Une politique
familiale ne relève pas de la logique de la concurrence
et de la privatisation évoquée jusqu'à
présent, mais de l'impératif national : il s'agit
de l'ardente obligation, pour une nation, d'assurer sa survie.
Une politique familiale à la fois ambitieuse et réaliste
est possible. Notre histoire récente a prouvé,
il y a moins d'un demi-siècle, que la France peut avoir
une politique familiale. Je vous proposerai de réfléchir
aux fondements de cette politique familiale : objectif nataliste,
préférence familiale, préférence
nationale. Pour terminer, j'évoquerai brièvement
quelques orientations illustrant les voies et les moyens à
mettre en uvre, ces quelques exemples ayant pour objet
d'illustrer et de préciser les fondements de cette
politique familiale.
1. L'exemple du passé : 1938-1958,
l'âge d'or de la politique familiale
Il y a moins d'un demi siècle, des gouvernements
aussi divers que les derniers gouvernements de la IIIe République,
ceux du maréchal Pétain et les premiers gouvernements
de la IVe République ont su mettre en place une grande
politique familiale. Rappelons-nous ce vaste ensemble de
lois qui permet de dire que la période 1938-1958
a été l'âge d'or de la politique familiale.
Je cite :
- décrets-loi du 12 novembre 1938,
- décret-loi du 29 juillet 1939 : le code de la famille,
- validation des actes de l'État français
(ordonnance du 17 octobre 1944),
- loi du 31 décembre 1945 (quotient familial),
- lois du 20 mai 1946 et du 22 août 1946 (règle
des 225 heures),
- etc.
Il s'agissait d'une politique qui n'hésitait
pas à affirmer ses préoccupations natalistes,
et qui faisait de la famille, la pierre angulaire des mesures
mises en uvre. Cette politique :
- affirmait résolument la préférence
familiale,
- elle rappelait que les prestations familiales n'étaient
ni un pactole, ni des secours, mais seulement la compensation
partielle des charges familiales,
- elle accordait une attention particulière aux familles
nombreuses,
- enfin, cette politique était tout entière
imprégnée du respect de la mère de
famille.
Il faut souligner que cette politique, préconisée
notamment par le M.R.P., avec l'aval du général
de Gaulle, se développait dans un pays dont l'économie
avait été désorganisée par la
guerre, et alors que les tâches de reconstruction
nécessitaient la mise en uvre de moyens importants
et auraient pu justifier qu'une priorité soit accordée
à l'économie. Ce fut le mérite des
gouvernements de l'époque de refuser de sacrifier
le long terme, c'est-à-dire l'avenir, à ce
qui n'aurait été qu'une politique à
courte vue, basée sans doute sur les équilibres
monétaires et les données statistiques de
l'économie... Les responsables politiques de la IVe
République comprirent que démographie et relance
économique n'étaient pas contradictoires !
Le résultat de cette politique audacieuse
est dans toutes les mémoires : un baby-boom, aux
multiples retombées économiques, qui se poursuivra
d'ailleurs sur sa lancée au début de la Ve
République, jusqu'en 1964 ! Mais on va abandonner
cette politique autour de 1970 :
- d'abord en réduisant l'effort financier affecté
à la politique familiale,
- ensuite en transformant une politique basée sur
la compensation au moins partielle des charges familiales
en un système égalitariste de redistribution
des revenus.
2. Les fondements d'une politique familiale
Le Club de l'Horloge, le 21 octobre 1978, avait
organisé un colloque consacré à la
dénatalité et avait posé les questions
suivantes dans l'ouvrage Le Défi démographique
:
1. Faut-il instaurer un congé rémunéré
pour les mères de famille ?
2. Comment faciliter le libre choix entre travail professionnel
et travail au foyer ?
3. De quelle manière mieux faire bénéficier
de la solidarité nationale les familles de trois
enfants ?
4. Où trouver l'argent pour mener une politique démographique
active ?
2.1 - Un objectif nataliste
La première condition pour avoir une
politique efficace, c'est de définir clairement l'objectif.
L'objectif d'une politique familiale est de faciliter la
venue des générations qui assureront demain
la survie de la communauté nationale. Cet objectif
respecte bien entendu le choix des époux, mais cette
liberté du couple ne saurait dispenser la puissance
publique de mettre en uvre les moyens nécessaires
à l'accueil à la vie. Dans un pays touché
par l'"hiver démographique", cela implique
un objectif nataliste, et, pour cela, nous devons adopter
des mesures accordant aux mères de famille les conditions
matérielles permettant un choix réel, et favorisant
la venue rapide de l'enfant, car toute maternité
différée est en général un enfant
en moins, tout enfant non-né correspond à
un adulte mort.
Dans le colloque de 1978, un orateur rappelait
qu'en quatre ans, dans les pays européens, nord-américains
et le Japon, les naissances manquantes représentaient
une fois et demi les pertes de la guerre de 1914-1918 et
la moitié des pertes de la guerre de 1939-1945. C'était
en 1978. Depuis lors, ce bilan très sombre doit être
multiplié par trois !
2.2 - Dissocier politique familiale et protection
familiale
Après avoir défini l'objectif,
la seconde condition de l'efficacité est d'en tracer
les contours avec précision et de le dissocier d'objectifs
apparemment voisins. Je rappellerai simplement mon propos
d'introduction :
- la protection sociale est une démarche individuelle,
- la politique familiale est un impératif qui s'impose
à la communauté nationale tout entière.
La protection sociale concerne la personne.
La politique démographique est liée à
la famille, et ce n'est pas un hasard si on trouve associées
les deux communautés de base nécessaires :
- pour que l'homme s'épanouisse, c'est la famille,
- et pour que l'homme garde sa liberté, c'est la
nation !
Toute politique familiale doit affirmer la
préférence familiale, car la famille a trois
fonctions essentielles :
- assurer l'avenir de la société,
- transmettre les règles de vie,
- être un des lieux privilégiés où
s'expriment l'affection et la solidarité.
Je rappelle que chacun reste libre de ses choix,
mais que toute communauté doit privilégier
ce qui assure sa survie.
Les orientations de la préférence
familiale sont les suivantes :
- préférence pour le mariage : la "neutralité"
est en fait dirigée contre le mariage ;
- préférence pour la vie : mieux accueillir,
lutter contre l'avortement ;
- préférence pour la maternité, car
la mère est irremplaçable ;
- préférence pour les familles nombreuses
: instauration du revenu maternel et développement
de l'accession à la propriété.
2.3 - Affirmer le caractère national
(et européen)
Nous avons défini clairement l'objet
de la politique familiale : développer la natalité
afin d'assurer la survie de la communauté nationale.
C'est donc tout naturellement que les prestations
familiales doivent être réservées aux
familles françaises. Nous pensons seulement que,
dans la perspective d'une grande confédération
européenne, cette préférence nationale
peut être étendue aux peuples de l'Europe.
C'est affirmer implicitement que les immigrés non
européens ne sont pas concernés. Il n'y a
pas rejet, il y a seulement l'affirmation sereine, mais
déterminée, que l'objet de la politique familiale
est nationale. Je vous renvoie aux travaux réalisés
sous l'égide du Club de l'Horloge, et notamment à
La Préférence nationale, rédigé
en 1985 par la commission présidée par Jean-Yves
Le Gallou : "La vocation du régime des allocations
familiales est l'essor de la natalité française,
non l'entretien des familles étrangères dans
leur pays ou en France ; son objet n'est pas de stimuler
l'immigration, mais de faciliter le renouvellement des générations
de Français." Cette mesure serait plus efficace
en matière d'immigration que toutes les mesures de
police !
2.4 - Définir des institutions assurant
l'indépendance de la politique familiale
La confusion des fonctions a conduit au détournement
des fonds destinés aux familles. Le taux des cotisations
qui alimentaient ce budget a été réduit
de 16,75% en 1950 à 9% actuellement. L'évolution
des chiffres de 1946 à aujourd'hui est éloquente.
La part des prestations familiales dans les dépenses
de sécurité sociale était de :
- 40 % en 1946
- 18,5 % en 1970
- 12,5 % en 1984.
Cette part avait donc été réduite
de moitié entre 1946 et 1970, et divisée par
trois de 1946 à 1984.
La politique familiale doit cesser d'être
un simple chapitre des assurances sociales ou des mesures
d'accompagnement du traitement du chômage. La politique
familiale doit être l'uvre d'un ministère
indépendant. Les cotisations nécessaires aux
prestations familiales doivent être fiscalisées
: en effet, cette politique concerne la nation tout entière
et non les entreprises seules.
3. Voies et moyens : quelques exemples
- Les prestations familiales ne doivent pas être
subordonnées à des conditions de ressources
: depuis 1970, la part des prestations liées à
des conditions de ressources ne cesse d'augmenter et dépasse
en 1988 la moitié des prestations versées.
Le résultat de cette politique d'"assistanat"
social est le suivant : une famille française de
quatre enfants perçoit moins de 3 000 F par mois,
une famille marocaine de trois enfants perçoit plus
de 8 000 F par mois. C'est un exemple particulier, mais
très fréquent.
- Les prestations familiales devraient être stables
et ne pas être modifiées au gré des
majorités de circonstances.
- Le revenu maternel doit être attribué automatiquement
à toutes les mères de famille nombreuse, sans
condition d'emploi salarié antérieur. Actuellement,
la nécessité d'un emploi salarié antérieur
élimine des mères de famille nombreuse épouses
de commerçant, artisan ou agriculteur. Par contre,
le refus de prendre en compte la préférence
nationale conduit à verser l'A.P.E. à de nombreuses
mères de famille étrangères.
- Le revenu maternel doit être assez important, dans
son montant, dans sa durée et dans ses modalités,
pour permettre un choix réel : montant proche du
S.M.I.C., versement pendant la durée de la scolarité
des enfants, véritable statut social comportant l'assurance-maladie
et le droit à la retraite, mesures d'accompagnement
en matière de formation continue, etc.
Avant de conclure, j'aborderai un dernier point,
afin d'illustrer la démarche qui doit être
suivie si l'on veut mettre en uvre une véritable
politique familiale. Ce point a trait au logement familial.
J'ai déposé une proposition de loi tendant
à favoriser l'accession à la propriété
pour les familles françaises et européennes.
Je n'en développerai pas les modalités, qui
sortent du cadre de mon exposé, mais je voudrai à
titre d'exemple en souligner l'esprit :
- Il ne s'agit pas d'une mesure devant s'inscrire dans le
cadre d'une politique de logement.
- Il s'agit d'une mesure concernant la politique familiale,
mesure qui a une préoccupation nataliste très
marquée car, elle vise justement à inciter
les jeunes couples à avoir des enfants tout de suite,
alors que toutes les mesures en vigueur en matière
d'accession à la propriété ont en général
pour effet de différer les naissances.
- Il s'agit enfin d'une mesure familiale, c'est-à-dire
qu'elle concerne toutes les familles, sans condition de
ressources, et se différencie radicalement de tout
ce qui a trait au logement social !
Conclusion
J'ai évoqué en introduction "l'âge
d'or de la politique familiale" qui va de 1938 à
1958. J'aurais pu poursuivre ce rappel historique en dénonçant
une politique qui, depuis plus de 20 ans, a abandonné
une orientation favorable à la famille pour y substituer
une orientation favorable à l'immigration !
Nous devons aujourd'hui procéder à
une révision totale de ces pratiques. Incidemment,
nous y trouverons des sources de financement ; le coût
maximum du revenu maternel peut être évalué
à 60 milliards de francs :
- Instituer la préférence nationale en matière
de prestations familiales peut en financer la moitié.
- Instituer la préférence nationale en matière
d'indemnisation du chômage permettrait d'en financer
près d'un quart.
- Instituer la préférence familiale, c'est
aussi diminuer le nombre des chômeurs.
- Instituer la préférence familiale, c'est
aussi limiter les besoins en équipements collectifs,
tels que les crèches, etc.
Pour le reste, la communauté nationale
doit donner une priorité absolue aux financements
complémentaires qui s'avéreront nécessaires.
Ils sont inférieurs à ceux consentis au lendemain
de la guerre, et, quoi qu'il en coûte, ils sont indispensables
à la survie de notre peuple !
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