23
mars 2005
Didier Billion,
prix Lyssenko en 2004
pour son analyse des rapports entre
la Turquie et l'Europe
La Turquie est-elle européenne ?
C'est la question cruciale autour de laquelle tourne le débat sur la
candidature de ce pays à l'Union européenne. Ainsi énoncée, elle est un peu
vague et mérite d'être précisée : y a-t-il une identité européenne, issue de
l'histoire, de la religion ou de la culture, dans laquelle la Turquie puisse se
reconnaître ? La discussion commence alors à prendre une mauvais
tournure pour le parti pro-turc. C'est pourquoi la
Fondation pour l'innovation politique (cercle d'étude fondé par Jérôme Monod,
principal conseiller du président de la République, Jacques Chirac), qui a pris
clairement position en faveur de l'entrée de la Turquie dans l'Union
européenne, a entrepris d'évacuer purement et simplement la notion d'identité
européenne. Le président de son conseil scientifique, François Ewald[1],
affirme, en effet, dans la lettre de la Fondation de janvier 2005, que "l'Europe n'a pas d'identité" et en
déduit qu'elle est "destinée à
s'ouvrir : à l'Ukraine demain et, pourquoi pas, après-demain, aux pays du
Maghreb"[2]. Aussi critiquable
soit-elle, cependant, cette position politique et philosophique n'entre pas
dans le champ du "prix Lyssenko", puisque celui-ci consacre une
action exemplaire dans le domaine de la désinformation
scientifique ou historique... Si, par principe, on définit
"l'Europe" comme un pur projet, comme un contenant sans contenu
déterminé, alors toute population peut recevoir l'étiquette
"européenne" en vertu de critères d'opportunité politique qui
n'entrent pas dans l'objet du présent rapport.
Dans certains articles qu'il a
commis, le lauréat du prix 2004, Didier Billion, paraît adopter la même
position anti-identitaire que François Ewald. Dans celui qu'il a co-signé avec
un universitaire turc, le professeur Ahmet Insel,
dans Le Figaro du 14 décembre 2004
(trois jours avant la réunion du Conseil européen qui devait décider
l'ouverture des négociations d'adhésion, le 17 décembre 2004), il écrit :
"Les arguments de ceux qui
s'opposent à l'idée même de l'adhésion de la Turquie (...) s'appuient sur une
conception essentialiste de l'Union européenne. (...) Que les Turcs ne soient
pas européens au sens d'une conception étroitement culturaliste dont certains
se font les hérauts est éventuellement indiscutable (sic). Mais ils n'avaient pas plus cette âme en
1963 au moment de la signature de l'accord d'association, ni en 1999 ou 2002,
quand les engagements d'adhésion ont été pris. Mettre en avant cet argument
essentialiste maintenant (...) ne peut être perçu par les Turcs que comme une
immense hypocrisie. Ou alors, et c'est encore pire (sic), comme la révélation de la face cachée de l'Europe. Ce que sont censé
partager les Finnois et les Portugais, les Estoniens et les Grecs (...), et que
ne peuvent pas partager ni aujourd'hui ni dans un lointain avenir les Turcs,
c'est en effet la chrétienté." On admirera, au passage, que
l'affirmation des origines chrétiennes de l'Europe paraisse à D. Billion "pire" qu'"une immense hypocrisie" ; notre lauréat semble évoluer dans
une sphère intellectuelle d'où l'objectivité est bannie.
D. Billion devient ensuite plus
ambigu, dans cet article, puisqu'il se met quand même à parler d'identité,
entrant ainsi, sans s'en apercevoir, dans la problématique
"essentialiste" qu'il prétendait récuser : "C'est donc de l'identité de l'Union européenne dont nous discutons à
travers le cas turc. En excluant de facto toute perspective d'adhésion de la Turquie, l'Union européenne
resterait un club chrétien et s'enfermerait (...) dans une conception
culturaliste de la citoyenneté contradictoire avec une conception laïque et
ouverte de celle-ci." D. Billion propose "une autre conception de l'Europe (...) B l'Europe des valeurs
démocratiques, des droits de l'homme (...), d'une Union européenne édifiée par
des citoyens à partir de valeurs universelles, loin de conceptions
culturalistes étriquées." Et il dénonce "le front du refus [à la Turquie] animé (...) par la mouvance
démocrate-chrétienne et les mouvements du catholicisme militant, ainsi, par
ailleurs, que par les extrêmes droites xénophobes". Ce discours de
propagande bien connu, qui est diffusé ad
nauseam dans les media, relève, principalement,
de jugements de valeurs, et non de la critique scientifique ou historique. Il
repose aussi sur une grave erreur d'analyse, puisqu'il admet que les valeurs de
la démocratie ou des droits de l'homme, issus de la tradition occidentale,
seraient, par nature, plus "universelles" que celles que propagent
d'autres systèmes de pensée, tout aussi universalistes, à commencer par
l'islam, qui entend s'adresser à tous les hommes. Mais une erreur de cette
nature ne paraît pas rentrer dans la désinformation scientifique qu'il s'agit
ici de caractériser. Si Didier Billion mérite le prix Lyssenko, c'est pour
d'autres écrits. Dans une série de textes publiés en 2004 à l'appui de la
candidature turque, il a donné une formulation claire et caricaturale à trois
grandes thèses sophistiques que l'on trouve disséminées chez de nombreux
auteurs du clan pro-turc, et que l'on peut résumer
ainsi : (1) l'histoire de la Turquie en
fait une nation européenne ; (2) la
révolution kémaliste a fait de la Turquie une nation occidentale ; et (3) l'islam n'est pas un obstacle entre la
Turquie et l'Europe.
Avant Didier Billion, on aurait pu penser,
peut-être, pour le prix Lyssenko, à un personnage plus connu, qui s'est
notamment illustré en déclarant : "Les
racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes." Et encore
: "Nous sommes tous les enfants de
Byzance." Et aussi : "L'Europe
n'a pas de frontières. La démocratie n'a pas de frontières." "Toute l'histoire de la Turquie est
européenne." Vous avez reconnu, bien sûr, Jacques Chirac, président de
la République française et ardent partisan de la candidature turque. Nous
tirons ces citations de l'excellent ouvrage de Philippe de Villiers, Les Turqueries du grand Mamamouchi, qui
dépeint notre président comme un personnage du Bourgeois gentilhomme[3]...
En méditant les fortes paroles de Jacques Chirac, qui fait de la turcologie comme M. Jourdain faisait de la prose, il nous
semble que le livre de Ph. de Villiers aurait aussi
pu s'appeler Les divagations du derviche
tourneur...
Mais ce genre de propos relèvent
plutôt du café du commerce, même si celui-ci est installé à l'Elysée, que de la
littérature scientifique. Le jury du prix Lyssenko s'est donc résigné à
proposer Didier Billion comme lauréat, parce que c'est lui qui a le mieux
énoncé et illustré les trois sophismes dont nous avons parlé. Dans le cadre de
l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), dont il est
directeur adjoint, et en collaboration avec le Centre pour la recherche
stratégique d'Ankara, il a organisé le 6 avril 2004, à Paris, des "Rencontres stratégiques franco-turques",
sous le haut patronage du président Chirac et de son homologue turc, M. Ahmet Necdet Sezer, dont il a publié
les actes sous le titre : "La
Turquie - vers un rendez-vous décisif avec l'Union européenne"[4].
L'introduction de cet ouvrage, signée par notre lauréat, porte un titre sans
équivoque : "L'UE doit ouvrir des
négociations d'adhésion avec la Turquie". Ce texte de quarante pages
est un plaidoyer unilatéral, où l'on fait flèche de tout bois, pour tenter de
répondre aux nombreuses objections que soulèvent la
candidature de la Turquie.
Signalons que la conclusion du
colloque a été prononcée par Son Excellence Uluç Özülker, ambassadeur de Turquie en France, qui s'est rendu
fameux pour avoir envoyé à Philippe de Villiers une lettre comminatoire, où il
écrivait notamment : "Aussi vos
suggestions douteuses et votre mépris des Turcs commencent-ils à susciter des
réactions parmi mes compatriotes, dont un nombre croissant m'informent de leur
amertume, que je partage pleinement. En vous écrivant ces quelques lignes, je
me fais aussi leur interprète."[5]
Il ne s'agit plus ici seulement de désinformation, mais bel et bien d'une
menace. Le destinataire de la lettre, Ph. de
Villiers, explique fort bien que tous les spécialistes de la Turquie qu'il a
consultés à propos de cette missive lui "ont expliqué qu'elle recelait, en des termes choisis, un message voilé
de mise en garde, à travers cette phrase aux sous-entendus subtils."[6]
Premier sophisme : l'histoire de la Turquie en fait une nation européenne
I - Les Turcs et le monde turc
"La turcologie, écrit Jean-Paul Roux dans
sa magistrale Histoire des Turcs, est une science assez récente, une des
dernières nées parmi les disciplines orientalistes."[7]
Il faut dire que son champ d'étude est immense, dans l'espace et dans le temps,
puisque les Turcs apparaissent, au Ier
millénaire avant notre ère, dans la taïga de l'est de la Sibérie, avant de
commencer leur irrésistible mouvement vers le sud et vers l'ouest, qui les
conduira sous les murs de Vienne en 1683. On ne saurait donc donner tort à D.
Billion, lorsqu'il parle de "la
marche ancestrale du peuple turc vers l'ouest"[8],
à condition d'ajouter que le "peuple turc" dont il parle appartient à
une famille de peuples, très conscients de leur identité commune.
Le Premier ministre Süleyman
Demirel (qui devint ensuite président de la République) évoquait, en mai 1992,
cinq ans après le dépôt de la candidature de son pays à l'Union européenne,
"un monde turc (qui s'étend) de
l'Adriatique à la muraille de Chine"[9].
C'est dire que la nation dont on discute l'adhésion n'est qu'une partie d'un
ensemble beaucoup plus vaste. La République de Turquie (70 millions
d'habitants), dont le territoire s'étend principalement en Asie mineure, encore
appelée Anatolie, ainsi que sur une petite partie du continent européen, la
Thrace orientale, n'est que l'un des six Etats turcs ou turcophones. Les
autres, tous issus de l'ex-U.R.S.S., sont
l'Azerbaïdjan (8 millions d'habitants), le Turkménistan (5 millions),
l'Ouzbékistan (24 millions), le Kirghizistan (5 millions), le Kazakhstan (15
millions). Sauf au Kazakhstan, la très grande majorité de la population de ces
six républiques turques est de langue et d'ethnie turque. Mais il y a aussi
beaucoup de Turcs dans d'autres pays. Ils forment ainsi le quart de la
population de l'Iran, soit quelque 18 millions de personnes, principalement des
Azéris. Les Ouïgours sont 8 millions dans le Sin-Kiang annexé par la Chine. La
Russie compte 12 millions de Turcs. Les Turcs sont aussi 1 million en Bulgarie.
Et, bien entendu, l'immigration en a fait venir au XXe
siècle plusieurs autres millions d'Anatolie en Europe occidentale (3 millions
en Allemagne). Au total, il y a donc environ 170 millions de Turcs dans le monde,
dont un gros tiers dans la République anatolienne, capitale Ankara, un tiers
dans les cinq autres Etats turcs indépendants, et un tiers dans des Etats non
turcs.
Au moment où ils sortent de
leurs forêts sibériennes, il y a plus de vingt siècles, les proto-Turcs
sont un peuple de race jaune (mongoloïde). Mais leurs descendants vont se
métisser de plus en plus, en se dirigeant vers l'Ouest. Il y a donc,
aujourd'hui, un continuum anthropologique, qui présente tous les types
intermédiaires entre la race jaune et la race blanche (caucasoïde).
Indiscutablement, les Turcs d'Anatolie appartiennent à cette dernière, tout
autant que les Européens de l'Ouest. Mustapha Kemal Atatürk, dont on peut
admirer la statue de cire chez Mme Tussaud, à
Londres, était blond aux yeux bleus. On notera, cependant, non sans amusement,
que le "Père des Turcs"[10]
attachait beaucoup d'importance à la forme de son crâne, dont la brachycéphalie
prononcée lui paraissait caractéristique de l'identité biologique du peuple
turc d'Anatolie, témoignant de ses lointaines origines au nord-est de l'Asie.
Ces préoccupations, évidemment, étaient caractéristiques de son époque (Atatürk
est mort en 1938). Il parlerait plutôt aujourd'hui des groupes sanguins, à
moins que le "politiquement correct" ne le dissuade de toute allusion
au fonds génétique des populations turques.
L'histoire des Turcs et de leurs
cousins les Mongols a été superbement racontée dans le livre de René Grousset, L'Empire des
steppes (quatrième édition en 1965), qui commence par ces mots : "Attila, Gengis Khan, Tamerlan... Leur nom
est dans toutes les mémoires. Les récits des chroniqueurs occidentaux, des
annalistes chinois ou persans ont popularisé leurs figures. Ils surgissent, les
grands barbares, en pleine histoire civilisée et brusquement, en quelques
années, font du monde romain, du monde iranien ou du monde chinois un monceau
de ruines."[11].
Le livre de Jean-Paul Roux, qui s'appuie sur les analyses les plus récentes,
n'est pas moins passionnant. Son Histoire
des Turcs est sous-titrée : "Deux
mille ans du Pacifique à la Méditerranée". "Les Turcs, dit le grand turcologue, c'est quelque deux mille ans d'histoire, du
Pacifique à la Méditerranée, de Pékin à Vienne, à Alger, à Troyes[12], qui ont mêlé leur
destin à celui de tous les peuples de l'ancien monde, ou peu s'en faut ; et des
moments d'exceptionnelle densité (...) : Attila et les Huns ; l'empire des
Tabghatch dans la Chine du nord ; un royaume juif dans la Russie méridionale ;
la fondation de Samarra, capitale abbasside ; (...) les Seljoukides
d'Iran ; Gengis Khan et l'hégémonie mongole ; les Mamelouks d'Egypte ; la
Russie vassalisée pendant deux siècles par la Horde d'Or ; Tamerlan ; (...)
l'empire ottoman première puissance mondiale ; Babur
Chah et la fondation de l'empire des Indes ; Atatürk et la révolution nationale
en Turquie..."[13]
Dans cette longue liste, il y a
apparemment un intrus : c'est Gengis Khan, car les Mongols ne sont pas des
Turcs. Mais, nous dit J.-P. Roux, il y avait une forte symbiose entre les
Mongols et les Turcs, en sorte que les armées "mongoles" étaient en
majorité composées de Turcs. Sur le plan linguistique et culturel, Turcs,
Mongols et Mandchous (ou Toungouzes) appartiennent à la famille des peuples
"altaïques", que l'on a longtemps regroupés avec les peuples de
langue finno-ougriennes, dont les Finnois, les Estoniens et les Hongrois, dans
une super-famille "ouralo-altaïque". Ainsi,
l'histoire du monde, de Babylone à nos jours, est en grande partie celle de
trois familles de peuples conquérants, qui ont imposé leurs langues sur la plus
grande partie du monde aux peuples qu'ils dominaient ou qu'ils remplaçaient :
les peuples altaïques (et ouralo-altaïques) ; les peuples chamito-sémitiques,
notamment les Arabes ; et les peuples indo-européens, dont font partie, aujourd'hui,
tous les peuples européens, à l'exception des trois que nous venons de nommer,
car les Celtes, les Romains, les Germains, les Slaves, sans oublier les Baltes
(Lithuaniens et Lettons), les Grecs et les Albanais, parlent tous des langues
indo-européennes, qui témoignent d'une lointaine origine commune.
Pour ce qui est des Turcs,
Jean-Paul Roux convie le lecteur "à
une extraordinaire aventure" : "Elle est faite de galops, de razzias, de viols, de villes incendiées,
de tours qu'on érige avec les crânes des ennemis abattus. Elle est de violence,
de sang et d'ivresse." Notons, à ce propos, que les Turcs ont avec
constance, au cours de ces deux mille ans d'histoire, concurrencé les Egyptiens
et les Mayas dans l'art de la pyramide... Les leurs étaient beaucoup plus
petites, mais plus pittoresques, car elles étaient édifiées avec des crânes
humains, à l'entrée des villes, pour rappeler aux populations soumises que
toute révolte serait impitoyablement réprimée. C'est ce qu'en termes modernes
on appelle la dissuasion. "Mais,
ajoute Jean-Paul Roux, (cette aventure)
est aussi de calme, de paix, d'ordre et d'organisation, de mesure, de sagesse,
de prières, de tolérance et de fraternité, de volupté sereine, de luxe raffiné,
d'élans merveilleux de mysticisme, de superbes expressions d'art et de
sentiment. Elle est, comme tout ce qui s'élève au dessus du médiocre, faite de
contrastes et d'excès."[14]
Les Turcs sont assurément un grand peuple, ou une grande famille de peuples, et
l'on ne peut qu'admirer leurs immenses réalisations, à condition de ne jamais
oublier qu'ils ont écrit l'histoire du monde avec des lettres de sang.
Jean-Paul Roux, qui nous signale
au passage que le mot "turc"
signifie "fort" dans la langue des Turcs, attribue à ceux-ci des
traits constants, des comportements permanents à travers les âges, et notamment
"(un) esprit militaire accentué et
(les) vertus qui y répondent : goût de l'offensive, solidarité entre
combattants, obéissance absolue au chef, mépris de sa vie et de celle des
autres"[15]. Ils ont fait preuve de
férocité en d'innombrables occasions. Retenons, parmi d'autres, la description
de l'invasion de l'Iran par Gengis Khan et ses armées turco-mongoles en 1219 :
"Alors s'abat sur le monde iranien, pendant cinq ans, la plus
épouvantable force de destruction que le monde ait encore jamais connue. Tout
est dévasté, tout brûle. Les champs cultivés sont rendus au désert. Les villes,
Samarkand, Urgendj, Bactres,
Merv, Nichapur, Hérat, Damghan, Semnan, Rey..., qui
depuis l'Antiquité cultivaient une civilisation raffinée, sont impitoyablement
détruites. Des monceaux de cadavres jonchent les ruines. Militaires et civils,
hommes, femmes, enfants, vieillards sont passés par le fil de l'épée. A Urgendj, au Khwarezm, on détourne
le cours de l'Amou-Darya pour faire passer le fleuve
sur la ville. A Bamiyan, où est tué le petit-fils préféré de Gengis Khan, Mütügen, on renonce à faire du butin ; tout, tous sans
exception sont offerts en holocauste à l'âme du défunt. A Nichapur,
on massacre jusqu'aux chiens et aux chats ! B La panique s'empare des
populations, dont les élites fuient, quand elles le peuvent. On demeure
confondu devant la passivité de ceux qui restent, pantois devant leur
résignation. Un guerrier à lui seul enchaîne un groupe d'hommes, puis leur commande
de s'égorger les uns les autres ; un peloton de cavaliers cerne une foule et la conduit au supplice sans que nul ne songe à résister ou à
s'enfuir. Tout l'Iran oriental, le Khorassan,
l'Afghanistan, désolés, sont encore aujourd'hui témoins de leur martyre.
Perchée sur son rocher, face aux bouddhas géants taillés à même le roc, la
Ville des soupirs continue à porter son deuil."[16]
On comprend la terreur que, de
tout temps, les Turcs et les Mongols ont inspiré aux
peuples qu'ils ont bousculés avant de les asservir. Les noms d'Attila, de
Gengis Khan et de Tamerlan demeurent dans les mémoires. Leur courage et leur
férocité ont permis aux Turcs et aux Mongols, ainsi qu'à leurs cousins, les
Mandchous, de gouverner la moitié du monde jusqu'à l'arrivée des Européens : la
Chine, l'Inde, l'Orient musulman (l'empire ottoman, aussi bien que l'Iran
chiite), sans oublier l'Asie centrale. Dans certaines portions des territoires
qu'ils dominaient, ils ne se sont pas contentés de gouverner, ils se sont
installés, après avoir éliminés les indigènes. Au début de notre ère, les
premiers Turcs venaient à peine de sortir des forêts sibériennes pour submerger
les populations apparentées aux Scythes qui vivaient entre le lac Baïkal et le
fleuve Iénisséï, au nord de la Mongolie actuelle. Les
contrées qui forment aujourd'hui le Turkestan (ancienne Asie centrale
soviétique), la République de Turquie et l'Azerbaïdjan (ex-soviétique et
iranien) étaient habitées exclusivement par des populations iraniennes,
grecques, arméniennes et n'avaient pas encore vu le moindre Turc. Il est aisé
de deviner ce qui s'est passé ensuite : massacres, fuites éperdues des
populations - sans oublier que les femmes des vaincus faisaient partie du
butin, ce qui explique que les Turcs d'Anatolie, loin de leurs bases, aient une
apparence physique fort différente de ceux qui sont restés derrière... Les
derniers épisodes ont eu lieu au XXe
siècle, avec le massacre des Arméniens en 1915, puis avec les échanges de
populations entre la Grèce et la Turquie en 1923, qui ont concerné deux
millions de personnes.
Assurément, les Turcs
contemporains ne portent pas la responsabilité morale de tant d'atrocités, mais
un observateur objectif, soucieux de vérité historique, devrait convenir que
les peuples turcs en ont accompli davantage que les peuples occidentaux, même
s'il est dans la nature de tous les peuples conquérants - et les Occidentaux
l'ont été - de faire la guerre et d'exécuter, à cette occasion, bien des actes
que la morale réprouve.
Du reste, dans leurs relations
avec les Turcs, les Occidentaux ont eu beaucoup plus souvent le rôle de la
victime que celui du bourreau. Selon le professeur Robert Davis, les pirates ou
corsaires barbaresques, sujets de l'empire ottoman basés en Afrique du nord,
ont capturé et réduit en esclavage, en trois siècles, de 1500 à 1800, plus d'un
million d'Européens[17].
Ni les Turcs ni les Algériens n'ont jamais eu, cependant, la velléité de faire
"repentance" pour cette "traite
des blancs" dont leurs ancêtres se sont rendus coupables...
Ce dur et long passé des peuples
turcs est aujourd'hui présent dans l'attitude constante de la République de
Turquie. Elle s'est affirmée, les armes à la main, après l'effondrement de
l'empire ottoman, à la fin de la Première guerre mondiale. Elle a envahi Chypre
en 1974 et occupe, depuis cette date, le nord de l'île, malgré les
condamnations internationales, après en avoir expulsé les habitants grecs. Elle
réprime avec une extrême brutalité le mouvement séparatiste des Kurdes, dans le
sud-est de l'Anatolie.
Notre lauréat, Didier Billion,
cependant, se garde bien d'évoquer ce passé trop présent. Il se sent tout juste
obligé d'évoquer le génocide arménien de 1915, mais c'est pour en refuser plus
ou moins la réalité, en se référant à la position officielle du gouvernement
turc, qui "ne nie pas la réalité des
massacres, mais récuse la notion de génocide, dans laquelle elle voit une
accusation politique, fondée sur des silences et des anachronismes, menaçante
pour l'intégrité de la République"[18].
Cependant, à moins de refuser le terme, qui est, il est vrai, à la fois récent
et mal construit (on devrait dire "populicide"),
ou de le réserver, par principe, aux seuls juifs, et aux événements de la
Seconde guerre mondiale, on voit mal pourquoi il ne faudrait pas parler d'un
génocide subi par les Arméniens, si l'on songe au nombre des victimes (des
centaines de milliers, peut-être un million), et aux conséquences territoriales
de cette déportation et de ces massacres, qui ont entraîné l'éradication de la
présence arménienne en Turquie.
Les Turcs sont donc un peuple
conquérant dans l'âme. "Les Turcs,
dit J.-P. Roux, ont la vocation
impériale. Ils sont par excellence les souverains de la Terre."[19]
Il faut s'en souvenir, alors qu'il est question de les faire entrer dans une
construction supra-nationale, l'Union européenne, qui
a tous les traits d'un empire, sauf le nom. Quand le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan,
est rentré dans son pays, en décembre 2004, après la décision du Conseil
européen d'ouvrir des négociations d'adhésion, les journaux turcs ont titré sur
"Erdogan le Conquérant"... Les Turcs nous
ont déjà donné un avant-goût de ce qu'ils savaient faire, pour forcer la porte
de l'Union européenne, car leur capacité politique est grande, et n'est pas
seulement militaire. Craignons donc qu'une Turquie, devenue Etat membre,
s'appuyant sur son poids démographique, qui doit la faire passer prochainement
devant l'Allemagne, ne nous dicte sa loi au sein des institutions européennes.
II - Les Turcs et l'empire ottoman
Bien que la révolution
kémaliste, à la fin de la Première guerre mondiale, l'ait poussée à rompre avec
son passé impérial, la république de Turquie est l'héritière de l'empire
ottoman, réduit à son noyau ethnique. Dans sa réinterprétation de l'histoire
ottomane, D. Billion va très loin dans la mystification. "Il convient, dit-il, de se réapproprier le sens réel de l'histoire turque. Il nous apparaît
comme un des traits essentiels de sa compréhension de saisir ce que l'on
pourrait qualifier d'irrésistible attraction vers l'Occident, c'est-à-dire
cette marche séculaire et continuelle vers l'ouest. Il est aussi
particulièrement remarquable que l'empire ottoman se présente comme le
légataire et la prolongation de l'empire byzantin."[20]
Le tour de bonneteau consiste ici à présenter les innombrables guerres de
conquêtes menées par les Turcs, en Europe, sous l'empire ottoman, avec leur cortèges de massacres, comme une "attraction" à laquelle notre
lauréat donne une signification toute spirituelle. Il n'est même pas besoin
d'avoir lu le beau livre du professeur Jacques Heers,
Chute et mort de Constantinople[21],
pour imaginer l'horreur des massacres qui ont suivi la prise de l'antique
Byzance (Constantinople) par les Turcs, en 1453, après une héroïque résistance.
Or, s'il est vrai que les empereurs ottomans ont pu arguer du fait qu'ils
avaient pris Constantinople, devenue Istamboul
(Istanbul), pour s'arroger une certaine légitimité aux yeux des anciens sujets
de l'empereur byzantin, il est faux qu'ils se soient présentés comme leurs successeurs.
Il y a, de Rome à Constantinople, une continuité politique et juridique. Il y
a, au contraire, entre Constantinople et Istanbul, une césure, puisque le
monarque turc se prétend le calife, c'est-à-dire le successeur de Mahomet,
maître légitime de l'Oummah,
la Cité islamique, qui a vocation à s'étendre sur le monde entier. L'empereur
des musulmans n'est pas celui des chrétiens, qui sont réduits au statut de dhimmis.
D. Billion croit pouvoir
s'appuyer sur un passage extravagant de Pierre Béhar,
qui aurait pu, à ce titre, revendiquer notre prix, où ce dernier affirme
notamment : "Certains tentent aussi
de définir l'Europe par la tradition gréco-latine. Ils croient de la sorte
exclure la Turquie. A leur insu, ils l'intègrent."[22]
C'est le cas de dire que le papier souffre tout... En réalité, l'empire
ottoman, c'est l'empire du califat, fondé par Mahomet et ses successeurs. Ce
n'est pas l'empire romain ! Les Turcs ont ramassé le sceptre que les califes
abbassides avaient laissé tomber après la destruction de Bagdad par les Mongols
de Hülegü, en 1258. Les Ottomans ont pu laisser les
minorités chrétiennes conserver leurs propres lois, dans certaines limites,
sous l'autorité de leurs chefs religieux, dans le cadre du système des millet (communautés), mais cette
relative autonomie était permise par la loi islamique, la charia, qui régissait l'empire. Comme l'écrit Nicoar|
Beldiceanu dans Histoire
de l'empire ottoman, "l'Etat,
qui, en principe ne devait tenir compte que de la cherî
a, c'est-à-dire de la loi religieuse
musulmane, se voit contraint, en raison de la nature composite de son
peuplement, de reconnaître le droit coutumier des diverses communautés dont se
compose l'empire"[23].
Oubliant que les cultures sont
des systèmes, D. Billion fait un rapprochement superficiel entre certaines œuvres
ou certains monuments et n'hésitent pas à rattacher la culture de la Turquie à
celle de l'Occident : "(...) les
sublimes mosquées à coupole commandées par les plus prestigieux sultans sont
contemporaines des grandes églises à coupole de la Renaissance italienne et
(...) elles expriment la même vision néo-platonicienne du monde. (...) les
multiples mosquées de Sinan expriment les mêmes conceptions que les projets de
Bramante pour Saint-Pierre de Rome. De ce point de
vue [?], les expressions les plus
achevées de l'architecture de la Renaissance européenne sont très certainement Santa Maria della Consolazione à Todi, la mosquée
de Soliman à Istanbul et la mosquée de Sélim à
Edirne. Au delà de son incontestable filiation byzantine, la civilisation
turque se rattache ainsi pleinement à celle de l'Europe occidentale."[24]
La vérité est autre. L'empire du califat, fondé par les Arabes, a puisé dans la
culture de Byzance, comme dans celle de l'Iran des Sassanides. Il n'est donc
pas étonnant que le plan des mosquées soit issu de celui des basiliques
byzantines. Mais Byzance n'est pas l'Occident. Il s'est élevé, depuis le
partage de l'empire romain par Théodose, en 395, une barrière culturelle entre
l'est et l'ouest de l'Europe, entre l'Orient et l'Occident, que la querelle du filioque et le grand schisme de 1054
n'ont fait que consacrer. On peut affirmer, à cet égard, que l'Union européenne
a perdu son unité culturelle lorsqu'elle a accepté la Grèce en son sein, en
1981. Chacun sait que l'Occident a une immense dette envers la Grèce antique,
bien qu'il ait puisé aussi à d'autres sources. Mais la Grèce moderne a beau
avoir conservé la langue grecque, sous une forme d'ailleurs terriblement
altérée, la population de son territoire a été presque entièrement renouvelée
au fil des siècles et la culture byzantine dont elle a héritée était déjà
elle-même en rupture par rapport aux modèles classiques. (Les profondes
analyses de Spengler, dans Le Déclin de
l'Occident, qui sont certes discutables, souvent étranges et sûrement trop
systématiques, sont irremplaçables, à cet égard[25].)
La civilisation d'inspiration gréco-byzantine qui
s'est épanouie dans les Balkans et qui a survécu sous la férule des Turcs est
bien différente de celle de l'Occident celto-romano-germanique,
qui s'est développée dans le cadre du christianisme romain.
Nous ne contesterons donc pas
que la musique religieuse byzantine et la musique ottomane se ressemblent,
comme D. Billion se plaît à le souligner, ni que "les Ottomans surent assimiler, adapter aux circonstances, améliorer et
donc se réapproprier ce qu'ils avaient emprunté"[26].
Ce que nous contestons, en revanche, c'est l'affirmation qui suit immédiatement
: "Plus essentiellement, si la
culture byzantine est aujourd'hui communément considérée comme partie de la
culture occidentale, l'Empire ottoman se place alors dans cette filiation."
Ici, la supercherie est double. D'une part, la culture de l'empire ottoman,
dont la religion était l'islam, et non le christianisme, où la langue de l'administration
était le turc, la langue de la culture le persan et la langue de la religion
l'arabe, et qui continuait l'empire des Abbassides, ne peut absolument pas être
considérée comme "byzantine", en dépit d'influences incontestables.
D'autre part, la culture byzantine ne peut absolument pas être regardée comme
faisant partie de la culture occidentale. Bien avant la prise de
Constantinople, en 1453, l'Europe était coupée en deux par un schisme qui, nous
l'avons dit, remonte à Théodose.
Il est évident, en tout cas, que
la Turquie a depuis longtemps des ambitions européennes, qui remontent au XIe siècle, lorsque les Turcs de la dynastie seljoukide battent les Byzantins, à la bataille de Mantzikert (1071). Il est donc vrai que les Turcs, animés
par l'esprit de conquête, ont lié leur histoire à celle de l'Europe. Il est non
moins vrai que l'union de l'Europe, dans les esprits, s'est réalisée dans ce
combat multiséculaire contre les Turcs, notamment à la bataille de Lépante, en
1571. L'empire ottoman s'est étendu partout où il a pu ; il a reconstitué
l'empire des Abbassides au Proche-Orient, mais il a annexé aussi toute
l'Afrique du nord, à la seule exception du Maroc, et, pendant des siècles, tout
le sud-est de l'Europe. Peuple asiatique, les Turcs se sont ainsi installés sur
les deux autres continents, l'Afrique et l'Europe, avant d'en être finalement
chassés. L'histoire des Turcs en Europe est celle d'une agression, puis d'une
résistance et enfin d'une libération des Européens, comme le montre Henry
Bogdan dans Histoire des pays de l'Est[27]
ou Sylvie Goulard dans Le Grand Turc et la République de Venise[28].
On peut comprendre, avec tous ces souvenirs, aussi glorieux que tragiques, ceux
qui veulent que l'Union européenne établissent avec la Turquie un "partenariat privilégié", pour
éloigner le spectre de la guerre et pour que des relations pacifiques puissent
se développer avec ce grand pays, dont on ne peut ignorer la présence massive
et redoutable, aux limites de l'Europe. Mais on ne peut pas, sans inconscience,
donner à la Turquie les clés de l'Europe, en la faisant entrer dans l'Union.
Deuxième sophisme :
la révolution
kémaliste a fait de la Turquie une nation occidentale
Mustapha Riza
dit Mustapha Kemal ("le Brillant") dit encore Atatürk ("Le Turc-Père"), a révolutionné son peuple, en prenant
appui sur le mouvement de réforme que l'empire avait connu au XIXe siècle (les tanzimat) et qui avait abouti à
la révolution des Jeunes Turcs, en 1908. La Turquie était un empire, il en a
fait une nation. Atatürk s'est employé, avec acharnement, à désislamiser
la Turquie, sans pouvoir y parvenir complètement. Mais, en combattant les
influences arabo-persanes, sa révolution a réenraciné la Turquie dans ses origines touraniennes, et
donc asiatiques.
Claude Hagège
a décrit l'entreprise kémaliste dans le domaine linguistique : "Les classes dirigeantes de l'empire ottoman, Etat islamique
théocratique, étaient soumises depuis bien des siècles à une intense
acculturation arabo-persane, qui envahissait la
langue écrite au point d'en faire un idiome savant inaccessible aux masses, et
où l'on disait que seuls étaient turcs les mots de liaison à fonction purement
grammaticale. Dès lors, quand, en 1928, Atatürk annonce le remplacement de
l'alphabet arabe par l'alphabet latin, il s'agit, sous l'apparente modification
purement technique, d'une révolution ; car ce qu'écrivaient les lettres arabes,
c'était cette langue de l'ancien pouvoir ottoman, alors que les lettres latines
notent la langue telle qu'elle existe chez les masses. (...) B La révolution
kémaliste est d'inspiration populiste et nationaliste. Elle ne se contente pas
d'un changement d'écriture. Désormais, c'est dans le fonds lexical du turc
osmanli et des autres langues turques que l'on puisera pour former des mots
nouveaux, ainsi que dans la langue populaire (...) ; et dans les écoles, où il
n'avait pas droit de cité, le turc prendra la place de l'arabe et du persan ;
enfin, on procédera à l'épuration des éléments arabo-persans
dont la nécessité ne s'impose pas."[29]
Ainsi, le changement d'alphabet et l'adoption de quelques mots occidentaux,
pour désigner des produits nouveaux, par exemple, ne sont nullement une marque
d'occidentalisation de la Turquie. Ici, il faut faire appel à cette distinction
fondamentale que fait Samuel Huntington entre la modernisation et l'occidentalisation, dans Le
Choc des civilisations[30].
Le chapitre 3 de son livre est intitulé : "Existe-t-il une civilisation universelle ? Modernisation et
occidentalisation". Il y conclut : "Modernisation, en résumé, ne signifie pas nécessairement
occidentalisation. Les sociétés non occidentales peuvent se moderniser et se
sont modernisées sans abandonner leur propre culture et sans adopter les
valeurs, les institutions et les pratiques occidentales dominantes. Il se peut
même que la seconde soit impossible."[31]
L'analyse de Huntington,
cependant, serait plus démonstrative, s'il acceptait la distinction
culture/civilisation qui nous vient de la philosophie allemande et dont il faut
admettre l'importance. Au moins depuis Nietzsche, celle-ci a distingué, en
général pour les opposer, culture et civilisation. Pourtant cette nouvelle
antithèse, comme celle de la nature et de la culture, relève d'une logique de
l'inclusion. Si la culture est la partie mystérieuse de la civilisation, on peut
aussi y voir comme l'"ésotérique" de la civilisation, car elle est
transmise d'une génération à l'autre par une initiation, réalisée dans
l'intimité du cercle familial. Le sociologue turc Ziya
Gökalp (mort en 1924), qui fut le principal idéologue
du "turquisme", demandait un retour aux
valeurs turques, par opposition tant à celle de l'empire cosmopolite des
Ottomans qu'à celles de l'Occident. « Il
distingue, écrit Thierry Zarcone, pour chaque société une culture (hars) et une
civilisation (medeniyet) ; c'est-à-dire, en ce qui concerne l'empire, une culture
"turque" et une civilisation "ottomane". Il importe alors,
pour lui, de rechercher la culture turque derrière le vernis de la religion,
dans la littérature populaire, dans l'art, dans l'artisanat, dans les coutumes.
»[32]
Il veut donc communiquer à ses contemporains la passion romantique du passé
turc ou "touranien", qui rattache les habitants d'Istanbul au vaste
univers ouralo-altaïque. Et il écrit ce poème fameux, intitué
Touran :
"Pour les Turcs, la patrie n'est pas la Turquie ni le Turkestan,
"La Patrie est un immense pays éternel... Le Touran."[33]
Mis à part une frange
cosmopolite de la population, qui vit principalement à Istanbul,
l'occidentalisation de la Turquie est superficielle, car Mustapha Kemal a
plutôt cherché à moderniser et à "touraniser"
son pays qu'à l'occidentaliser. Du reste, le plus zélé des dictateurs n'a pas le pouvoir de changer l'âme d'un peuple,
c'est-à-dire sa culture, il ne peut transformer que sa civilisation.
Le fait est que les Turcs,
quelle que soit leur croyance (sunnites orthodoxes ou fidèles des confréries
soufies, hérétiques alevis, athées ou agnostiques...), sont si fiers de leur
identité ethnique qu'ils sont rebelles à toute assimilation, du moins
lorsqu'ils se déplacent en masse. Claude Hagège
remarque, à ce propos : "Ainsi, en
dépit de la profondeur et de la durée de l'islamisation, ni le persan ni le
turc n'ont disparu par fusion au sein de l'arabe. A quoi attribuer cette
préservation, lors même que la Perse et l'empire ottoman ont longtemps incarné,
surtout le second, le pouvoir musulman lui-même, sinon au maintien d'une
conscience tenace de leurs cultures, y compris chez les Turcs, pourtant
descendants de nomades ?"[34]
Puisque notre lauréat s'était
efforcé de "démontrer " que l'empire ottoman était de culture
occidentale, on se demande comment il peut considérer ensuite, dans le même
texte, que la révolution kémaliste, qui a voulu rompre avec le passé ottoman de
la Turquie, a pu rapprocher celle-ci de l'Occident... Ce curieux turcologue, qui ne parle pas la langue turque[35],
l'affirme pourtant, sans craindre la contradiction, enferré dans les paradoxes
de celui qui "en fait trop" : "Il s'agissait (pour les kémalistes), dit-il, de construire une société s'inspirant clairement de la modernité
occidentale (...). Ce fut une formidable rupture avec le passé, la mise en
place des bases d'une société nouvelle par la construction d'un Etat moderne,
s'inscrivant pleinement dans le cadre des avancées sociales et politiques de
nombre d'Etats d'Europe occidentale. (...) Cependant, l'aspect le plus
révolutionnaire du kémalisme ne se situe pas au niveau des institutions
politiques, de l'organisation économique ou des bouleversements de la
stratification sociale, mais au niveau culturel. (...) Cette volonté
d'européanisation culturelle se traduit (...) par une laïcisation militante de
l'Etat et de la vie sociale."[36]
Ces observations, qui ne sont pas originales, ne sont pas entièrement fausses,
mais elles sont trompeuses, car elles occultent le fait que la volonté de
rupture avec le passé ottoman s'accompagne d'une volonté non moins affirmée de
retrouver les valeurs ancestrales des peuples turcs. D. Billion escamote ainsi
un fait essentiel, c'est que le kémalisme, qui est un nationalisme, se définit
nécessairement comme la volonté de recouvrer un héritage, qui, en l'occurrence,
aurait été adultéré par l'islamisation. La modernisation de la Turquie, qui
peut prendre l'apparence d'une occidentalisation, est un moyen, pour les
kémalistes, de redonner à leur nation la grandeur et la puissance qu'elle
n'aurait jamais dû perdre. Les kémalistes n'ont pas le projet d'identifier la
Turquie à l'Occident, mais d'utiliser les connaissances, les institutions et
les techniques de l'Occident au service de la nation turque. L'identité turque
a résisté, malgré le mélange des peuples, à l'islamisation, à l'iranisation, à l'arabisation, et elle a retrouvé une
nouvelle vigueur avec la révolution kémaliste. Nul doute qu'elle résistera à
l'occidentalisation, quel que soit l'avenir de la candidature à l'Union
européenne. C'est plutôt, aujourd'hui, d'une nouvelle réislamisation que les
partisans du turquisme doivent se garder.
Troisième sophisme :
l'islam n'est pas un
obstacle entre la Turquie et l'Europe
On sait que la Turquie actuelle
connaît un retour en force de l'islam, et que son Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan,
est un "islamiste modéré",
comme disent les journaux, qui ne craignent pas cet oxymore. En effet, quoi
qu'en ait pensé Mustapha Kemal, il est bien difficile de séparer la Turquie de
l'islam. Tous les peuples turcs, de par le monde, sont aujourd'hui musulmans, à
deux minuscules exceptions près : les Gagauz de
Moldavie, qui sont chrétiens, et les Yakoutes de
Sibérie, qui sont chrétiens et chamanistes. Cela semble montrer que l'identité
turque s'accorde bien avec la foi du prophète Mahomet, puisque les Turcs ont
formé de nombreux peuples, ont occupé et occupent encore d'immenses
territoires, et ont été en contact intime avec toutes les grandes religions : le
christianisme (dans ses variétés orthodoxes, monophysites, nestoriennes), le
judaïsme, l'hindouisme, le bouddhisme, le confucianisme, le taoïsme... Aucune
autre que l'islam ne les a retenus.
Paradoxalement, la révolution
kémaliste, qui devait éloigner la Turquie de l'islam, s'est traduite par
l'élimination des minorités chrétiennes - Grecs, Arméniens, Levantins... -, en
sorte que la Turquie est aujourd'hui presque totalement musulmane (nous ne
parlons pas, bien entendu, des convictions, pour lesquelles il n'y a pas de
statistiques, mais de l'appartenance à une communauté). La "laïcité"
à la turque ne signifie d'ailleurs nullement que l'Etat soit neutre à l'égard
des religions ni que celles-ci soient indépendantes de l'Etat. Le culte
musulman est subordonné à l'Etat et il est privilégié par rapport aux autres
cultes, qui sont tout juste tolérés.
Les musulmans sunnites
d'Anatolie se rattachent à l'obédience hanafite, qui a la réputation d'être la
moins rigide... encore que les talibans d'Afghanistan (qui sont des Pachtoun,
donc des Iraniens, et non des Turcs) soient, eux aussi, hanafites ! Mais la
réalité de l'islam turc est infiniment complexe, comme le démontre le livre de
T. Zarcone que nous avons déjà cité. Il est
impossible d'entrer dans les détails, mais il faut retenir deux choses. D'une
part, l'importance de la minorité des Alevis, qui seraient 20 % de la
population, et dont la foi relève d'un chiisme très hétérodoxe, qui a recueilli
bien des croyances et des pratiques de l'ancienne religion des Turcs.
Persécutés dans l'empire ottoman, ces Alevis se sont ralliés avec enthousiasme
au kémalisme. Pour eux, la "laïcité" est un moyen de ne plus subir
l'oppression de la majorité sunnite. D'autre part, au sein de cette dernière,
les confréries soufies ont toujours joué un très grand rôle. Certaines sont
restées dans une relative orthodoxie sunnite (encore qu'elles ne trouvent pas
grâce aux yeux des musulmans rigoureux). D'autres donnent, au contraire, dans
des doctrines ésotériques, d'ailleurs mal connues, qui paraissent
fort éloignées des canons de l'islam. Toutes ces tendances contribuent
actuellement à la réislamisation de la société, qui n'est pas de nature à
combler le fossé culturel entre la Turquie et l'Europe.
Mais, pour notre lauréat,
l'islam n'est pas du tout un problème ! "Finalement, affirme-t-il, la
question religieuse, l'islam politique pour parler clairement, est un non-problème, puisque, acceptant le système parlementaire,
il s'est intégré et banalisé dans le jeu politique."[37]
Dans un rapport précédent du "prix Lyssenko" (2001), nous citions un
ouvrage de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz qui dénonçait
courageusement "la cohorte chaque
jour plus longue des orientalistes (...) qui, depuis que les Etats arabes ont
les moyens de consacrer un budget à leur propagande, naviguent aux frais de ces
derniers, de réceptions en bourse d'étude, de colloques en voyage, (et qui) se
croient obligés d'adopter, dans leurs écrits ou leurs propos concernant
l'islamisme, l'Islam ou les Arabes, une attitude où l'excès de révérence,
l'omission volontaire ou pis : le travestissement ou la complaisance, portent
de mauvais coups à la vérité, à la science, et pour finir - c'est là le plus
grave - à la connaissance mutuelle entre non-musulmans
et musulmans"[38].
Et il ajoutait : "Il ne faut plus
laisser aux "Turcs de profession - orientalistes complaisants ou abusés - le champ libre à la désinformation"[39].
Notre lauréat du prix 2004, Didier Billion, pratique cette désinformation sur
l'islam, à propos de la Turquie, lorsqu'il parle d'un "islam politique", comme s'il
pouvait exister un islam qui ne soit pas politique. La notion d'islam politique
est fort douteuse, ou relève du pléonasme, car l'islam est politique de part en
part. L'ayatollah Khomeiny, qui connaissait sans doute aussi bien l'islam que
D. Billion, observait : "Le Coran
contient cent fois plus de versets concernant les problèmes sociaux que de
versets sur les sujets de dévotion", et il concluait à bon droit :
"L'islam est politique ou n'est rien"[40].
Le grand islamologue français Louis Gardet
définissait la "Cité musulmane" comme une "théocratie égalitaire", en empruntant la formule à Louis
Massignon. En effet, la loi islamique, la charia,
est censée venir directement de Dieu lui-même, qui l'a révélée dans le Coran -
lequel, comme on sait, est la "Parole de Dieu incréée" et n'est donc
nullement l'œuvre de Mahomet, qui n'a fait que rapporter la parole divine que
lui dictait l'Archange Gabriel, selon le dogme musulman. Qui plus est,
l'interprétation du Livre Saint, nécessaire à l'application de ses
prescriptions dans tous les aspects de la vie sociale, relève exclusivement
d'un corps de spécialistes, les oulémas, qui ont seuls autorité pour dire ce
que demande concrètement la charia.
Et cette théocratie est égalitaire, parce que "islam" signifie "soumission" dans la langue arabe,
et que l'idéal du pieux musulman est d'être l'esclave de Dieu (abd) ; ainsi tous
les croyants se retrouvent-ils à égalité, dans leur nullité devant Dieu.
Dans ce système, il n'y a pas de
distinction entre l'Eglise et l'Etat. Sur ce point, comme sur beaucoup
d'autres, l'islam s'oppose au christianisme. Jésus disait : "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu
ce qui est à Dieu", et il ne s'est jamais occupé de réformer la
société, tandis que Mahomet, le "beau
modèle" des musulmans, n'a pas été seulement le fondateur d'une
religion, mais aussi un chef de guerre et un chef d'Etat. Il est donc
compréhensible que le même "terme", islam, désigne couramment à la fois une religion et une
civilisation, tandis que nous ne confondons pas l'Occident avec le
christianisme, quelle que soit l'influence que celui-ci ait exercé sur notre
culture et notre civilisation. L'islam est plus qu'une religion, parce qu'il
entend régir entièrement la vie sociale. Le Coran, sur lequel est fondée la charia, n'est pas seulement un
"évangile", c'est aussi un code civil et un code pénal.
Il en résulte, en particulier,
que la démocratie est évidemment incompatible avec l'islam. D. Billion, comme
avant lui Gilles Kepel (lauréat du "prix
Lyssenko" en 2001), se moque du monde, quand il se prend à rêver de la
démocratie musulmane dont il prophétise l'avènement en Turquie, alors que c'est
une contradiction dans les termes. Le parti de la justice et du développement
(AKP), celui du Premier ministre Erdogan, lui paraît
un modèle : « L'AKP, créé sur les cendres
d'une formation islamiste, a su réaliser sa mue et peut désormais être qualifié
d'islamo-conservateur ou de démocrate-musulman.
N'en déplaise à certains, rien ne permet aujourd'hui de fantasmer sur un
hypothétique "agenda caché" islamiste. » Nous ne connaissons pas
l'agenda caché de M. Erdogan, s'il existe, et il est
fort douteux, en effet, que le Premier ministre turc ait conçu un plan trop
rigide. Mais son objectif demeure sans nul doute, puisque c'est un pieux
musulman et un militant de l'islam, de rétablir le règne de la charia dans son pays. Sans
"fantasmer", il n'est pas interdit de se souvenir que l'islam est
très réaliste et qu'il fait une doctrine de la dissimulation (taqiyeh), que
tout bon musulman a le devoir de pratiquer, le cas échéant, pour garder le
secret (ketman)
sur le but qu'il poursuit dans l'intérêt de l'islam. Autrement dit,
l'hypocrisie et le mensonge, qui sont un péché pour un chrétien, sont au
contraire recommandés comme une vertu par l'islam, lorsque le rapport de forces
les rend nécessaires. Il y a donc fort à parier que les islamistes turcs
utilisent l'Europe, et les pressions qu'elle exerce sur la Turquie, pour que
celle-ci se démocratise, afin de se libérer de la tutelle des militaires,
gardiens de l'orthodoxie kémaliste et de la laïcité.
Dans la démocratie, le pouvoir
vient du peuple, qui fait la loi, directement ou par l'intermédiaire des
représentants qu'il a mandatés, alors que, dans la théocratie, le pouvoir est
censé venir de Dieu, c'est-à-dire, concrètement, qu'il est monopolisé - au
moins dans sa dimension législative - par les docteurs de la loi, seuls aptes à
interpréter l'Ecriture sainte.
Si l'Occident, pour sa part, a
pu s'ouvrir à la démocratie, c'est qu'il est, comme l'a écrit Henri de La
Bastide, la civilisation de la Personne, fondée sur la doctrine de
l'Incarnation, selon laquelle le divin se mêle intimement à l'homme[41].
Au contraire, l'Islam, civilisation de la Parole, établit un fossé
infranchissable entre le Créateur et sa créature, et tient en conséquence pour
peu de chose la valeur de la personne humaine. Autant dire que les droits de
l'homme ou libertés fondamentales, tels que nous les comprenons en Occident,
sont étrangers à la vision théocratique de l'islam. Comme le rappelle l'affaire
du voile islamique, la place de la femme dans la société, qui a pu évoluer dans
notre pays, reste, en terre d'islam, étroitement cantonnée dans les limites
fixées par la charia. Oui, comme le
dit fortement Jean-Claude Barreau, "tous
les dieux ne sont pas égaux"[42]
! Si le christianisme est la religion de la charité, de l'amour, l'islam est, à
l'inverse, la religion du djihad, de
la guerre sainte. N'en déplaise à D. Billion, l'islam établit donc une barrière
infranchissable entre la Turquie et l'Europe, qui est loin d'être la seule,
mais qui suffit pour rendre illusoire l'occidentalisation ou l'européanisation
de la Turquie ou même sa véritable démocratisation. La Turquie ne paraît
pouvoir échapper à la dictature kémaliste que pour succomber à la théocratie
islamiste, ce qui est, pour un Occidental attaché à la démocratie, tomber de
Charybde dans Scylla.
Mais notre lauréat nie la
réalité de l'islam, en taxant de fantasmes les arguments les plus sérieux, les
analyses les mieux établies. « La
question religieuse enfin ne constitue pas un problème, sauf éventuellement
d'ordre fantasmatique. D'une part, parce que les valeurs de la laïcité sont
partagées (sic) et, d'autre part,
parce que l'islam est une religion européenne par son histoire et par le nombre
de ses pratiquants. (...) N'en déplaise aux thuriféraires du fameux "clash
des civilisations", peut-on penser message plus efficace que de démontrer
que, du point de vue des valeurs de l'UE, il n'y a nulle antinomie entre
l'islam, la laïcité, les valeurs démocratiques et l'économie de marché. »[43]
Or, s'il n'y a probablement, en effet, aucune incompatibilité entre la religion
de Mahomet et l'économie de marché, il est impossible, nous l'avons vu, de
concilier les principes de l'islam avec ceux de la démocratie. Il est encore
plus aberrant d'énoncer sans rougir que l'islam peut se concilier avec la
laïcité, puisqu'il ne veut justement pas dissocier le religieux du politique.
Il est vrai que la phrase de Didier Billion est bizarrement chantournée, sans
doute pour faire passer l'énormité de la thèse, puisqu'il n'y aurait aucune
antinomie entre l'islam et la laïcité, selon lui... "du point de vue des valeurs de l'UE", formule qui ne laisse pas
d'être obscure.
Conclusion
On aurait pu être tenté
d'excuser notre lauréat, parce les documents que nous avons cités, presque tous
produits en 2004 (sa thèse de 1997 est beaucoup moins critiquable), sont visiblement des textes de circonstance, destinés à
appuyer la candidature turque dans l'opinion française, avec tous les artifices
d'une rhétorique de désinformation. Le jury a estimé, au contraire, qu'en
mettant au service de la cause de la Turquie un réel talent de bonimenteur, D.
Billion méritait le prix Lyssenko davantage que d'autres "Turcs de profession" auxquels on
aurait pu penser.
Fallait-il, alors, être
indulgent envers Didier Billion, en raison de son évidente insuffisance
académique, au regard de l'ampleur du sujet ? Trophime
Lyssenko avait quand même une autre dimension. Didier Billion, quant à lui, qui
se présente comme un spécialiste des questions turques... ne parle même pas le
turc. Il ne manifeste pas une connaissance profonde du sujet qu'il prétend
traiter, sujet qui demande une érudition dont il est visiblement démuni. En
dépit d'un réel talent dialectique, ce n'est qu'un second couteau d'une turcologie orientée. Mais c'est lui qui a su se mettre en
avant sur la question turque, c'est à lui que l'IRIS
de Pascal Boniface - qui a pris une lourde responsabilité en s'associant à
cette mauvaise action - a confié la mission d'être, en France, le principal
avocat de la cause turque. A ce titre, il méritait le prix Lyssenko plus que
quiconque, en cette année 2004 où l'Union européenne se penchait à la fois sur la candidature de la Turquie et sur le projet de
Constitution européenne, auquel la Turquie a été associée.
[1] Ex-maoïste, François Ewald a milité à la
Gauche prolétarienne. Ancien assistant de Michel Foucault, il est toujours
membre et fondateur de l'Association pour le centre Michel Foucault. Ces titres
et expériences le prédisposaient apparemment à diriger les études d'un cercle
de droite... (cf. Faits et documents,
nE 178, 15-31 juillet 2004).
[2] Cité par Eric Branca, "Les deux
Europe", Valeurs actuelles, 25
février 2005.
[3] Philippe de Villiers, Les Turqueries du grand Mamamouchi - Adresse à Jacques Chirac,
Albin Michel, 2005.
[4] Didier Billion (Sous la direction de), La Turquie - vers un rendez-vous décisif
avec l'Union européenne, IRIS-PUF, 2004.
[5] Cette lettre est reproduite en annexe du livre
de Philippe de Villiers, Les Turqueries
du grand Mamamouchi, op.cit., pp. 185-186.
[6] Ibid., p. 24.
[7] Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs - 2000 ans du Pacifique à la Méditerranée, 2e
édition, Fayard, 2000, p. 17.
[8] Didier Billion, La Politique extérieure de la Turquie - une longue quête d'identité,
L'Harmattan, 1997, p. 104 et p. 403. Voir aussi : "Les motivations
européennes du peuple turc ne datent pas d'hier", Armées d'aujourd'hui, novembre 2004.
[9] Le Monde, 6 mai
1992, cité par Didier Billion dans La
Politique extérieure de la Turquie, op cit., p. 411.
[10] Tel est, dit-on souvent, le sens de son
surnom. En fait, selon J.-P. Roux, Atatürk
signifie plutôt « le
"Turc-Père", sans doute au sens de "turc comme l'était les
anciens" » (op. cit., p.
383).
[11] René Grousset, L'Empire des steppes, Payot, 1965, p. 7.
[12] En Champagne ! (note du Club de l'Horloge).
[13] Op. cit., p. 17.
[14] Op. cit., p. 13.
[15] Op. cit., p. 20.
[16] Op. cit., pp. 232-233.
[17] Robert C. Davis, Christian Slaves, Muslim Masters - White Slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast and Italy, 1500-1800, Palgrave Macmillan, New York, Etats-Unis, 2004.
[18] La
Politique extérieure de la Turquie, op. cit., pp. 295-296.
[19] Op. cit., p. 32.
[20] Didier Billion, La Turquie - vers un rendez-vous décisif avec l'Union européenne, op.
cit., p. 18.
[21] Jacques Heers, Chute et mort de Constantinople - 1204-1453, Perrin, 2005.
[22] Pierre Béhar, Une Géopolitique pour l'Europe. Vers une nouvelle Eurasie ?,
Desjonquères, 1992, pp. 147-148.
[23] Robert Matran (Sous la direction de), Histoire de l'empire ottoman, Fayard,
1989, p. 137.
[24] Didier Billion, La Turquie - vers un rendez-vous décisif avec l'Union européenne, op.
cit., p. 18.
[25] Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident - Esquisse d'une morphologie de l'histoire
universelle, 1918-1922, trad. fr., Gallimard, 1948.
[26] Didier Billion, La Turquie - vers un rendez-vous décisif avec l'Union européenne, op.
cit., p. 21.
[27] Henry Bogdan, Histoire des pays de l'Est - Des origines à nos jours, Perrin,
1990.
[28] Sylvie Goulard, Le Grand Turc et la République de Venise, Fayard, 2004.
[29] Claude Hagège, Halte à la mort des langues, Odile Jacob, 2002, p. 166.
[30] Samuel P. Huntington, Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.
[31] Op. cit., p. 81.
[32] Thierry Zarcone, La Turquie moderne et l'islam, Flammarion, 2004, p. 102.
[33] Cité par Thierry Zarcone, op. cit., p. 103.
[34] Op. cit., pp.
166-167.
[35] Il suffit, à cet égard, de vérifier que, dans
les nombreuses références de ses ouvrages, il n'y en a pas une seule qui se
réfère à une source originale, écrite en langue turque. Son essai sur la
politique extérieure de la Turquie (op.
cit.) n'est pas inintéressant, mais c'est un ouvrage de seconde main.
[36] Didier Billion, La Turquie - vers un rendez-vous décisif avec l'Union européenne, op.
cit., pp. 29-31.
[37] Didier Billion, La Turquie - vers un rendez-vous décisif avec l'Union européenne, op.
cit., p. 39.
[38] Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Le Radeau de Mahomet, Lieu Commun, 1983,
pp. 11-12.
[39] Op. cit., 4e
de couverture, signée par l'auteur. Au XIXe siècle, nous
rapporte-t-il (p. 12), les marchands marseillais appelaient "Turcs de profession" leurs
collègues européens qui se convertissaient à l'islam pour faciliter leurs
trafics et échapper aux mesures vexatoires ou aux persécutions.
[40] Cité par Bernard Lewis, "La montée des
passions religieuses", Le Monde,
21-22 octobre 2001.
[41] Henri de la Bastide, Les quatre Voyages, Editions du Rocher, 1985.
[42] Jean-Claude Barreau, Tous les dieux ne sont pas égaux, Jean-Claude Lattès, 2001.
[43] Didier Billion, La Turquie - vers un rendez-vous décisif avec l'Union européenne, op.
cit., pp. 43-44.