Le résultat
des élections législatives du 12 juin 1988 a
été une bonne surprise, puisque le raz de marée
socialiste prévu par les instituts de sondage n'a pas
eu lieu. Ainsi, au lendemain du scrutin, le président
Mitterrand ne dispose pas d'une majorité absolue à
l'Assemblée nationale et il ne pourrait l'obtenir qu'à
travers des combinaisons et des compromissions.
Nous ne devons pas, cependant, nous dissimuler
la double défaite que la droite a subie, d'abord
à l'élection présidentielle, puis aux
élections législatives :
- M. Mitterrand, candidat du parti socialiste, a été
élu, le 8 mai, avec 54 % des voix,
- puis, le 12 juin, la gauche a obtenu une majorité
de 31 sièges à l'Assemblée nationale
: 303 au total pour le P.S. et le P.C., contre 272 pour
la droite, soit 31 sièges de moins.
Nous n'avons qu'une seule certitude : les socialistes
étaient au pouvoir ; ils y restent. Peut-être
feront-ils de la place à quelques autres, mais cela
ne peut être un sujet de satisfaction pour ceux qui
pensent que l'idéologie et la politique socialistes
sont mauvaises pour la France et les Français.
Certes, on n'a pas constaté aux législatives
de 1988 un effet d'amplification du succès que la
gauche avait obtenu à l'élection présidentielle,
à la différence de 1981. Les législatives
ont simplement confirmé l'élection présidentielle,
en atténuant quelque peu le succès de la gauche,
qui n'a pas retrouvé, au second tour, le même
pourcentage de voix qu'un mois auparavant. Il n'en demeure
pas moins que la droite a été à nouveau
battue.
Nous devons tirer la leçon de ce double
échec de la droite. Il faut bien comprendre que c'est
paradoxalement une France de droite qui a donné le
pouvoir à la gauche. L'échec de la droite
à l'élection présidentielle a été
le fruit de la division : ce fut l'échec d'une stratégie
dont nous avions prévu et dénoncé les
conséquences.
C'est cette stratégie erronée
que je voudrais d'abord analyser, avant d'envisager une
stratégie pour gagner. Le risque, aujourd'hui, n'est
pas seulement que la gauche soit au pouvoir pour cinq ans,
mais qu'elle y soit pour vingt-cinq ans, parce que la droite,
divisée comme en Espagne ou en Suède, serait
incapable de fournir une solution de remplacement.
I - C'est l'élection présidentielle
qui a été déterminante. Le second
scrutin a été l'ombre portée du premier.
Il ne faudrait pas que l'accessoire occulte l'essentiel.
Si la droite a réussi à "limiter les
dégâts" aux élections législatives,
c'est pour deux raisons principales :
1 - Une erreur de stratégie de M. Michel
Rocard. Par son discours d'"ouverture", M. Rocard
a démobilisé ses partisans (ses militants
et ses électeurs). La stratégie de recentrage
choisie par le nouveau Premier Ministre, après la
victoire de M. Mitterrand, a été presque aussi
mauvaise pour les socialistes qu'elle l'avait été,
précédemment, pour la majorité sortante.
2 - La deuxième raison de ce résultat
relativement satisfaisant pour la droite - compte tenu du
contexte - est évidemment l'accord de Marseille entre
le Front national et l'ex-majorité. En dépit
de l'embarras des uns ou des critiques des autres, cet accord,
qui a eu une répercussion nationale, a été
partout fort utile pour faire face à la gauche, et
non seulement à Marseille, comme M. Gaudin l'a souligné.
C'était un pas vers l'union de la droite. Grâce
à lui, le report des voix du Front national sur les
candidats de l'U.R.C. s'est fait plutôt bien, si on
le compare du moins au second tour de l'élection
présidentielle.
La situation était bien différente
un mois avant :
- D'une part, la droite était totalement désunie
- la majorité et le Front national n'avaient pas
conclu, ne serait-ce que l'esquisse d'un accord.
- D'autre part, le candidat Mitterrand s'est bien gardé
de ménager ses adversaires - tout au moins, celui
qu'il considérait comme son principal adversaire,
M. Chirac. Rappelez-vous : lorsqu'il a déclaré
sur Antenne 2 qu'il était candidat, les commentateurs
ont été surpris et choqués par son
ton agressif. Nous l'avons entendu dénoncer les "clans",
les factions, l'"État-R.P.R.", et il en
a appelé à l'intérêt général
contre les intérêts particuliers, disant que
"ces gens-là" mettaient la France en coupe
réglée... Les commentateurs se sont écriés
que c'était une grave erreur. L'expérience
a montré qu'ils se trompaient. C'était au
contraire fort habile : c'était politique - car,
dans le combat politique, il faut désigner clairement
son adversaire et ne pas lui faire de cadeau. Un adversaire
est un adversaire. Et, de même que nous devons faire
notre profit des erreurs de M. Rocard, nous devons analyser
les qualités stratégiques de M. Mitterrand
dans la campagne présidentielle.
Pour analyser correctement la situation politique,
il faut se garder de deux illusions. Non, la France n'est
pas devenue centriste. La France est encore moins de gauche.
En fait, c'est une France de droite qui a donné le
pouvoir à la gauche.
1 - La France n'a pas voté au centre
Compte tenu des candidatures uniques de l'U.R.C.
et du report des voix du F.N. au second tour, les élections
législatives se sont faites "bloc contre bloc",
droite contre gauche. Ce n'est pas parce que 50% des Français
ont voté à droite et 50% à gauche que
la majorité des Français auraient voté
au centre ni qu'ils souhaiteraient être gouvernés
au centre. Cette curieuse équation témoigne
d'une interprétation animiste des comportements du
corps électoral. Chaque électeur est sans
doute rationnel, pris individuellement. Mais la société
n'est pas un grand être collectif qui serait doué
de raison. On dit que les Français ont voté
pour le centre parce que la situation parlementaire donne
des possibilités inespérées aux combinaisons
politiciennes. Cette analyse est spécieuse. Si la
classe politique se trompe à ce point sur les vux
des Français, on peut redouter que ne se creuse un
fossé entre le "pays légal" et le
"pays réel". En réalité,
il n'y a pas aujourd'hui à l'Assemblée nationale
d'"élu du centre". M. Bernard Stasi lui-même
a été élu par la droite, y compris
par les électeurs du Front national.
2 - La France n'est pas de gauche
Si la France n'est pas "au centre",
elle est encore moins à gauche, contrairement aux
apparences. Cette France, qui vient d'élire un président
socialiste et une majorité de députés
socialistes et communistes, n'a jamais été
aussi à droite. On peut lui appliquer la formule
: "France de droite, vote à gauche." Le
centre de gravité de la politique française
a glissé progressivement vers la droite, au moins
depuis 1968. C'est ce dont témoignent les enquêtes
d'opinion, mais aussi les résultats électoraux.
Sans doute le rapport gauche-droite tourne-t-il autour de
50 %, mais la composition de chacun des blocs a changé
: le Front national est passé de 0 à 10 %,
tandis que le parti communiste est tombé de 20 %
à 10 %. De plus, le parti socialiste, qui, en 1981,
avait un discours de "rupture avec le capitalisme"
et était profondément imprégné
d'idéologie marxiste, a fait des concessions importantes
aux idées de la droite, dans le domaine économique
en particulier. D'ailleurs, M. Mitterrand a tenu un discours
de rassemblement, en fondant sa campagne sur le thème
de la France unie, qui n'est certes pas propre à
la gauche.
L'évolution des performances de la majorité
R.P.R.-U.D.F. entre 1986 et 1988 est également significative
et explique ce paradoxe d'une France de droite qui vote
à gauche. En 1986, après une cure d'opposition,
le R.P.R. et l'U.D.F. s'étaient engagés nettement
à droite. La plate-forme électorale traduisait
une stratégie de rassemblement sur des valeurs communes,
la liberté et l'identité, celles du libéralisme
national. En 1988, après deux ans de gouvernement
R.P.R.-U.D.F., les deux candidats de la majorité,
M. Chirac et M. Barre, se sont présentés devant
les électeurs avec une stratégie de recentrage.
Or, la coalition R.P.R.-U.D.F. a perdu des deux côtés
; sur sa gauche, c'est-à-dire au centre, au profit
de M. Mitterrand, et aussi sur sa droite, au profit de M.
Le Pen. Elle a obtenu en 1988 37 % des voix à l'élection
présidentielle et 40 % aux législatives, contre
45 % en 1986. Ce recul électoral de la majorité
n'est pas celui des idées ou des valeurs de droite,
mais la faillite d'une stratégie. Soulignons qu'au
moins l'un des deux candidats a fait, de l'avis général,
une "bonne campagne", du point de vue technique
et tactique. Il a disposé de moyens importants et
de beaucoup d'appuis. Malgré cela, il n'a rassemblé
qu'un Français sur cinq... C'est bien la preuve qu'une
erreur fondamentale de stratégie avait été
commise.
Je ne voudrais pas critiquer la cohabitation
en tant que telle. C'était probablement jouable,
à condition que la "cohabitation institutionnelle"
n'entraînât pas la "cohabitation idéologique".
Malheureusement, c'est ce qui s'est passé. En décembre
1986, l'agitation autour du projet Devaquet avait obligé
le gouvernement à un retrait tactique. Beaucoup d'erreurs
avaient été commises, mais rien n'était
encore perdu. Seulement, la majorité a cru alors
nécessaire de changer de stratégie, et c'est
en cela qu'elle s'est fourvoyée.
A cet égard, le combat de Mme Thatcher
en Angleterre a valeur d'exemple. Elle a rencontré
sur sa route beaucoup d'obstacles et a dû souvent
reculer, mais elle a toujours gardé le cap et n'a
jamais modifié son discours ni ses objectifs. Cette
attitude s'est révélée efficace à
long terme. Il est vrai qu'elle a su affronter la longue
grève des mineurs : voilà une épreuve
autrement difficile que l'affaire Devaquet.
A la suite du changement de stratégie
de décembre 1986, nous avons tiré la sonnette
d'alarme. Bien avant cela, d'ailleurs, nous avions appelé
l'attention sur les erreurs à ne pas commettre. Après
l'émergence du Front national en 1984, nous avions
consacré un séminaire politique au thème
: Ne pas se tromper d'adversaire, et nous écrivions
ensuite dans La Lettre d'information du Club de l'Horloge
: "L'opposition ne peut avoir d'autre stratégie
que l'union de toutes ses composantes contre le socialisme,
adversaire prioritaire, au nom de la liberté et de
l'intérêt national." Nous avons été
partiellement entendus à l'époque. Il n'y
a pas eu d'union de la droite, mais la plate-forme de gouvernement
R.P.R.-U.D.F. était un engagement très net
pour les valeurs libérales et nationales. Après
mars 1986, le gouvernement a suivi une orientation libérale
et nationale pendant près de neuf mois. Lorsqu'à
la fin de 1986 il est revenu à une politique purement
gestionnaire, nous avons pris date en annonçant la
victoire de la gauche. Le 16 mars 1987 (anniversaire des
élections législatives), notre séminaire
politique portait sur le thème : Au secours, la gauche
revient ! Nous avons analysé le redéploiement
idéologique du socialisme - c'est le néosocialisme
-, en alertant sur les risques d'un nouveau "Yalta
idéologique", qui abandonnerait le secteur culturel
à la gauche, la droite se repliant dans le "donjon
économique". Nous avons aussi souligné
l'importance de la réforme du droit de la nationalité.
Enfin, nous avons conclu sur la nécessité
de riposter sans complexes au socialisme, en "stratégie
haute". Ces avertissements n'ont pas été
écoutés. Hélas, le résultat
de cet aveuglement a été conforme aux prévisions
! Il faut dire que la débâcle idéologique
n'a cessé de s'aggraver jusqu'en décembre
1987, lorsque, avec le rapport Hannoun et celui de la commission
Long, la majorité a paru s'aligner sur les thèses
du lobby de l'immigration.
L'échec de la majorité est celui
de la stratégie du recentrage, qui a consisté
:
1) à accepter et à valider
le langage et les valeurs de l'adversaire sous prétexte
de consensus ; ainsi, à ne plus se réclamer
de liberté et d'identité, mais plutôt
de "réduction des inégalités",
de "refus des exclusions" et d'"intégration"
des immigrés.
2) à dénoncer le travail
idéologique comme un danger ou une diversion ; un
ministre avait pu déclarer, en 1987, à L'Evénement
du Jeudi : "Le libéralisme est dépassé.",
et le candidat de la droite disait après le premier
tour de l'élection présidentielle : "Je
ne me laisserai pas engluer dans un débat sur les
valeurs." (à la suite de l'article de M. Charles
Pasqua dans l'hebdomadaire Valeurs actuelles, où
le ministre de l'intérieur expliquait que le Front
national et le R.P.R. avaient des valeurs communes).
3) à ramener la politique à
la gestion et à l'économie, en expliquant
qu'il n'y avait pas de vrais problèmes en dehors
du chômage ou de la formation... - considérés
exclusivement dans leurs dimensions économiques.
Le débat sur les valeurs entre les deux
tours de l'élection présidentielle a été
très significatif. On a vu resurgir le langage qu'on
entendait en 1974, quand nous avons créé le
Club de l'Horloge. A l'époque, la majorité
avait tendance à créditer l'adversaire socialiste
des intentions les plus pures, qu'elle déclarait
d'ailleurs partager, tout en réduisant la politique
à la gestion. Aussi, lorsque M. Pasqua a déclaré
que la majorité avait des valeurs communes avec le
Front national, ce fut un tollé. Il paraissait incongru
que l'on osât se réclamer de valeurs différentes
de celles de l'adversaire socialiste.
II - Nous devons tirer les leçons
de la défaite, porter un regard sans complaisance
sur les responsabilités de chacun et faire un diagnostic
exact, en partant d'une conception juste de la politique.
Comme l'ont montré Carl Schmitt et Julien Freund,
la notion d'ennemi ou d'adversaire est le critère
de la politique dans tous les domaines, non seulement pour
les affaires étrangères, mais aussi, d'une
autre manière, à l'intérieur du pays.
La désignation de l'adversaire est l'acte politique
essentiel, qui révèle les grandes options.
Cette décision initiale conditionne la stratégie.
En 1974, le débat était : "Quel est l'adversaire
principal ? Est-ce le P.C. ou le P.S. ?" A l'époque,
la majorité des dirigeants de la droite considérait
que c'était le P.C.. Ils ne reprochaient que deux
choses au P.S. : premièrement, d'avoir des alliances
inavouables avec des gens peu fréquentables, les
communistes ; deuxièmement, d'être des gestionnaires
de piètre compétence. On les entendait dire
aux socialistes : "Vous êtes humanistes et généreux,
mais reconnaissez que nous le sommes également. Au
fond, nous partageons votre projet de société."
Pompidou lui-même avait dit que son "modèle
de société" était la Suède,
"avec le soleil en plus".
En 1988, pour la majorité sortante, le
problème est aussi de désigner l'adversaire
principal : est-ce le P.S. ou le Front national ? Certains
pensent qu'on peut combattre à la fois le P.S. et
le F.N. et proclament : "ni Mitterrand, ni Le Pen".
Mais, en politique, il faut éviter de combattre sur
deux fronts. Si la formation de M. Le Pen était un
véritable adversaire, et non un concurrent, alors,
en effet, il serait assez logique de dire : "Nous sommes
prêts à l'ouverture et au ralliement, mais
cela se négocie. Les socialistes ne sont que des
concurrents, qui peuvent devenir des alliés."
Voilà la stratégie du recentrage. Mais, si
l'on considère que le P.S. est l'adversaire principal
et que l'on ne saurait s'allier avec lui, il faut en tirer
les conséquences et déclarer sans ambiguïté
: "pas d'ennemi à droite".
Aujourd'hui, l'ex-majorité est à
la croisée des chemins. Elle doit choisir, soit de
s'allier avec ceux qui partagent les mêmes valeurs,
contre l'adversaire socialiste, soit de collaborer plus
ou moins ouvertement avec celui-ci, en contribuant à
l'exclusion du F.N. ( ). Ce n'est pas parce que le F.N.
n'a plus de députés que ses électeurs
ont disparu. On ne peut pas non plus croire que les sujets
qui ont fait naître cet électorat - l'immigration,
l'insécurité, le laxisme moral - seront réglés
par ce gouvernement.
Mais la droite a-t-elle des valeurs communes,
une certaine unité doctrinale ? Longtemps, il est
vrai, elle n'a été qu'un amalgame de courants
divers. Il y avait plutôt "des droites"
qu'"une droite". La droite a d'abord existé
dans l'imaginaire et dans la propagande de la gauche égalitaire.
Ensuite, comme coalition de ceux qui s'opposaient au socialisme
et qui se regroupaient contre lui. Elle n'avait pas d'unité
substantielle. Il y avait :
- une droite libérale,
- une droite traditionaliste et contre-révolutionnaire,
- une droite républicaine et nationaliste.
Cette époque est révolue. Une
première synthèse, partielle, s'était
réalisée en France, à la fin du XIXe
siècle, lorsque l'idéal de la nation a été
adopté par le courant traditionaliste. Malheureusement,
la progression des idées socialistes a bloqué
longtemps l'évolution qui s'amorçait alors.
La synthèse des idées libérales et
nationales ne s'est vraiment faite qu'au cours des dix ou
quinze dernières années. Elle a d'abord eu
lieu dans le monde anglo-saxon, où les clivages historiques
ne sont pas les mêmes que dans notre pays. Mme Thatcher,
en Angleterre, et M. Reagan, aux États-Unis, incarnent
cette droite nouvelle, à la fois, libérale,
nationale, populaire et démocratique, en même
temps que traditionaliste ou, comme on dit dans les pays
anglo-saxons, conservatrice (conservative).
C'est un courant qui traverse tout l'Occident.
En France aussi, il est virtuellement majoritaire, puisqu'il
traduit les aspirations dominantes. Les enquêtes d'opinion
montrent que les Français manifestent de plus en
plus d'attachement aux valeurs traditionnelles, comme la
famille et la patrie, en même temps qu'ils affirment
leur goût de la liberté.
La droite peut se rassembler non seulement sur
une liste de valeurs communes, mais surtout sur une même
conception de l'homme et de la société. Pour
définir celle-ci, je ne peux mieux faire que de citer
la déclaration de Mme Thatcher devant l'Assemblée
générale de l'Eglise d'Ecosse, le 21 mai 1988
(dont Le Figaro-Magazine donnait récemment un extrait)
: "Nous sommes tous responsables de nos actes. Nous
ne pouvons pas blâmer la société si
nous enfreignons la loi. Et nous ne pouvons absolument pas
déléguer à autrui l'exercice de la
compassion et de la générosité."
C'est le contraire de l'idéologie des
socialistes, que ce soit celle des marxistes, ou celle des
néosocialistes de la "nouvelle gauche".
Ils pensent que nous ne sommes pas vraiment responsables
de nos actes. Selon Marx, "ce n'est pas la conscience
des hommes qui détermine leur être, c'est leur
être social qui détermine leur conscience".
Autrement dit, l'homme est exclusivement un produit de la
société. Il ne peut tirer de son propre fonds
la moindre parcelle de liberté authentique. Dans
cette optique, le délinquant et le criminel sont
plutôt des victimes de la société que
des coupables. C'est la société qu'il faut
en vérité mettre en accusation, non pas les
hommes qui ont commis des actes apparemment répréhensibles.
C'est parce que la société est mauvaise, injuste,
qu'ils ont été poussés à commettre
de tels actes. Le délinquant est un exclu, qui mérite
d'être réinséré dans la société
: c'est à celle-ci, plutôt qu'à lui,
de faire les efforts nécessaires.
Ce schéma de l'"exclusion"
et de l'"insertion" (ou de l'"intégration")
est appliqué systématiquement à toutes
sortes de problèmes sociaux, qu'il s'agit d'envenimer.
Il sert à culpabiliser les gens qui n'appartiennent
pas à ces catégories considérées
comme atypiques ou marginales, donc, comme "exclues".
Il est pourtant clair que ce prétendu refus des exclusions
n'a aucune consistance intellectuelle. Il ne peut y avoir
d'ordre social sans un catalogue d'exclusions légitimes
ou, plus précisément, sans une dialectique
d'inclusion-exclusion, un tracé des frontières
et une distinction entre le "dedans" et le "dehors",
le permis et le défendu. Sans exclusion, il ne peut
y avoir de communauté, ni famille, ni nation ; pas
d'association non plus, ni même de partis politiques.
Et que dire des élections ! Ne sont-elles pas un
procédé d'exclusion, puisque le corps électoral
"exclut" les candidats battus ?
D'ailleurs, comme M. Mitterrand l'a fait dans
sa déclaration du 14 juin 1988, ceux qui prétendent
lutter contre l'exclusion s'empressent d'exclure le Front
national, au nom justement de la lutte contre l'exclusion...
Il ne faut pas s'étonner de ce pharisaïsme,
qui a toujours été caractéristique
de la gauche égalitaire. Les diverses formations
de droite auraient donc grand tort de tomber dans le panneau,
en paraissant adhérer à la logomachie socialiste
-ou plutôt néosocialiste - sur l'exclusion.
Le combat des idées connaît des
hauts et des bas. On n'ose plus aujourd'hui, comme il y
a dix ans, confondre purement et simplement la justice et
l'égalité, ou l'injustice et l'inégalité.
C'est un progrès. En revanche, le terme d'exclusion,
qui connaît un succès prodigieux, donne une
apparence de modernité au discours égalitaire,
qui était disqualifié par son archaïsme.
En réalité, le fond n'a pas changé.
Il ne saurait donc y avoir d'équivalence
ou de symétrie entre la gauche et la droite. L'"alternance",
conçue comme une succession tranquille de gouvernements
socialistes et libéraux, ne peut être un idéal
pour ceux qui sont fermes dans leurs convictions. Sans doute
le socialisme new look, le "néosocialisme",
est-il très différent du marxisme classique.
C'est à certains égards un socialisme mitigé,
qui reprend ou feint de reprendre certaines valeurs de droite,
qui accepte l'économie du marché et parle
de la France unie. Mais, d'une part, les "ayatollahs"
sont toujours actifs et ont été rejoints par
les trotskystes de S.O.S.-Racisme et de l'U.N.E.F.-I.D..
Si, par malheur, le rapport de forces se modifiait dans
le pays, on peut craindre que ces éléments
révolutionnaires n'essayeraient d'en profiter. D'autre
part, et surtout, le néosocialisme conduit la France
sur le chemin de la décadence :
- Son libéralisme économique est tout relatif
et s'arrête aux frontières du "social",
qui sont extensibles. Il bloque ou freine les évolutions
nécessaires. Les syndicats ont beau avoir de moins
en moins d'adhérents, on veut préserver ou
même renforcer leurs pouvoirs, sous couleur de concertation
avec la "société civile". Le monopole
public de la Sécurité sociale ruine la France
et les Français. Mais on ne peut pas espérer
d'un gouvernement socialiste qu'il fasse baisser les prélèvements
obligatoires, ce qui impliquerait une réforme libérale
de la Sécurité sociale.
- Outre cet immobilisme social, qui relève d'une
social-démocratie de type classique, le néosocialisme
manifeste un phénomène de compensation, en
ce sens qu'il reporte sur les sujets de société
la hargne égalitaire qu'il a été obligé
de brider dans le domaine de l'économie. C'est ainsi,
par exemple, que M. Badinter, ministre de la justice, était
considéré comme l'"honneur de la gauche",
dans la mesure où il paraissait préférer
les criminels à leurs victimes ( ). C'est ainsi que
M. Jack Lang se fait le héraut d'une culture déracinée,
d'un art officiel antipopulaire, qui relève plutôt
de la contre-culture que de la culture - puisque celle-ci,
lorsqu'elle est réellement présente, exprime
toujours l'identité d'un peuple. C'est ainsi encore
que M. Harlem Désir jouit d'une extrême faveur
comme représentant du lobby de l'immigration, comme
accusateur public, avocat d'une intégration fallacieuse
qui ferait de la France une société multiculturelle,
en détruisant notre identité nationale.
Non, le courant libéral et national ne
peut pas transiger avec les idées de la gauche égalitaire,
socialiste ou néosocialiste, qui sont contraires
à sa conception de l'homme et de la société.
Dans la tradition occidentale, l'homme est
libre et responsable. Il est "seigneur de lui-même".
Parmi ses libertés fondamentales, reconnues solennellement
par la déclaration des droits de l'homme et du citoyen
du 26 août 1789, on trouve notamment la "sûreté",
qui implique des procès équitables et le châtiment
des coupables. On trouve aussi la "propriété",
"droit inviolable et sacré", "droit
naturel et imprescriptible". Il s'ensuit que les prétendus
droits économiques et sociaux sont de faux droits
: on ne peut à la fois vouloir la propriété
et la redistribution, reconnaître la propriété
comme un droit inviolable et sacré et organiser la
spoliation.
Les impôts sont consentis pour couvrir
les charges publiques, non pour servir un objectif illusoire
de "justice sociale", dont le Pr. Hayek a montré
l'inconsistance. L'État-providence constitué
depuis une cinquantaine d'années n'a pas de légitimité,
puisqu'il prive les individus de la liberté et de
la responsabilité de leurs destins individuels. La
fraternité républicaine ou la charité
évangélique sont des devoirs moraux que l'on
ne saurait sans dommages déléguer à
la collectivité, sous couvert de solidarité,
comme l'a très bien dit Mme Thatcher.
Mais l'homme ne peut être libre et responsable
s'il ne peut s'appuyer sur un fort sentiment de son identité.
Or, l'individu ne peut pas inventer sa propre nature. Puisque
"l'homme est par nature un être de culture"
(Gehlen), c'est dans l'appartenance à une communauté
(la famille, la nation) que l'individu peut développer
son identité et forger une volonté d'homme
libre. C'est pourquoi la seule forme du libéralisme
qui soit viable est nécessairement identitaire :
nationale, traditionnelle, conservatrice. Il ne faut pas
confondre le libéralisme authentique, identitaire
et national, avec le "libéralisme des murs",
celui de M. Badinter, de M. Lang ou de M. Désir.
En matière d'immigration, les libéraux
conscients des exigences d'identité doivent refuser
la société multiculturelle. D'ailleurs, ne
nous y trompons pas : le modèle de société
multiculturelle pour lequel milite le lobby de l'immigration
n'est pas celui des États-Unis - à supposer
que les États-Unis soient vraiment une société
multiculturelle -, mais celui du Liban ou de l'empire ottoman.
La grande majorité des immigrés venus du tiers
monde sont de confession musulmane. Leur culture est incompatible
avec celle de l'Occident libéral et démocratique,
laïque ou chrétien. La polygamie, le statut
de la famille dans l'islam, par exemple, sont en contradiction
avec les libertés fondamentales, telles que nous
les concevons. L'immigration musulmane est la moins assimilable
qui soit.
Au demeurant, s'il faut chercher des modèles
à l'étranger, c'est plutôt en Angleterre,
qui renaît sous le gouvernement de Mme Thatcher, que
dans les États-Unis de M. Reagan, qui hésitent
encore sur la route à prendre. Mme Thatcher incarne
cette synthèse des idées libérales
et nationales que nous devons aussi effectuer. C'est elle
qui a lancé la politique de privatisation, imitée
partout dans le monde. Elle a diffusé la propriété
des biens mobiliers et immobiliers en faisant reculer la
mentalité d'assistés que nourrissent les pratiques
clientélistes de l'État-providence. Elle s'est
attaquée aux féodalités syndicales.
Elle a diminué les impôts. Aujourd'hui, elle
entreprend la réforme des finances locales, celle
de la sécurité sociale, et étudie celle
de l'école. Libérale et conservatrice, Mme
Thatcher a pris aussi des mesures pour préserver
l'identité de sa patrie, en modifiant le droit de
la nationalité dans le sens d'une plus grande rigueur,
et en arrêtant réellement l'arrivée
des immigrés.
Sans doute l'Angleterre n'est-elle pas la France.
Sans doute le premier ministre conservateur n'a-t-il pas
que des qualités... Mais son exemple prouve qu'une
autre politique est possible. Il n'y a pas de "consensus"
entre Mme Thatcher et M. Kinock, le leader du Labour, le
parti socialiste britannique. Pourquoi en irait-il différemment
dans notre pays ? Entre eux et nous - entre les (néo)socialistes
et la droite, le désaccord est profond : plus que
sur des valeurs, il porte sur une certaine conception de
l'homme et de la société, "une certaine
idée de la France".
III - Face au pouvoir socialiste, face à
l'idéologie socialiste, nous ne devons pas hésiter.
Si les socialistes devaient s'incruster au
pouvoir par suite de nos divisions, ce serait un grand malheur
pour notre patrie, qui serait emportée dans la décadence.
Nous ne devons pas le permettre. Ce serait d'autant plus
impardonnable que les Français, dans une très
large majorité, sont de plus en plus attachés
aux valeurs de liberté et d'identité. C'est
pourquoi nous devons rassembler sans sectarisme ni procès
d'intention tous ceux qui rejettent le socialisme sous toutes
ses formes, parce qu'ils aiment la liberté, et parce
qu'ils aiment la France, patrie de la liberté. C'est
l'union de la gauche qui a porté au pouvoir un président
socialiste. C'est la désunion de la droite qui lui
a permis de s'y maintenir. Certes, le courant libéral,
national et démocratique a plusieurs composantes.
Il est riche de sa diversité. Mais ces composantes
doivent s'unir contre la gauche égalitaire. Si elles
le veulent, elles gagneront, car elles peuvent s'appuyer
sur des aspirations très majoritaires.
Jadis, le socialisme avait su exploiter le "cri
de douleur des masses déracinées", selon
la formule de Durkheim. Aujourd'hui, la gauche égalitaire
est plus forte dans l'establishment que dans le peuple.
Le conflit de la gauche et de la droite est celui des élites
et du peuple - qui, en démocratie, détient
seul la légitimité. Nous devons prendre clairement
le parti du peuple, contre cet establishment qui prétend
confisquer les droits du peuple. Tel est le sens de notre
action en faveur d'une démocratie authentique. En
dépit du terrorisme intellectuel, la droite doit
s'unir pour répondre aux aspirations du peuple, qu'il
s'agisse de la sécurité ou de l'immigration.
Quand on compare la plate-forme de gouvernement R.P.R.-U.D.F.
au programme du Front national, on s'aperçoit qu'ils
se ressemblent beaucoup ; 80 à 90 % des propositions
sont communes. Nous ne devons donc pas nous laisser intimider
par le discours d'exclusion de la gauche et des lobbies
à l'égard du Front national. La droite partage,
dans son ensemble, une même conception de l'homme
et de la société, comme l'a reconnu M. Pasqua.
L'union est nécessaire au renouveau de la France.
Elle est de la responsabilité des formations politiques.
Le Club de l'Horloge, pour sa part, entend montrer qu'elle
est légitime.
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