L'establishment
politico-culturel condamne ses adversaires au bannissement.
Comme cette peine ne figure plus dans notre droit, nous voyons
pratiquer le bannissement moral, qui n'est pas prononcé
par l'assemblée du peuple, comme dans les cités
grecques, mais par les "autorités morales",
c'est-à-dire par les représentants d'un establishment
coupé du sentiment populaire : ecclésiastiques,
pasteurs, rabbins, vénérables, dirigeants des
"ligues de vertu", telles que le M.R.A.P. ou la
Ligue des droits de l'homme. Cette énumération
peut donner l'illusion de la diversité. En fait, tous
ces personnages sont interchangeables quand il s'agit d'apparaître
sur la scène politique, tant la dérive idéologique
et le conditionnement médiatique leur ont donné
d'homogénéité. Tous ensemble, ils signent
des manifestes et somment le peuple de se soumettre à
leurs décisions souveraines. Ce fut par exemple, en
1985, l'"appel commun pour la fraternité",
qui était en fait un appel pour la société
multiculturelle et frappait d'interdit la défense de
l'identité nationale.
C'est au nom des valeurs républicaines
que l'establishment bannit les élus du Front national,
comme si la tradition républicaine ne demandait pas
aux citoyens de se lever pour défendre la patrie
en danger - comme si, à l'inverse, l'idéologie
socialiste, qui attise la "lutte des classes",
n'était pas incompatible avec la fraternité
républicaine ! La gauche fait un usage extravagant
de la notion de république. Ainsi, le 6 juin 1988,
c'est au nom de la "discipline républicaine"
que M. Zemmor, candidat de la majorité présidentielle
contre M. Marchais, s'est retiré, battu, comme il
le disait lui-même, non par les électeurs,
mais par la fraude. Or, cette nouvelle n'a fait que quelques
lignes dans les journaux. Les belles consciences n'ont pas
été choquées outre mesure que le secrétaire
général du P.C. gagnât une élection
par la fraude, et la fraude massive, qui n'a pas porté
sur des centaines, mais sur des milliers de voix, contre
son adversaire socialiste, conseiller du Premier ministre,
et que celui-ci, battu par la fraude, se retirât devant
celui-là au nom de la discipline républicaine.
Il est évident que cette expression désigne,
dans le vocabulaire de la gauche, ce qu'on appelle ailleurs
la "loi du milieu". Le viol du suffrage universel
par la brutalité et l'intimidation ne soulève
pas l'indignation. La France n'est pourtant pas une république
bananière ! Pour ce qui vient d'un côté
de l'échiquier politique, rien ne peut choquer, tandis
que, pour ce qui vient de l'autre, tout est prétexte
à montage et à scandale. Ce pharisaïsme
est écurant.
En fait, le bannissement des élus du
Front national n'a rien à voir, contrairement à
ce que l'on cherche à nous faire croire, avec la
morale et les valeurs républicaines, il frappe ceux
qui contestent l'idéologie dominante, laquelle n'est
républicaine que de nom. Quoique nous ayons qualifié
de "néosocialisme" ce nouveau visage de
l'utopie égalitaire, il faut bien voir qu'elle ne
se limite pas aux partis de gauche, puisqu'elle est celle
de l'establishment politico-culturel. Ses adeptes la disent
antiraciste, alors qu'elle est en réalité
cosmopolite et antinationale, et imprégnée
d'un scandaleux racisme antifrançais. (Je vous renvoie
à ce propos aux travaux de notre colloque des 23
et 24 janvier 1988 sur le thème "antiracisme
et identité" ( ).) C'est l'idéologie
officielle du moment, qui se répand par tous les
canaux de communication, de formation et d'affirmation des
normes, comme les media et l'école.
Aujourd'hui, l'école publique pratique
l'endoctrinement, contrairement aux principes que proclamait
jadis Jules Ferry. L'idéologie dite antiraciste,
qui culpabilise les Français en leur faisant honte
de leur identité et les prépare à la
société multiculturelle, en les conditionnant
à s'y soumettre, constitue l'ossature du programme
et des manuels d'éducation civique. Cette propagande
antinationale a reçu l'approbation officielle en
1985, grâce au ministre de l'éducation de l'époque,
M. Chevènement (qui n'est pas le dernier à
revendiquer la république). Elle n'a pas été
remise en cause entre 1986 et 1988. Tout porte à
redouter de nouvelles dégradations dans les années
qui viennent, surtout si M. Rocard reste Premier Ministre.
La justice prête la main à cette
pression unilatérale, qui déforme peu à
peu l'esprit public. L'évolution de la jurisprudence
est inquiétante à cet égard pour la
liberté d'expression et le débat démocratique.
Et la loi d'amnistie en préparation exclura tout
ce qui relève de la loi de 1972 contre le racisme.
Aujourd'hui, le coup de couteau est amnistiable, s'il est
simplement crapuleux, alors que l'ecchymose ne l'est pas,
si elle est supposée raciste... Pourquoi le racisme
bénéficie-t-il d'un traitement particulier,
par rapport aux autres formes de haine sociale, comme la
lutte des classes ? Et pourquoi les tribunaux ne décèlent-ils
jamais de motivations racistes dans les actes commis par
des immigrés contre les Français de souche,
comme si le racisme était une maladie réservée
aux Français (ou aux Occidentaux), dont les autres
peuples seraient indemnes ? L'opération vise, à
l'évidence, à donner mauvaise conscience aux
Français. Par les tribunaux, l'école, les
media, c'est un véritable terrorisme intellectuel
qui s'exerce dans notre pays. Le lobby de l'immigration,
cautionné par un establishment cosmopolite, stigmatise
la défense de l'identité nationale de la France
comme une manifestation de racisme et, grâce à
cet odieux amalgame, peut donner libre cours à son
racisme antifrançais.
Comment en est-on arrivé là ?
Ce n'est certes pas que les Français, dans leur immense
majorité, l'aient voulu. Mais le peuple a de plus
en plus de mal à se faire entendre, car le régime
représentatif est en crise. En deux mois, toutes
les familles politiques, tous les partis qui, selon les
termes de la Constitution, "concourent à l'expression
du suffrage", ont subi un ou deux échecs et
ont tous été, d'une manière ou d'une
autre, à l'occasion d'un scrutin ou d'un autre, sanctionnés
par les électeurs, qui ne se sont pas reconnus en
eux. Nous avons vu, lors de l'élection présidentielle,
l'échec du P.C. et de l'U.D.F. au premier tour, celui
du R.P.R. au second. Nous avons vu, aux législatives,
l'échec du Front national au premier tour, celui
du P.S. au second et même, dans une certaine mesure,
celui du R.P.R., qui est passé derrière ses
partenaires de l'U.D.F.. Et l'on a constaté alors
un taux d'abstention inégalé sous la Ve République.
Compte tenu du mode de scrutin, c'est pratiquement la moitié
de la France qui n'est pas représentée à
l'Assemblée nationale.
A la vérité, le décalage
entre le peuple et sa représentation était
manifeste bien avant les élections de 1988. Tout
d'abord, les députés sont presque toujours
absents de l'Assemblée nationale, parce qu'ils s'y
sentent inutiles et qu'ils sont contraints par le mode de
scrutin à une présence quotidienne dans leur
circonscription. Mais, surtout, les votes des représentants
ne reflètent pas nécessairement l'opinion
de leurs électeurs, comme on a pu le constater dans
de nombreuses circonstances, notamment lorsque la peine
de mort a été discutée au Parlement.
En effet, la représentation nationale est la résultante
de deux forces divergentes : celle des électeurs
d'une part et celle des lobbies de l'autre. Pour se les
concilier toutes deux, les élus ne tiennent pas le
même langage sur le terrain et à Paris.
Il est urgent de définir les conditions
d'une démocratie authentique ( ). En démocratie,
le peuple doit être informé et interrogé
loyalement. Il faut donc que l'on respecte l'opinion d'autrui
(ce que ne font pas toujours ceux qui parlent le plus de
tolérance) et que les particuliers, comme les groupes,
soient protégés contre la diffamation, la
diffusion de fausses nouvelles, la manipulation de l'opinion.
Il faut aussi que le peuple puisse se prononcer directement
sur les sujets de société, par voie de référendum,
pour que les décisions ne soient pas prises sans
lui et souvent contre lui. C'est pourquoi il faut instituer
l'initiative populaire, qui oblige les pouvoirs publics
à organiser un référendum à
la suite d'une pétition. Les questions qui touchent
à l'immigration et à la sécurité,
en particulier, doivent être réglées
par le peuple lui-même, sans intermédiaire.
Car si les lobbies peuvent agir auprès de 300 personnes,
il leur sera plus difficile d'influencer 30 millions de
citoyens. Ils n'ont pas les mêmes moyens de pression
vis-à-vis d'électeurs indépendants,
qui se déterminent librement, dans le secret de l'isoloir,
que vis-à-vis d'hommes politiques, contraints par
leurs perspectives de carrière et soumis au contrôle
du vote public.
L'extension du référendum et l'initiative
populaire sont nécessaires pour que le peuple recouvre
une partie du pouvoir que l'establishment lui a confisqué.
C'est un domaine, parmi d'autres, sur lequel l'union peut
se faire à droite, et même bien au-delà
: qui voudrait se déclarer hostile à la démocratie
? Une fois réalisée, la réforme favoriserait
en outre la réconciliation des Français, car,
sur de grands sujets de société comme l'immigration,
la peine de mort, la liberté du choix de l'école,
au moins deux Français sur trois sont d'accord, qu'ils
soient électeurs du Front national, du R.P.R., de
l'U.D.F., ou bien du P.S., voire du P.C.. Certes, la démocratie
implique que le peuple élise des représentants,
mais on voit aujourd'hui les limites de la représentation.
Nous devons perfectionner nos institutions en y introduisant
la démocratie directe.
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