsèque, mais aux intentions
du dénégateur : « Si, dès qu'une de mes
interprétations vous gêne, vous vous empressez d'affirmer que "le
lecteur de pensées" ne perçoit chez
les autres que ce qu'il projette de ses propres pensées, vous cessez d'être mon
public et vous ne devez accorder à ma méthode de travail pas plus de valeur que
lui en accordent les autres. »[42]
Il importe d'avoir à l'esprit que
cette critique, provenant d'un ami, d'un confident et d'un inspirateur de
Freud, n'est que la première d'un longue suite, qui nous autorise à préciser
que la remise en cause des idées de Freud est venue principalement des
psychanalystes eux-mêmes. Malcom Macmillan, qui a au
mieux recensé l'ensemble de ces critiques, affirme : « Il est tout simplement ignoré, dans les milieux extérieurs à la
psychanalyse, qu'aucune des idées de Freud, bien que centrale à ses
perspectives théoriques, n'a échappé aux attaques, venant, pour la plupart, de
psychanalystes. »[43]
Or, à l'égard de toute critique,
l'attitude de Freud n'a jamais varié. Elle consistait d'abord à substituer au
contenu de la critique la personne même qui la profère, puis à la placer dans
des catégories infamantes, où l'insulte s'associe très vite à la stigmatisation
par la maladie mentale. Dirons-nous qu'il s'agit de pratiques barbares ?
Combien il est doux d'entendre Mme Roudinesco,
appuyée sur des documents mal interprétés, pourfendre « ces discours scientistes qui nourrissent les pires excès d'une
normalisation de la pensée ». Une opposition se verra traitée, non comme un
énoncé fondé sur un contenu logique, demandant une argumentation, mais comme
une attaque vulgaire exigeant une défense dans un rapport relationnel
procédural avec l'opposant. Comment ne pas citer la réponse de Blaise Pascal à
ce père jésuite qui s'appelait Noël : « Quand
nous citons les auteurs, nous citons leurs démonstrations, et non pas leurs
noms » ? Par contre, nous notifie Freud : « La plupart de ce qui est opposé à la psychanalyse, même dans les
travaux scientifiques, vient d'une information insuffisante, qui semble, à son
tour, fondée sur des résistances affectives. »[44]
Ou encore, avec plus de détails : « Les
hommes en général se comportaient à l'égard de la psychanalyse précisément de
la même façon que les névrosés en cours de traitement pour leurs troubles... La
situation était à la fois alarmante et réconfortante. Alarmante, parce que ce
n'était pas un mince affaire que d'avoir tout le genre humain comme patient, et
réconfortante, parce tout se réalisait, après tout, comme les prémisses
établies par la psychanalyse l'avaient prévu. »[45]
Mme Roudinesco
nous offre deux exemples de la méthode. Elle s'en prend violemment à Grünbaum, en des termes destinés à le disqualifier : « antifreudien
fanatique... attitude la plus représentative de la croisade scientiste
d'aujourd'hui... s'en prenant furieusement à un discours philosophique. »
L'ouvrage épistémologique de Grünbaüm[46]
eut, aux États-Unis, un retentissement considérable, justement par son
argumentaire[47].
Tout critique sérieux a lu le compte rendu du grand débat qui occupe les pages
217 à 284 du journal The behavioral and brain science de 1986, 9,
2, où les intervenants ont pu partager ou critiquer ses positions. Grünbaum posa le problème central de la fiabilité de la
clinique en psychanalyse. Il montra que les faits cliniques sont biaisés par la
suggestion, alors que la psychanalyse est fondée sur l'acceptation par le sujet
de l'interprétation qu'on lui fait. C'est l'argument d'adéquation, ou "tally argument", énoncé par Freud au
chapitre XXVIII de L'Introduction
à la Psychanalyse, où il nous dit de l'analysé que « ses conflits seront heureusement résolus et ses résistances surmontées
seulement si les idées qu'on a anticipées et qu'on lui donne coïncident avec sa
réalité intérieure ». Sur ce point, Mme Roudinesco
garde un silence prudent. Par contre, à aucun moment Grünbaum
n'a parlé de l'abandon de la théorie neuronale par Freud ni par les 80 % de
sujets qui reconnaissent avoir tiré profit d'une psychothérapie quelconque,
deux sentiments que Mme Roudinesco lui imagine en
toute simplicité, pour pouvoir l'accuser de scientisme. Si Grünbaum
s'en prend aux philosophes qui excluent la psychanalyse du corps des sciences,
c'est justement qu'il reproche à Popper de l'avoir tenue comme non falsifiable
et d'avoir conduit certains interprètes, dont des psychanalystes, et non, comme
le prétend Mme Roudinesco, des scientistes, à en
faire, soit une herméneutique, soit une science narrative[48].
Grünbaum estime que la falsification de la
psychanalyse peut se faire, mais par d'autre voies que la clinique. Cette
réflexion sur la suggestion a hanté Freud toute sa longue vie, à juste titre,
jusqu'à écrire : « Rien n'a pu jusqu'ici
remplacer l'hypnose »[49]
et ce, en 1937, alors qu'il avait 80 ans.
C'est sans conteste dans sa
tentative de réplique au passage sur Lacan, dans le livre fameux de Alan Sokal et Jean Bricmont[50],
que Mme Roudinesco est au mieux de son art. Elle
récuse d'emblée les deux critiques, parce qu'ils s'appuieraient sur de
mauvaises leçons des textes, ce qu'elle ne prouve évidemment pas. D'abord, une
conférence de 1966 est qualifiée de « discours
d'un orateur anxieux parlant alternativement en français et en
"anglais" ». Mme Roudinesco met anglais entre guillemets, parce que
Lacan ne parlait pas l'anglais. Le texte ne serait qu'« une paraphrase ». Mais, si elle interdit à d'autres toute
utilisation de ce morceau, elle ne s'en prive pas, quand il s'agit des "belles réflexions" de Lacan qu'elle
puise à la même source, qui devient alors potable. Quant à un texte de 1977,
fort court, Sokal et Bricmont
sont à nouveau disqualifiés, sous prétexte qu'ils le retraduisent en français à
partir d'une traduction anglaise. Toute cette machinerie, afin de passer sous
silence leurs analyses supportées par des textes de 1975, 1971, 1970, 1973, de
Lacan. Hélas ! il y a bien d'autres textes qui prouvent que Lacan, n'ayant rien
compris aux concepts mathématiques dont il se recommande, les incruste dans un
discours totalement dépourvu de sens. Lacan ne fait pas la différence entre un
nombre irrationnel et un nombre imaginaire, il ignore ce qu'est un ensemble
ouvert, une limite, "ses calculs
sont de la pure fantaisie" et il confond proposition et fonction. On
comprend la fureur désespérée des adorateurs, soudain mis en présence de Sa
Majesté dans l'appareil d'un inélégant déshabillé. Face à cette insupportable
désespérance, il ne reste plus qu'à se réfugier, comme le fait Mme Roudinesco, dans une cécité de convenance, pour tomber tête
en avant dans la grande illusion comique où « les deux savants (sic)
fabriquent un jargon aussi incompréhensible que celui qu'ils fustigent ».
Soit, le silence qui suit la musique de Mozart, disait Sacha Guitry, est encore
de lui.
La rhétorique freudienne va
retourner toute opposition extérieure en opposition interprétable dans le cadre
du système. Dès lors, toute mise en question sera la vérification du système,
puisque la proposition adverse sera traitée comme l'opposition d'un adversaire,
qui sera discrédité comme affecté d'incompétence mentale.
"Nous traitons nos adversaires comme des malades." Ce qui
signifie deux choses. D'abord, que tout énoncé théorique est intégré à la
relation avec l'analyste. Mais, ensuite et par là même, que la proposition est
intégrée au système totalitaire, où une opposition à l'analyste est totalement
exclue, puisque parfaitement conforme au système. Être en accord ou être en
désaccord est parfaitement compatible avec le système. En effet, toute
opposition dans ce système est, par essence, une résistance à l'interprétation
de l'analyste. C'est un bonheur de constater que Mme Roudinesco
préserve la tradition, quand elle nous annonce que « l'antifreudisme le plus violent, de Grünbaum à Swales, est aussi un
produit du freudisme ». Le totalitarisme renferme l'homme tout entier et ne
laisse rien en dehors de lui-même. « Les
mouvements totalitaires », nous assure Hannah Arendt, « posèrent leur supériorité, dans la mesure où
ils étaient porteurs d'une Weltanschauung qui leur permettait de pendre possession de l'homme dans sa totalité
»[51].
En cherchant à définir la singularité du jacobinisme, Hippolyte Taine le
compare aux despotismes de l'histoire et il trouve que ce qui le caractérise,
c'est qu'il ne laisse rien à l'homme, en dehors de ce qu'il lui impose : « ne rien laisser en lui qui ne soit prescrit,
conduit et contraint »[52].
Un tel mécanisme, comme on l'a vu
dans le cours de l'histoire, caractérise à ce point le mouvement totalitaire
que le piège se referme naturellement sur l'accusateur, qui devient accusé,
s'accusant à son tour pour rester dans le système. Fouquier-Tinville, après
avoir assisté à la séance de la Convention qui le met en accusation, va
directement à la Conciergerie se faire enfermer. Avant de recevoir le même
destin que celui qu'il avait forgé à tant d'autres, il écrit qu'il n'avait été
qu'« un rouage mobile et soumis à
l'action du ressort de la mécanique du gouvernement révolutionnaire ». La
fin de la correspondance entre Freud et Jung témoigne dramatiquement de cet
enthousiasme, où l'un et l'autre se poursuivent en s'accusant d'anomalie
mentale.
CONCLUSION
On pourrait croire notre tâche
achevée, mais reste un sentiment d'insatisfaction. Il n'a pas échappé, à ceux
qui ont de bonnes lectures, l'importance des propos tenus à Bruxelles, par
Jacques Lacan, le 26 février 1977, et soigneusement rapportés au moment de sa
mort, en 1981, par Le Nouvel Observateur
: « Notre pratique est une escroquerie,
bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué,
c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué... Du point de vue
éthique, c'est intenable, notre profession ; c'est bien d'ailleurs pour ça que
j'en suis malade... Il s'agit de savoir si Freud est, oui ou non, un événement
historique. Je crois qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps,
tout le monde s'en foutra, de la psychanalyse. »[53]
Difficile pour les admirateurs d'invoquer l'intoxication occasionnelle ou la
déficience de la circulation cérébrale, ce serait agir en ignoble scientiste et
mettre l'esprit sous l'effroyable domination du cortex d'un homme qui avait,
cette même année, "réduit la durée
de la séance à quelques minutes". Il conviendrait plutôt de saluer un
artiste de la double manipulation et qui ne peut quitter la scène, comme le
fera, plus tard, un président de la république, sans dévoiler ses trucs et
jouer sa dernière piperie, face à ses victimes affligées. Pour réutiliser la
forte phrase de Mme Roudinesco : « Telle fut donc la peste apportées par Lacan
aux... » lacaniens. Nous pouvons encore bénéficier de cette leçon.
Il avait été envisagé par des
agnostiques, à moins qu'il ne s'agisse de quelques obscurs jansénistes, que
ceux qui faisaient la promotion de chair à grand fracas, le vendredi saint,
étaient en réalité des agents des jésuites exécutant Éuvre pie en éloignant de la libre pensée tout esprit raffiné, agacé par de
telles momeries. Mme Élisabeth Roudinesco ne
serait-elle pas, dans ses écrits, l'agent mal masqué de l'immense armée de l'antifreudisme ? La qualité de ses démonstrations,
l'indigence de ses accusations, ses erreurs maladroites, sa cécité psychique
sélective qui lui permet de voir ce qui n'est pas et de ne pas voir ce qui est,
engendrent des doutes.
Si cela était bien le cas, Mme
Élisabeth Roudinesco mériterait à double titre le
prix Lyssenko : son Éuvre serait alors assimilable à ces terribles nombres
complexes, avec leur partie réelle, qui hantaient les nuits du docteur Jacques
Lacan et qu'il persistait à appeler imaginaires, en les emmêlant à ses
effrayants nuds
d'exorcistes de sa topologie.
Jacques
Corraze
professeur
des universités (H)
[1] Sur cette
question, voir T. Szasz, Anti-Freud,
Syracuse University Press, 1990.
[2] Très connu comme journaliste satirique (Die Fackel, Le Flambeau), Karl Kraus
(1874-1936) est un écrivain prolixe, aussi acharné contre la psychiatrie que
contre la psychanalyse.
[3] Né Friedman, de parents juifs, Egon Friedel
(1873-1938) se convertit au christianisme et se suicida lors de l'entrée des
Allemands en Autriche.
[4] Cit. in Szasz, p. 30.
[5]
[6] E. Roudinesco, Pourquoi la psychanalyse ?, Fayard, 1999.
[7]
[8] E. Roudinesco, Jacques Lacan. Esquisse d'une
vie, histoire d'un système de pensée, Fayard, 1993, p. 271.
[9] In New ways in psychoanalysis.
[10] In Nathan G. Hale, The Rise
and Crisis of Psychoanalysis in the United States, 1917-1985,
[11] Cité par Hale, ibid., p. 305.
[12] Psychanalyse, 1922, in Collected Papers, V, Hogarth Press, p. 128.
[13] Leçons
élémentaires sur la psychanalyse, 1938, in Collected Papers, V,
p. 378.
[14] Id., p.
379.
[15] Pourquoi
la psychanalyse ?, Fayard, 1999, p.108.
[16] Introduction
à la psychanalyse, p. 31.
[17] Ce processus a été analysé par Malcom Macmillan, Freud evaluated. The completed arc, North-Holland, 1991.
[18] In Macmillan, op. cit., p. 138.
[19] Nouvelles
remarques sur les psychonévroses de défense, 1896a ; L'hérédité et l'étiologie des névroses,
1896b ; L'étiologie de l'hystérie,
1896c.
[20] 1896c.
[21] Trad. Masson, The complete letters of Sigmund Freud to Wilhelm Fliess, 1887-1904, The Belknap Press of Harvard University Press, 1985, 230-231.
[22] In 1925, Selbstdarstellung
(Autobiographie).
[23] Contribution
à l'histoire du mouvement psychanalytique, 1914.
[24] "Ma
libido envers ma mère (matrem) fut
éveillée à l'occasion d'un voyage, avec elle, de Leipzig à Vienne, durant
lequel nous avons dû passer une nuit ensemble et où il dut y avoir
l'opportunité de la voir nue (nudam)."
(3 octobre 1897) La traduction française dit "sans doute."
[25] 1931, Sur
la sexualité féminine, Collected
Papers, V, p. 258 (trad. fr. in La vie sexuelle, PUF, 1969, note pp.
143-144).
[26] C'est ce qui s'est passé pour son utilisation
de la cocaïne (sur ce point, comme sur d'autres, on se reportera au livre de J.
Bénesteau, Mensonges Freudiens,
Mardaga, 2002).
[27] Trois
essais sur la théorie de la sexualité, préface 1920.
[28] Cité in
Bénesteau, op. cit., p. 270.
[29] Cinq
psychanalyses, trad. fr., p. 167.
[30] Manuscrit C, trad. fr., in Naissance de la
psychanalyse, PUF, p. 68.
[31] H. Arendt, Le
système totalitaire, Fayard, 1982, p. 70.
[32] Lettre à Jung, 17 décembre 1911, in Freud S. et Jung C. G._ Correspondance,
1906-1914, trad. fr., Gallimard, p. 594.
[33] Freud 1913, Weitere Ratschläge zur Technik der Pychoanalyse: zur Einleitung der Behandlung, in S. Freud, Gesammelte Werke chronologische geordnet, Frankfurt, Fischer, & London, Imago, 1940-1975, vol. VIII, pp. 454-478.
[34] 1913, Le
début du traitement ; trad. fr. in
La technique psychanalytique, PUF, p.
98.
[35] Ruth Mack Brunswick (cit. in E. Dolnick, Madness on the Couch: Blaming the Victim in the Heyday of Psychoanalysis, Simon & Schuster, 1998, pp. 255-256).
[36] M. Mauss, "Esquisse d'une théorie
générale de la magie", in Sociologie et Anthropologie, PUF, 1960,
pp. 85-86. Frank Cioffi a admirablement analysé ce mode de réflexion : F.
Cioffi, Freud and the Question of
Pseudoscience, Open Court, 1998.
[37] "Dans
l'analyse préscientifique, les agents curatifs peuvent ressembler, soit aux
propriétés de la maladie, soit aux propriétés opposées" (Nisbett et
Ross, Human inferences ; Strategies and
shortcomings of social judgment, Prentice-Hall, 1980, p. 116). Dès lors,
l'interprétation pourra se satisfaire de l'un ou de l'autre et passer d'un
jugement à son contraire : "On ne
sait jamais à l'avance, s'il faut admettre l'un ou l'autre, le contexte seul en
décide." (Freud, Interprétation
des Rêves, p. 401)
[38] Freud, Inhibition,
symptôme et angoisse, 1926.
[39] Freud, Introduction à la psychanalyse, ch. XXIV.
[40] Theodor Reik, 1956, cit. in Bénesteau, p. 292.
[41] Citation de Fliess par Freud, lettre à Fliess
du 7 août1901 (éd. Masson, p. 447).
[42] Lettre à Fliess du 19 septembre 1901, éd.
Masson, p. 450.
[43] M. Macmillan, p. 603.
[44] Collected Papers, V, p. 127.
[45] Freud, Les
résistances à la psychanalyse, 1925.
[46] Adolf Grünbaum, The
Foundations of Psychoanalysis; a philosophical critique,
[47] L'ouvrage en langue française d'une grand
pertinence sur la nature de la psychanalyse : J. van Rillaer, Les illusions de la psychanalyse, Pierre
Mardaga, 1980, est négligé par Mme Roudinesco.
[48] "Je m'étonne moi-même de constater que
mes observations de malades se lisent comme des romans et qu'elles ne portent
pour ainsi dire pas ce cachet sérieux, propre aux écrits des savants." Freud,
Etudes sur l'hystérie, trad. fr.,
PUF, p. 157.
[49] Analyse
terminée, analyse interminable, trad. fr., p. 16b.
[50] Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles, Édition
Odile Jacob, 1997.
[51] H. Arendt, p. 63.
[52] H. Taine, Les Origines de la France Contemporaine, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1986, vol. 2, p. 93.
[53] Le Nouvel Observateur,
septembre 1981, n° 880, p. 88.