"France de
droite, vote à gauche" : tel a été
le bilan paradoxal des élections nationales de 1988.
Celui des élections municipales de 1989 n'a pas été
bien différent. Le centre de gravité politique
de la France se déplace vers la droite, comme en témoignent
le déclin du parti communiste et l'émergence
du Front national, ainsi que l'évolution du parti socialiste,
qui ne parle plus de "rupture avec le capitalisme".
C'est une tendance lourde dans les sociétés
occidentales, qui explique le succès de Mme Thatcher
en Grande-Bretagne et celui de M. Reagan, puis de M. Bush,
aux États-Unis. Pourtant, les socialistes gouvernent
à nouveau la France depuis 1988 et, en 1989, ils améliorent
leurs positions au niveau communal.
Rappelons-nous dans quelles conditions la gauche
avait été battue aux élections législatives
de 1986. La plate-forme électorale de la coalition
R.P.R.-U.D.F.-C.N.I. affirmait des orientations à
la fois libérales et nationales. Elle était
fort voisine des positions du Front national. L'union de
la droite était réalisée dans les programmes,
à défaut d'accord institutionnel. Lorsque
M. Charles Pasqua a déclaré le 2 mai 1988
dans Valeurs actuelles que, "sur l'essentiel, le Front
national se réclamait des mêmes valeurs que
la majorité", ce fut un beau tollé. Rien
n'était pourtant plus juste.
Cependant, privée du concours d'une
fraction de la droite ardente à combattre la gauche,
la majorité gouvernementale a eu plus de difficultés
à riposter aux attaques des socialistes, appuyées
par des organisations comme S.O.S.-Racisme et l'U.N.E.F.-I.D.
et répercutées par les media. Ainsi, en décembre
1986, après le retrait du projet Devaquet sur la
réforme de l'université, qui aurait pu n'être
qu'un recul tactique, le gouvernement a cru nécessaire
de changer de stratégie, en renonçant à
l'application d'une partie de sa plate-forme électorale.
Il a abandonné en particulier le projet de réforme
du code de la nationalité. L'exemple de Mme Thatcher
en Angleterre montre qu'il faut garder le cap, malgré
les obstacles, pour réussir à long terme.
Le Club de l'Horloge avait souligné dans un séminaire
politique du 16 mars 1987 (dont le titre - "Au secours,
la gauche revient !" - était prémonitoire...)
les dangers d'un "Yalta idéologique" qui
abandonnerait à la gauche les sujets de société,
pendant que la droite s'enfermerait dans le "donjon
économique". Cet avertissement, comme d'autres,
n'a pas été entendu et le flottement idéologique
s'est aggravé jusqu'à la publication, en décembre
1987, du rapport Hannoun sur le racisme et de celui de la
commission Long sur le code de la nationalité. La
majorité paraissait s'aligner sur les thèses
du parti socialiste en matière d'immigration.
Il est temps de tirer les leçons de la
défaite de 1988, sans céder aux illusions
du consensus et du recentrage. C'est l'union de la gauche
qui avait porté au pouvoir un président socialiste
en 1981. C'est la division de la droite qui lui a permis
de se maintenir en 1988, puis d'obtenir une majorité
relative à l'Assemblée nationale. En politique,
il ne faut pas se tromper d'adversaire, ni combattre sur
deux fronts. Les diverses formations de droite ont apparemment
oublié le précepte évangélique
: "Tout royaume divisé contre lui-même
périra."
Après l'élection présidentielle
de 1981, la gauche a bénéficié d'un
"état de grâce". Après celle
de 1988, la droite a connu un état de disgrâce...
Le pays est troublé, l'opinion désorientée.
La montée des abstentions, ainsi que les suffrages
recueillis par les écologistes et le Front national,
révèlent qu'un fossé est en train de
se creuser entre les citoyens et la classe politique. Il
revient à la droite, dans toutes ses composantes,
de traduire la demande d'opposition qui se manifestera de
plus en plus dans les années à venir. Plusieurs
personnalités de l'ex-majorité ont déclaré
qu'ils ne rejetaient pas les électeurs du Front national
; ce serait manquer de considération envers ceux-ci
que de rechercher leurs votes sans prendre en compte leurs
idées. Ces idées sont essentiellement les
mêmes que celles de l'ensemble des Français,
bien qu'elles soient plus affirmées sur certains
sujets, tels que l'immigration ou la peine de mort. En dépit
du terrorisme intellectuel, la droite doit se rassembler
autour de ses valeurs communes, pour développer les
libertés des individus et préserver l'identité
de la nation. C'est de cette manière qu'elle répondra
aux aspirations du peuple et non en sacrifiant à
la soft-idéologie. L'union de la droite est nécessaire,
elle est aussi légitime.
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